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Centre pénitentiaire de Bollé : de l’humanisme au cœur de la vie carcérale
Publié le mercredi 11 avril 2018  |  L’Essor
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S’il est fréquent que l’angoisse, le doute et la peur s’emparent des pensionnaires de prisons, tel est moins le cas à Bollé où les détenus bénéficient de programmes d’encadrement, de rééducation et d’apprentissage

On sait peu de choses sur la vie dans les prisons. Les portes du pénitencier doivent, en effet, rester fermées. En tôle, outre la privation de la liberté, les pensionnaires ont le sentiment de « perdre leur identité ». Le regret vient toujours en retard. Être détenu n’a jamais été un rêve d’enfance. «Payer» pour ses erreurs, peut produire une volonté de nouveau départ. Mais à condition que le lieu de détention soit aussi un lieu d’encadrement, de rééducation, d’apprentissage, bref propice à un nouveau départ. Dans notre pays, c’est le centre pénitentiaire pour femme de Bamako, communément appelé «Bollé», qui en a fait sa vocation. En effet, seule prison pour femmes de notre pays, les personnes qui y sont détenues ont, pour l’essentiel, commis des délits. D’autres sont reconnues coupables de crimes. Mais toutes ne rêvent que d’une chose : retrouver la liberté pour refaire leur vie.

Qui sont les femmes de Bollé ? A quoi ressemble leur quotidien ? Comment sont leurs conditions d’incarcération? Créé par l’ordonnance N°0012/PRM du 10 février 2000, le centre pénitentiaire de Bollé accueille précisément les mineurs et les femmes en conflit avec la loi. Il faut dire que plus qu’un centre, Bollé incarne l’humanisation des prisons. Ici, il ne s’agit pas seulement de détenir des prisonnières mais surtout d’assurer leur rééducation et éventuellement leur réinsertion sociale après le séjour carcéral. Pour son directeur, Moussa Sarawi Maïga, Bollé est surtout la vitrine de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée dans notre pays en raison des responsabilités particulières qui lui sont confiées. «Ici, l’intérêt supérieur de la femme et de l’enfant est fondamental et même consacré dans des textes fondateurs du centre. Bollé assure la rééducation aussi bien des femmes que des mineurs, le ré-scolarisation des enfants, la formation professionnelle, l’alphabétisation des femmes et mineurs qui sont en conflit avec la loi ou en assistance éducative par décision de justice, afin d’assurer leur réinsertion sociale à travers des prises en charge par ses différentes unités», explique notre interlocuteur.

Parlant des conditions de détention, le premier responsable du centre rassure: «les femmes en prison sont certes moins nombreuses que les hommes, mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’elles sont plus nombreuses qu’elles ne l’ont jamais été. Aussi, la prison n’est jamais un lieu de vie idéale pour une personne normale. Pour les femmes, c’est pire. Car la rupture avec la famille affecte énormément les femmes détenues. Cependant, on essaie ici de rendre le séjour moins désagréable à travers diverses activités d’éducation et de rééducation ».

PÉDOPHILIE ET VOL QUALIFIÉ. Ainsi, poursuit le directeur, si ailleurs les prisons sont faites de cellules, à Bollé, les détenus ont droit à des chambres communes dotées de matelas individuels, de moustiquaires et de téléviseurs. Ici, les pensionnaires ont droit aux trois repas quotidiens. Pour assureur leur santé, il existe une infirmerie où les soins sont gratuits. Les prisonniers (femmes et mineurs) bénéficient aussi d’un suivi psychologique, d’espace pour les différents cultes et sports, une crèche, un programme de rééducation et formation professionnelle. Le but est de leur permettre de vivre de façon digne et responsable. Cependant regrette, notre interlocuteur, le centre de Bollé connait des difficultés récurrentes. Par exemple, il n’y a qu’un seul véhicule qui assure la liaison entre la prison et les différents tribunaux. Cette situation oblige à faire recours quelques fois aux services de taxis.

A Bollé, les mineurs en détention, âgés de 13 et de 14 ans, sont pour la plupart inculpés pour des cas de pédophilie ou de viol. Ceux de 15, 16,17 ans pour des vols qualifiés. Le commandant Gabriel Flozan Sidibé, directeur adjoint de Bollé, précise que le nombre de détenus à ce jour est de 125, dont 12 mineurs. Il ajoute que le vol est l’infraction la plus courante, en plus des infanticides et coups et blessures volontaires.

