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Justice malienne « Indépendante de tout, sauf de l’argent sale »
Publié le jeudi 9 mars 2017  |  Nouveau Réveil
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© aBamako.com par A S
La rentrée des Cours et Tribunaux 2016-2016
Le Palais de la culture Amadou Hampâté de Bamako a abrité le jeudi 10 novembre 2016 l’audience solennelle de la rentrée des Cours et Tribunaux 2016-2016
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La justice malienne est pourrie. Pourrie par la corruption et gangrenée par une « magistrature, indépendante de tout, sauf de l’argent sale ». Et à l’image des juges malhonnêtes, la justice malienne n’a pas fini de se faire une mauvaise renommée.
En effet, chaque jour qui passe, des citoyens se plaignent de certaines brebis galeuses du pouvoir judiciaire qui doit-être, en principe, l’un des piliers de la démocratie, parce qu’il est censé dire le Droit, défendre et distribuer une justice égale pour tous. Sans discrimination aucune. En clair, la magistrature malienne peut être peinte en si peu de mots et en trop de maux : corruption et mépris pour les justiciables. Un malaise ressenti par les uns, vécu par les autres.
« La justice malienne est indépendante de tout, sauf de l’argent sale ». Lancée, par l’ex ministre de la Justice, Me Fanta Sylla, et bâtonnier de l’Ordre des Avocats à l’époque, cette boutade a retenti comme un tonnerre dans le ciel bleu de la magistrature. C’était, à l’occasion de la rentrée judiciaire de l’année 2004.
Treize ans après, les choses n’ont pas bougé d’un iota. Bien au contraire. De funeste mémoire, jamais la justice n’a été discréditée. Les libertés provisoires sont vendues, au nez et à la barbe de tous, au plus offrant. Pendant que des voleurs de poule croupissent en prison –et dans l’anonymat le plus total, les fossoyeurs du dénier public se la coulent douce au volant de luxueuses bagnoles. Ou à l’ombre des forteresses, la main sous le soutien-gorge. Résultat : tout est devenu normal dans notre pays. Le vol du dénier publique est devenu un sport favori pour la santé. Même les plus grands vices sont banalisés. Le Droit n’est plus droit au sein de la justice, mais dicté selon la tête du client. Pendant que des innocents meurent en prison, des criminels réputés pleins aux « AS », sont à l’air libre ; et drapés dans leur bazin, brodé de la tête aux pieds, en narguant le « bas peuple ».
L’affaire dite du « tribunal de Kati», qui a dépouillé un enseignant de 2 millions FCFA, en est la parfaite illustration.
La preuve par l’épreuve
Pour rappel, au Tribunal de Kati, un jeune, Enseignant de son État, du nom de M. Adama Daba Diarra, a été jugé le 29 Septembre 2016 et condamné à verser au plaignant Bèdiè Diarra, Conseiller du Chef de Village de Soundougouba Coura, la somme de 2 millions FCFA, après 90 jours de détention à la Maison d'Arrêt de Kati.
Les 3 chefs d'accusation déposés par Bèdiè Diarra, sans aucun Mandat de ceux pour lesquels il porte plainte, sont : refus de répondre à la convocation du Sous Préfet ; refus de répondre à la convocation du Maire de la Commune Rurale de Baguinéda-Camp et destruction des bornes d'autrui.
Lors du procès, Bèdiè répond à la question posée par l'Avocat de l'accusé, qu'il n'a pas de Mandat du Sous Préfet, du Maire, encore moins d'autrui dont les identités ne sont même pas connues.
Mais au lieu que le dossier soit considéré irrecevable, pour absence de mandat de ceux pour lesquels Bèdiè se plaint, le Sieur Adama Daba Diarra, enseignant de son état est devenu plutôt, « un gens saignant ». Il a été condamné à verser au con-saigné, pardon au Conseiller du Chef de Village de Soundougouba Coura, Bèdiè Diarra, qui n'est nullement victime d'un quelconque préjudice causé par lui, la somme de 2 millions de francs CFA.
Le crime que le jeune enseignant Adama Daba Diarra a commis à été de s'opposer au morcellement et à la vente d'une place publique du village (Soundougouba Coura), en saisissant le Ministre des Domaines de l'État et des Affaires Foncières qui ne s’est pas manifesté. Cette vente fut organisée par le Conseil de Village dont Bèdiè est membre.
Jusque-là, le juge Modibo Coulibaly n'a pas rédigé la grosse de jugement du 29 Septembre 2016. Une Grosse toujours attendue par la Cour d'Appel pour programmation d'audience, qui intervient 5 mois après le jour du jugement. Autant de dossiers étouffés dans l’œuf. Depuis, Adama Daba Diarra cherche un appui. Désespérément. Toutefois, la grossièreté du verdict d'une plainte sensée être non recevable à cause de l'absence de Mandat dans le dossier du plaignant, explique le retard dans la rédaction de la grosse de jugement.
Aujourd’hui, tout se passe au sein de la justice malienne, selon la célèbre fable de Jean de la Fontaine : selon que vous soyez puissant ou misérable, le jugement des cours vous rendra blanc ou noir. Pourtant, tout a été mis en œuvre par le PRODJ, afin que le Droit soit dit par les magistrats : leurs salaires ont été multipliés par deux. Ou presque. Avec à la clé, des indemnités princières. Mieux, les cours et tribunaux ont été dotés d’infrastructures d’accueil décentes. Sans compter les milliards de nos francs, investis dans l’informatisation des tribunaux. Mais pour quel résultat ? Une fois installés, dans ces bâtiments flambant neuf, c’est la déchéance.
Bref, l’espoir, suscité par l’arrivée du ministre, Me Mamadou Ismaël Konaté, à la tête de la Justice a fait place au désespoir. Succession d’espoirs avortés, banalisation des plus grands vices. Aux larmes, pauvres justiciables.
Jean Pierre James
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