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La justice en ébullition : Les patates chaudes du ministre Malick Coulibaly
Publié le lundi 4 juin 2012   |  Le Procès Verbal


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© Autre presse par DR
Malick Coulibaly : Le nouveau ministre de la justice au Mali


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Le nouveau ministre de la justice, Malick Coulibaly, a bien du pain sur la planche. Ce jeune docteur en droit, qui n’a pas hésité à démissionner de la magistrature lorsque ses principes avaient été foulés aux pieds, se frotte à présent à un monde beaucoup plus dur que la magistrature: celui de la politique. Et il va lui falloir de la pugnacité pour venir à bout des patates chaudes que l’actualité ne cesse de lui refiler.

Guerre des bérets

Première patate chaude : le dossier des bérets rouges. A la demande du ministre, une information judiciaire a été ouverte, jeudi dernier, par le procureur de la commune 3 de Bamako, Sombé Théra, contre une douzaine de militaires inculpés d’avoir fomenté, fin avril, une tentative de coup d’Etat en prenant d’assaut l’ORTM, l’aéroport de Bamako-Sénou et la base militaire de Kati. Les militaires en question sont, selon un communiqué du procureur, poursuivis pour des infractions aussi diverses que l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat par emploi illégal de la force armée, l’association de malfaiteurs, l’assassinat, les coups et blessures volontaires, le vol, la détention illégale d’armes de guerre et la complicité desdits crimes. Parmi les militaires arrêtés à l’occasion figurent Malamine Konaré, le fils de l’ancien président Alpha Oumar Konaré; l’ancien commandant de la région militaire de Sikasso et le général Hamidou Sissoko, ancien chef d’Etat-major particulier d’ATT. Quant au colonel Abidine Guindo, principal instigateur de l’attaque des « bérets rouges » de la garde présidentielle contre les « bérets verts » de la junte du capitaine Amadou Sanogo, il a disparu dans la nature et sera, au besoin, jugé par contumace. Il semble que pour des raisons d’ordre public, il ait été décidé d’épargner les simples soldats, censés avoir seulement obéi aux ordres de leurs chefs.Appel a, en tout cas, été lancé aux « bérets rouges » en vadrouille avec leurs armes de se faire enregistrer à la Brigade territoriale de gendarmerie de Bamako (près de la prison centrale) en attendant leur redéploiement, leur corps d’origine – le Régiment des Commandos Parachutistes de Djicoroni – ayant été dissous par le capitaine Sanogo.

Tabassage du président

Second dossier judiciaire brûlant: celui de l’agression du président de la transition, Dioncounda Traoré. L’affaire a étonné les Maliens et suscité l’ire de la communauté internationale. La justice doit sévir. Le procureur anti-corruption Théra, qui, en l’occurrence, se mue en procureur anti-insurgés, a réquis une information criminelle confiée à un juge d’instruction de la commune 3. La gendarmerie du camp 1 de Bamako, chargée des enquêtes, a déjà interpellé et entendu sur procès-verbal 50 personnes. Toutes sont poursuivies en tant que non détenues, à l’exception de deux : le président de l’association Yerewolo Ton, Bakary Boré, et celui de l’association Appel pour le Mali. « Ces deux individus sont suspectés d’avoir joué un rôle direct et décisif dans l’agression », nous confie un proche du dossier. Quant aux autres inculpés, le juge d’instruction n’a pas jugé nécessaire de les placer en détention préventive car il s’agit de personnalités connues, présentant des garanties de représentation et ayant promis de déférer instantanément à toute convocation de la justice. Une indiscrétion nous apprend toutefois que s’ils ont échappé à la détention préventive, c’est surtout par souci des autorités de ne pas troubler davantage l’ordre public. Mais la justice se réserve de recourir aux mesures privatives de liberté contre les inculpés qui tenteraient de se soustraire aux enquêtes.

Il faut dire que lesdits inculpés, organisateurs de la Convention nationale qui voulait installer le capitaine Sanogo à la tête de la transition, ne sont pas les premiers venus : Younouss Hamèye Dicko, président du RDS; Hamadoun Amion Guindo, président du Copam et de la CSTM; Soufi Bilal, président de l’association des Soufis; Me Mamadou Gakou, président de la COPP. L’avocate Mariam Diawara et le directeur de la Radio Kayira de Bamako n’ont pas été oubliés par les enquêteurs. Pas plus qu’Oumar Mariko, le leader de Sadi et du groupe politique MP22. Petit contre-temps: après avoir reçu une convocation de la gendarmerie, Dr Oumar Mariko, a trouvé plus urgent de disparaître dans la nature. Aux dernières nouvelles, il se trouverait au Maroc. L’une de ses plus proches amies politiques, le professeur de médecine Rokia Sanogo, l’a imitée avec une grande promptitude: elle reste elle aussi introuvable. « Détenus ou non détenus, en fuite ou non, toutes les personnes poursuivies passeront en jugement », assure un enquêteur qui affirme que la justice, malgré la sensibilité des deux affaires sus-évoquées, travaille sans la moindre ingérence politique. A défaut d’ingérence, les juges travaillent sans doute sous haute surveillance politique. En effet, la CEDEAO, qui tient à faire du cas malien une jurisprudence, suit avec le plus grand intérêt l’évolution des enquêtes, surtout dans le dossier relatif à l’agression du président de la transition; de son côté, le FDR (le front anti-putsch) n’a renoncé à sa marche de mardi dernier qu’à la condition qu’une justice impartiale soit rendue à Dioncounda qui, à ce jour, n’est pas revenu de son séjour médical en France.

Assainir la justice

La gestion de ces affaires judiciaires délicates ne dispensera pas le garde des sceaux d’entamer la mission d’assainissement de la justice que le peuple malien attend avec impatience. Le projet est toutefois plus facile à décrire qu’à mettre à exécution. Déjà, pour former son cabinet, le ministre aurait eu de menues difficultés. Chacun des deux syndicats de magistrats (le SAM et le SYLIMA) scrute à la loupe les nominations, s’inquiétant que le rival ne prenne de l’avantage dans les rouages de la justice. Le ministre Coulibaly semble, pour le moment, jouer à l’équilibriste. Deux des membres de son tout nouveau cabinet proviennent du Sylima (le Secrétaire général Djibril Kané et le conseiller technique Sékou Traoré); deux autres proviennent du SAM (le chef de cabinet Diarrah Coulibaly et le conseiller technique Sékou Konaré). Quant à Mahamadou Magassouba et à Modibo Konaté, magistrats respectivement nommés à la tête de l’administration de la justice et de l’Institut de formation judiciaire, ils n’ont aucune appartenance syndicale. C’est avec ce cabinet que le ministre se propose, selon les sources, de lancer, dans un bref délai, un grand coup de balai dans la magistrature. La chose serait salutaire pour deux raisons au moins: la restauration de l’ordre public, malmené par un bon trimestre d’instabilité politico-militaire, dépend du retour d’une justice équitable; les élections futures, dont la crédibilité conditionne la paix sociale à l’issue de la transition, ne seront acceptées que dans le cadre d’une justice transparente car les juges se trouvent au début et à la fin du processus électoral. Enfin, Malick Coulibaly lui-même doit en grande partie son fauteuil ministériel au préjugé général qu’après avoir démissionné avec fracas de la magistrature, il ne la laissera pas en l’état.


Tiékorobani

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