Avec son architecture particulière, Bollé a une allure de forteresse. Derrière le mur protégé, A. T., 15 ans, vient de commencer son séjour ici. Accusée de détention illégale d’arme à feu, elle risque une peine de plusieurs mois, voire d’années. Les yeux hagards, son visage innocent cache pourtant une adepte des lieux dangereux. Elle est visiblement différente de la jeune A. B. qui vient de souffler ses 16 bougies. L’élève de 11e année est incarcérée pour consommation de produits psychotropes. «Je prenais le crack (cocaïne lavée), de l’Irone, du Viex et même du Maintos depuis l’âge de 15 ans», avoue-t-elle. Quand elle s’élève dans les nuages, emportée par l’effet de la drogue, la jeune fille oublie ses cours. Les parents l’ont alors conduite à Bollé depuis deux mois. Aujourd’hui, elle se sent mieux et envisage même de reprendre ses études après sa sortie de l’isolement.

A coup sûr, Bollé constitue un cadre de réinsertion pour les mineurs dont les parents ont totalement perdu le contrôle de leur éducation. Ils viennent à cette prison pour y passer un délai de trois mois renouvelable. Mariam Kouma, 16 ans, est élève d’une école coranique. Elle était incarcérée à Bollé pour coups et blessures. Mais elle ne cessait de clamer son innocence en disant qu’elle était juste témoin des faits. Les autorités judiciaires, après un procès, ont fini par la relaxer.

A 31 ans, M. D., mariée et mère de sept enfants, n’a pas eu cette chance. Elle entame sa quatrième année de séjour à Bollé. Condamnée pour cinq ans et bénéficiaire d’une grâce présidentielle d’un an, elle a été jugée coupable d’assassinat. Durant son séjour, elle bénéficie d’une formation professionnelle en savonnerie. Elle est aujourd’hui préparée à reprendre une nouvelle vie avec dignité. «Je me sens capable de m’installer à mon propre compte, sauf que je n’ai pas les moyens. Je demande donc de l’aide au gouvernement et aux ONG. A Bollé, j’ai appris à vivre à nouveau, à réorienter ma vie, à regretter mes erreurs mais aussi à prendre un nouveau chemin», dit-elle.

LES REPENTIS. Comme elle, A. M., âgée de 20 ans, est détenue à Bollé pour avoir commis un crime passionnel et n’hésite pas à décrier l’effroyable scène de son crime à qui veut l’entendre. «J’ai fracassé la tête de ma rivale de coups de pilon… », raconte-t-elle de la manière la plus effroyable. Malgré son crime abominable, la jeune espère être libérée la semaine prochaine lors de son audience au tribunal. A Bollé, nous avons aussi rencontré des jeunes garçons. Le cas d’A. B., 14 ans, est assez atypique. Il est detenu depuis un an pour vol et consommation de drogue. Il se plaint de lenteur de la justice. Un autre, A. D., 17 ans est un récidiviste. L’incorrigible garçon a été régulièrement reçu au centre (vol de moutons, de motos, de téléphones). Lui et son frère jumeau alternent en prison. Arrêté cette fois pour vol de motos, le jeune garçon a écopé d’une sentence qu’il purge depuis 6 mois. « Je suis le cours d’alphabétisation et une formation en soudure. La prison m’a permis de me ressaisir et de faire le point sur mon avenir. Cette fois-ci, c’est décidé, je souhaite devenir quelqu’un de meilleur en menant une activité honnête», dit-il.

Le cas de B. B., 17 ans, est particulier. Il est entré à Bollé à 14 ans pour pédophilie. Il bénéficia de la clémence des parents de sa victime. «J’ai appris la couture à Bollé. A ma sortie, les responsables du centre m’ont confié au Bureau national catholique pour enfant (BNCE) où j’ai donné le meilleur de moi même. Quelques temps après, ce centre m’a mis en contact avec un chef couturier de l’atelier Badeya. C’est là que je travaille actuellement et j’exerce avec fierté mon métier», témoigne-t-il comme dire qu’il n’est jamais trop tard pour se ressaisir.

Maimouna SOW


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