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Installation des autorités intérimaires : Nominations sur fond de tensions et de protestations
Publié le lundi 20 fevrier 2017  |  Le Prétoire
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© aBamako.com par A S
Session du Comité de suivi de l’Accord
Bamako, le 10 février une session du Comité de suivi de l’Accord a eu lieu au CICB
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La liste des présidents des autorités intérimaires a été établie par le gouvernement malien et les groupes armés du Nord la semaine dernière, comme convenu lors de la réunion extraordinaire du Comité de suivi de l’Accord tenue le 10 février dernier. Ces nominations provoquent déjà des soulèvements et des contestations au Nord et dans certains milieux à Bamako.

Comme convenu entre les parties signataires lors de la dernière réunion de haut niveau du CSA, les présidents des assemblées régionales de Kidal, Taoudéni et Ménaka ont été désignés sur proposition du gouvernement. Quant aux régions de Tombouctou et Gao, les présidents des assemblées régionales ont été désignés respectivement par la CMA et la Plateforme. Mais ces nominations ravivent les tensions au sein de la jeunesse de Gao, de Tombouctou et de plusieurs mouvements armés, dont des signataires de l’accord du 15 mai.



Ainsi, c‘est Hassan Ag Fagaga qui présidera l’Assemblée régionale de Kidal que les groupes armés avaient laissé au gouvernement. Chef militaire du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) et membre de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), il aurait été proposé par le gouvernement après concertation avec la CMA et la Plateforme. Si l’information a été confirmée par la CMA, au sein des sources gouvernementales on se refuse à tout commentaire, à en croire nos confrères du Studio Tamani.

La Région de Gao sera dirigé par Djibrila Maïga de la Plateforme, alors qu’à Tombouctou il sera présidé par Boubacar Ould Hamadi, un membre de la CMA. Quant aux deux nouvelles régions de Ménaka et Taoudéni, les présidents ont été désignés par le gouvernement du Mali.

L‘Assemblée régionale de Ménaka sera présidée par Abdoul Wahab Ag Ahmed Mohamed, un représentant du MSA, (le Mouvement pour le salut de l’Azawad). Tandis que celle régionale de Taoudéni sera dirigée par Hamoudi Sidi Ahmed Aggada.

C’est en principe le week-end dernier que ces autorités intérimaires devraient être investies en commençant par Kidal.

Coup de théâtre à Kidal

C’était le samedi 18 février dernier que les autorités intérimaires devraient être mises en place à Kidal. Elle n’a pas eu lieu, car le gouvernement, dans la nuit du vendredi au samedi, a décidé de nommer un nouveau gouverneur à Kidal. Ce qui a provoqué l’ire des groupes armés à refuser de participer à l’installation du président de l’autorité intérimaire de Kidal.

Les groupes armés estiment que c’est un acte de provocation du gouvernement qui ne serait pas de bonne foi.

Joint au téléphone par nos soins, Mahamadou Djéri Maïga, l’un des responsables de la CMA nous confie : « avec la décision du Conseil des ministres le vendredi soir nommant un nouveau gouverneur à Kidal et surtout pour qui connait la position de l’intéressé, nous pensons que ce n’était pas la peine….. Nous avons montré toute notre bonne foi contrairement à ce que tout le monde dit de la CMA et de la Plateforme, pour que ces autorités puissent être mises en place aujourd’hui samedi à Kidal et demain dimanche à Ménaka et se poursuit jusqu’à Gao. »

Djéri Maïga va plus loin en affirmant que « cette décision montre encore une fois la très mauvaise volonté du gouvernement à mettre à mal la mise en œuvre de cet accord. Tout le monde est témoin ».

A ces dires, ce changement est sans nul doute une façon pour le gouvernement de bloquer la mise en œuvre du processus. Et d’ajouter que c’est comme si le gouvernement leur a donné par la main droite et a repris de la main gauche. « Ça ne va pas marcher. Il n’y a aucune urgence à changer de gouverneur au moment où on s’apprête à installer les autorités intérimaires de cette région », dit-il.

Partant, il conclura que la balle reste dans le camp du gouvernement qui, selon lui, a montré son incompétence et sa mauvaise foi d’y aller. Et qu’il doit clarifier sa position au risque de créer des nouvelles tensions dans la zone.

Si toutes nos tentatives de rentrer en contact avec les responsables de la Plateforme sont restées infructueuses, nous avons de sources proches du dossier que c’est le samedi matin et avant d’embarquer pour Kidal qu’ils ont appris la nouvelle. Alors, les responsables présents ont décidé de ne pas prendre un risque inutile d’y aller. Cependant, nos sources refusent de parler de blocage, mais plutôt de report. Elles assurent que très bientôt l’événement aura lieu.

Faut-il rappeler que la mise en place des autorités intérimaires est une étape essentielle de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation. La mise en place de ces autorités a été plusieurs fois reportée et a fait l’objet de plusieurs contestations, notamment à Gao, où des jeunes ont violemment exprimé leur opposition au projet. Ces conseils régionaux intérimaires, dont les présidents ont été nommés le 15 février dernier, sont issus du gouvernement, de la CMA et de la Plateforme. Ils doivent rétablir l’autorité de l’État et préparer les élections. L’implication des mouvements armés, signataires de l’accord pour la paix issu du processus d’Alger de 2015, a une portée fortement symbolique.

Cependant, selon le calendrier initial, les présidents des quatre autres autorités intérimaires, à Gao, Tombouctou, et dans les nouvelles régions de Ménaka et Taoudéni, devraient avoir lieu en début de semaine prochaine. Mais plusieurs mouvements ont dénoncé les nominations de présidents, dénonçant l’absence de concertation. La branche du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) au sein de l’ex-rébellion «rejette catégoriquement toute tentative d’imposer un président au collège transitoire» de Taoudéni, selon un communiqué de ce groupe consulté par l’AFP. Des associations et chefs de tribus de la région de Tombouctou ont adopté une position similaire. Dans la journée du samedi, les jeunes de Tombouctou ont battu le pavé contre la nomination de celui désigné pour présider le Conseil régional. A Bamako, plusieurs groupes armés se disant exclus du processus ont manifesté le week-end contre ce qu’ils ont appelé leur exclusion. Qui par des communiqués, qui par des conférences de presse. Chacun voulait à sa manière se faire entendre. A suivre.

Harber MAIGA
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