Alors que la ville de Gao est surmilitarisée, les attentats continuent d'y sévir. Celui survenu lundi dernier conduit à s'interroger sur les inacceptables failles de son dispositif de sécurité.
Une très puissante déflagration. Un flash aveuglant, puis l'obscurité. Des cris, des sirènes, la panique, dans les ténèbres et la poussière. Lundi soir, le 12 novembre, peu après 19 heures, à Gao, devant les bâtiments jumeaux construits par le milliardaire Ali Badi Maiga, ravagés par l'explosion d'un véhicule piégé, la population du quartier Boulgoundié faisait face au chaos. « Quand il y a eu l'explosion, j'ai cru que mon véhicule était monté sur une mine tellement ça m'a surpris. Les voisins, les passants, les gens qui étaient là, ont été fauchés sur au moins 200 mètres par l'explosion », relate Hama, un habitant de Gao dont la maison a vu ses portes et fenêtres pulvérisées par la déflagration, alors qu'il arrivait en voiture non loin de chez lui. « C'était un pick-up Toyota, il s'est présenté devant la résidence habitée par des démineurs des Nations unies. L'un des vigiles a vu que le véhicule n'était pas habituel, il n'a pas voulu ouvrir, il était simplement armé d'un gourdin... Le pick-up a forcé le passage et a foncé, il a pénétré dans la cour et s'est fait exploser », poursuit-il.
L'attaque a été revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans
Une fois de plus, Gao, la capitale malienne du Nord, a renoué avec l'horreur, un peu plus de cinq mois après un autre attentat à la voiture piégée qui avait visé une patrouille conjointe de la force française Barkhane et des forces armées maliennes : 4 morts, une vingtaine de blessés. En janvier 2017, c'est le camp du Mécanisme opérationnel de coordination – un organisme prévu par l'accord de paix d'Alger pour sécuriser les autorités intérimaires – qui essuyait l'attaque d'un véhicule kamikaze. Le pire attentat que le pays ait connu. Dans ce camp rassemblant 600 combattants de la plateforme, de la CMA et des forces armées maliennes, au matin, l'explosion de ce véhicule kamikaze, piégé par la katiba Al Mourabitoune, avait fait pas moins d'une soixantaine de victimes et plus d'une centaine de blessés.
Depuis cinq ans, ces « ennemis de la paix au Mali », par la récurrence de leurs attaques, n'en finissent pas de faire parler d'eux. « Depuis 2016, cinq attentats kamikazes ont endeuillé la ville de Gao. Depuis 2013, pas moins de treize attaques et tentatives d'attaques-suicides ont frappé la région. Ce dernier attentat à Gao, le deuxième qui cible l'UNMAS après l'attaque du 31 mai 2016, porte à 36 le nombre d'attaques ou de tentatives d'attaque-suicide sur l'étendue du territoire malien », énumère Héni Nsaibia, chercheur à l'ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), un projet de collecte, d'analyse et de cartographie des crises et des conflits, qui travaille notamment sur l'Afrique de l'Ouest.
Quelques heures après l'attentat, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) – la coalition terroriste du tristement célèbre chef djihadiste Iyah Ag Ghaly – revendiquait sur les réseaux sociaux cet attentat visant ce site stratégique où résidaient des « envahisseurs croisés » travaillant pour un sous-traitant de l'ONU spécialisé dans le déminage. Son auteur, Oussama Al-Ansari, nom de guerre de ce jeune Malien qui a emporté quatre morts avec lui et en a blessé plus d'une trentaine, a incarné pour cet attentat l'arme la plus puissante des djihadistes : l'attaque-suicide, qui, au-delà des lourdes pertes humaines et des dégâts matériels significatifs, provoque un effet psychologique important qui s'installe dans la durée. « De leur point de vue, il s'agit d'une guerre d'usure, combiner les diverses tactiques de leur guerre asymétrique pour épuiser leurs adversaires. Le GSIM démontre qu'il est actif à un rythme opérationnel élevé et dispose de capacités importantes pour lancer et réussir des attaques. Sur les récentes attaques-suicides à répétition menées par le groupe, pas une seule n'a été déjouée. Un autre signe inquiétant, c'est que le GSIM est persévérant et pourrait être proche d'exécuter quelque chose de sinistre, d'une ampleur semblable à l'attentat du MOC en 2017 », analyse Héni Nsaibia.