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Chronique du Web : Mugabe et ses amis Anglais dans la sauce
Publié le lundi 20 novembre 2017  |  Infosept
Cérémonie
© aBamako.com par Androuicha
Cérémonie de signature de l`accord de paix d`Alger
Bamako, le 15 mai 2015 au CICB. Le Gouvernement malien et les groupes rebelles du nord ont procédé en présence de nombreux chefs d`Etats africains et de la médiation internationale à la signature du document de paix issu du processus d`Alger. (Photo Robert MUGABE, président du Zimbabwe)
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Pour ma chronique de la semaine, l’envie m’a brûlé de traiter du sort (injuste ?) fait à Robert Mugabe. Le vieux combattant de l’indépendance de la Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, qui accéda à l’indépendance en 1980, est en très mauvaise posture. Une révolution de palais dont nul ne peut prévoir les péripéties et encore moins l’issue, est en train d’ébranler l’échafaudage brinquebalant qu’il a pourtant minutieusement construit pendant de si longues années. Je revois la silhouette fluette du « Camarade Bob », patriarche nonagénaire, qui a effectué deux déplacements remarqués à Bamako, à l’occasion respectivement de la signature de l’Accord de paix (mai 2015), en sa qualité de président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine, et du Sommet Afrique-France (janvier 2017).

Lors du premier évènement, ses évocations chantonnées de l’axe progressiste Ghana-Guinée-Mali des premières années des indépendances africaines et de ses figures dirigeantes - Kwamé N’Krumah, Sékou Touré et Modibo Kéïta - avaient amusé à l’hilarité un auditoire pourtant très respectueux du grand âge. Par contre, en janvier, le Vieux était arrivé à la cérémonie inaugurale du Sommet, au CICB, avec un retard de plusieurs heures et avait intrigué le monde entier par la pénibilité de sa motricité ainsi que par sa posture dans la salle marquée par une absence voire un assoupissement prolongé.

Dans le même registre défavorable, des images le montrant dans une glissade royale dans sa capitale avaient fait le buzz sur le web au petit bonheur de ses détracteurs. Sans être soupçonné de commettre quelque crime de lèse-majesté, je prétends que le Camarade Bob ne méritait pas de finir sa course dans un tel cul-de-sac, à la manière d’un Usain Bolt piteusement écroulé lors des Mondiaux d’athlétisme de Londres pour avoir pris le risque de courir le relais 4X100M de trop de sa brillante et longue carrière de sprinter. Mais le vieil homme a déjà prouvé par le passé qu’il avait du ressort et, espoir tenu, qui sait s’il ne va pas retourner une situation totalement volatile en sa faveur. Ou si, dans une grande magnanimité, les bidasses qui, manifestement, contrôlent la situation à Harare et dans tout le reste du pays ne voudront pas lui trouver une sortie honorable digne de son engagement politique, de sa longévité aux affaires et surtout de son grand âge.

Aussi, je m’interdirais d’enfoncer outre mesure le Vieux dont le combat contre la horde des racistes blancs Ian Smith et Pieter Willem Botha force respect et admiration. Je me contenterai donc de repasser en boucle « Zimbabwe », le titre culte de cet autre Bob, Marley celui-là, qui avait fouetté l’orgueil de toute une jeunesse panafricaniste et progressiste du monde dont je me réclamais, en effectuant un déplacement historique à Harare, pour la célébration de la fête d’indépendance du pays en avril 1980.

Maigre consolation et déjà de la vieille histoire ! Je vais, par contre, vous entretenir plus librement des Anglais, ennemis jurés de Mugabe, et de leur BREXIT qui n’en finit pas de recomposer les places financières du monde. En prenant la décision de sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne, le 23 juin 2016 (51,9%), les insulaires ne semblaient pas avoir mesuré convenablement l’impact du BREXIT sur la City, la place financière de Londres. La facture risque d’être particulièrement lourde. Outre la tête du falot David Cameron qui est tombée, celle de l’impopulaire Theresa May arrivée au 10, Downing Street le 13 juillet 2016, tient à très peu de choses.

Ce n'est un secret pour personne, le Royaume Uni et l’Europe sont engagés dans une véritable course contre la montre d’ici l’échéance du 29 mars 2019, date butoir pour trouver un accord sur le BREXIT. Et le « frenchie » Michel Barnier qui a hérité de ces négociations ardues entend faire boire la tasse aux Anglais, dans une espèce de remake de la Guerre des Cent Ans. Sans langue de bois, les britanniques accusent ouvertement Paris d’œuvrer, avec un cynisme consommé, à l’affaiblissement de la place financière londonienne.

En effet, le très europhile Emmanuel Macron et ses petits camarades ne seraient pas du tout mécontents d’aspirer toutes ces entreprises inquiètes du BREXIT qui cherchent une place tranquille pour déposer leurs baluchons et faire des affaires sans bruit. Un article du journal La Croix daté juillet dernier égrene la longue liste des banques, entreprises et organisations qui ont entamé le sprint final pour se redéployer : HSBC (Suisse), Goldman Sachs et J.P. Morgan (USA), Woori (Corée du Sud), Nomura et Daiwa (Japon), la compagnie à bas coût EasyJet, l’Autorité bancaire européenne, l’Agence européenne du médicament(EMA) et ses 900 salariés…

Outre Paris, sont dans les starting-blocks de nombreuses autres villes comme Francfort, Dublin, Luxembourg, Amsterdam, Varsovie, Vienne ou encore Bratislava. Pourquoi pas Abidjan, Bamako, Conakry ou Dakar ! Chacune de ces villes fait les yeux doux à la City et espère s’attirer les faveurs de l’élue désemparée, à coups de publicité mettant en exergue ses charmes, ses atours et tous autres détails qui pèseront dans la balance.

A la clé, il y a quelque 350 000 emplois à récupérer et je ne vois pas une seule ville ambitieuse au monde qui n’aimerait pas avoir sa part de ce gâteau de Sa Gracieuse Majesté. Rien que dans les secteurs de la finance et l’assurance, plus de de 12 700 sociétés sont installées à Londres, dont 2 700 dans le seul quartier d’affaires. Quelle manne ! Mais les britanniques sont des malins. Ils ne voudront pas se laisser dépecer sans réagir. Malgré ses déboires électoraux, Theresa May a annoncé des mesures incitatives aux entreprises qui voudraient bien prendre le risque de continuer à faire confiance à la City.

Le gouvernement britannique va casser sa tirelire et mettre dans la corbeille une enveloppe de 61 millions de livres Sterling, soit 80 millions de dollars, pour dit-on, « instaurer des conditions favorables à l’entrepreneuriat après le BREXIT ». L’objectif est clair : limiter autant que faire se peut « l’exode des banques et des entreprises installées à Londres » et qui font sa fierté. Dans ses tourments actuels, Mugabe ne serait pas mécontent de voir les Anglais piquer du nez, eux qu’il accuse d’être la cause de tous ses déboires.

Serge de MERIDIO
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