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Réformes institutionnelles: le dialogue de sourds
Publié le mercredi 13 fevrier 2019  |  Info Matin
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© Autre presse par DR
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L’idée de réforme constitutionnelle remise en selle par le Président de la République, à l’occasion de son discours de Nouvel An, peine à rassembler les forces vives. Si l’unanimité est presque faite sur la nécessité de cette initiative, les acteurs sont toujours divisés sur la conduite du processus par le Premier ministre suite à son décret n° 0015/PM-RM du 14 janvier 2019 portant mise en place le Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle. Dès l’annonce de ce décret, les partis politiques, notamment ceux de l’Opposition, ont crié au scandale estimant qu’il s’agit d’une décision unilatérale du PM qui viole les principes d’inclusivité et d’égalité prônés par l’ensemble des forces vives de la nation. Depuis, l’écart ne cesse de se creuser entre le pouvoir et l’Opposition ! Jusqu’où le Gouvernement persistera dans son entêtement ?

C’est suite à son message de Nouvel An à la nation que le Président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA, a réitéré son intention de relancer son initiative de réviser la Constitution de 1992, après l’échec de la tentative de 2017 : « comme vous en conviendrez, il est indispensable de procéder à une révision constitutionnelle proposant juste des aménagements, à partir de notre vécu, institutionnel, à partir de nos fragilités, à partir de nos silences, à partir de nos imprécisions », a-t-il indiqué.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

C’est dans ce contexte que le 14 janvier dernier, un comité d’experts a été créé et ses membres sont nommés par le Premier ministre, sans consultation de la classe politique, encore moins les autres forces vives de la nation. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La classe politique se voyant ignorée se barricade et qualifie la démarche du PM d’unilatérale. Deux observations sont formulées par l’opposition : le fondement juridique de la démarche du PM (c’est le Président de la République ou l’Assemblée nationale qui ont l’initiative de la révision constitutionnelle et non le PM) et le refus du dialogue.

« L’URD a la très forte conviction que pour sortir de cette crise, notre pays a besoin d’un dialogue politique de haut niveau », martèle la formation politique du Chef de file de l’Opposition.

Pour autant, doit-on en vouloir au PM, à partir du moment où il a été mis en mission par le Président de la République ?

« J’ai du reste instruit au Premier ministre de conduire cette révision constitutionnelle et de mettre en place dans les jours à venir un comité d’experts qui sera chargé de proposer la révision de notre constitution et de conduire les réformes institutionnelles nécessaires au renforcement de notre démocratie », avait précisé le Président IBK dans son discours de Nouvel An.

Sur la question du dialogue et de l’inclusivité, le PM a voulu se racheter en prenant deux décrets : N° 2019 -0015/PM-RM DU 14 JANVIER 2019 portant création du Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle et N° 2019-0016/PM-RM DU 14 JANVIER 2019 portant nomination du Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle de 12 membres.

Le dialogue national

Alors que le comité d’experts s’est déjà donné un agenda, l’Opposition persiste dans son refus. Dans un document intitulé observations de l’URD en date du 1er février 2019, le Parti du Chef de file de l’Opposition clarifie : « le dialogue politique national que nous réclamons est, donc un préalable important et ne peut avoir lieu dans le cadre national de concertation créé par le Premier ministre (décret N° 2019 -0020/PM-RM du 17 janvier 2019 ». Aussi, le Parti de la poignée de main rappelle que le Cadre de concertation entre le ministère de l’Administration territoriale et les partis politiques a été institué pour faciliter les échanges entre le Gouvernement et les Partis politiques dans le cadre de l’organisation des élections.

Par contre, poursuit le document : « l’initiative de la révision constitutionnelle appartient exclusivement au Président de la République et à l’Assemblée nationale : en conséquence, tout organe devant connaître ou travailler dans ce domaine doit être mis en place par la présidence de la République et placé sous son autorité ».

Malgré ces observations partagées par de nombreuses formations politiques de la place, aucune initiative n’est prise par le Gouvernement pour aplanir les divergences et un dialogue de sourds semble s’installer entre les parties, alors que le temps continu de jouer contre le Mali dans la marche vers cette réforme jugée cruciale.

Le boycott

C’est dans ce contexte de méfiance que la rencontre de mise en place de la formation technique du Cadre de concertation national a été boycottée ce jeudi 7 février 2019 par les partis politiques de l’Opposition estimant que leurs recommandations sur le Cadre de concertation national (CCN) pour les réformes n’ont pas été prises en compte. Un pied de nez au Gouvernement qui ne cesse d’insister sur l’urgence de ces réformes. En effet, lors de la session inaugurale, la composante politique du Cadre de concertation national, qui a eu lieu le 31 janvier 2019, le ministre Ag ERLAF avait déclaré : « l’inclusivité de ce processus ne doit pas nous faire oublier que le temps restera notre principal ennemi ».

Pire, ce 11 février 2019, la session inaugurale des experts du Cadre de Concertation national (CCN) a été, à son tour, boycottée par l’Opposition. L’on racontait dans les coulisses que malgré les invitations envoyées à pas moins de 60 partis politiques, seulement 17 avaient répondu à l’appel du ministre Ag ERLAF.

Ces deux faits sonnent comme un désaveu au Gouvernement qui semble s’engager dans une voie sans issue, malgré l’expérience des échecs précédents.

Comme le dit l’adage, il n’est jamais trop tard pour bien faire, d’autant plus que les revendications de l’opposition ne sont pas de la mer à boire. Elle demande juste un dialogue national ou un dialogue de haut niveau autour de la question. Il est tout de même heureux de constater un éveil au sein de la classe politique, d’une manière générale qui semble prendre toute la mesure de la chose. Les nombreuses rencontres entre les formations politiques, attestant leur prise de conscience de la crise, ces derniers jours, présagent certainement d’un lendemain meilleur pour l’apaisement du climat politique du pays.

PAR SIDI DAO

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