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André Bourgeot, chercheur au CNRS, sur la situation actuelle du Mali: « C’est un euphémisme de dire que la situation est extrêmement grave… »
Publié le lundi 11 mars 2019  |  Le Républicain
16eme
© aBamako.com par Momo
16eme édition du Forum de Bamako
Bamako, le 18 février 2016 le premier ministre Modibo Keita a présidé le 16eme édition du Forum de Bamako au CICB
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Dans un entretien qu’il nous a accordé, le vendredi 8 mars 2019 à Bamako, André Bourgeot, Directeur de recherches émérite au Laboratoire d’anthropologie sociale du CNRS et spécialiste du Sahel, s’est prononcé sur la situation actuelle du Mali : la situation sécuritaire, la délocalisation de la crise sécuritaire du Nord vers le Centre du Mali, voire même le sud, la reforme constitutionnelle, le rapprochement entre le président de la République Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) et Soumaila Cissé, chef de file de l’opposition… Selon le chercheur, c’est un euphémisme de dire que la situation est extrêmement grave au Mali. « Elle n’a cessé de s’aggraver depuis les dernières années », dit-il. Ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Le Républicain : bonsoir M. André Bourgeot. Quelle analyse faite vous de l’état actuel de la nation malienne ?
André Bourgeot : c’est un euphémisme de dire que la situation est extrêmement grave, qu’elle n’a cessé de s’aggraver depuis les dernières années. Vous avez des conflits intercommunautaires, des mouvements sociaux qui se développent de partout, des grèves, etc. Donc, c’est mal en point. Est-ce que le fait qu’il y a eu un retour au dialogue entre le président Ibrahim Boubacar Kéita et le chef de l’opposition Soumaila Cissé, qui se sont rapprochés, qui essaient maintenant un peu de sauver le Mali, va déboucher sur quelque chose de concret ? Je n’en sais rien. Mais ce ce rétablissement de dialogue est une bonne chose.
Par rapport à ce rapprochement entre IBK et Soumaila Cissé et autres acteurs de la classe politique malienne. Est-ce que vous pensez réellement que cela va aboutir à une réelle décrispation de la crise malienne ?
En tout cas, c’est le premier pas pour la décrispation. Ensuite, qu’est ce que ça donner ? C’est prématuré de le dire. Est ce que ça va aller dans le sens de l’instauration d’un gouvernement d’union nationale ? On parle de ça. Je n’en sais rien. Est-ce que cela ne va pas poser de problème ? Quel sera le contenu du gouvernement d’union nationale? On ne fait pas un gouvernement d’union nationale pour le plaisir de faire. Il faut donner un contenu. Et ce contenu doit prendre en compte les intérêts des groupes, du gouvernement, de l’opposition politique... Mais pas simplement de l’opposition et de la coalition. Il y a des partis politiques qui ne sont pas dans la coalition. Donc il faut quelque chose qui soit totalement inclusif. Moi, j’ai toujours défendu la nécessité et l’opportunité de faire une sorte de charte nationale, qu’il y ait un grand débat national pour que tout le monde puisse s’exprimer, se reparler. Maintenant si les institutions ont pris cette initiative, on verra bien ce que ça donnera.
On a l’impression que la crise s’est délocalisée du Nord au centre, voire même au Sud ?
Ça me parait évident. Je ne dirai pas délocalisation, mais un glissement du septentrion vers le Centre du Mali. C’est évident. Mais ce n’est pas seulement que dans le Centre du Mali. C’est aussi dans les pays voisins, et plus particulièrement dans le Burkina Faso. Donc la question qu’on peut se poser est la suivante : comment une présence d’environ 20.000 militaires (Barkhane, la Minusma, les FAMA, etc.) n’arrive pas à affaiblir de manière significative les 1500 ou 2000 Moudjahidines, Djihadistes. Avec tous les matériels modernes de ces gens là, comment ils n’arrivent pas, non pas les éradiquer, mais les affaiblir d’une manière irréversible.
Inexplicable ?
En tout cas, je me pose la question. Pourquoi ? Et oui….
Autre sujet d’actualité brulante du Mali, la réforme constitutionnelle souhaitée par les dirigeants actuels du pays. Cela fait beaucoup de débats. Est-ce vous pensez que c’est le moment idéal de réviser la loi fondamentale vu la situation actuelle fragile du pays ?
Je crois qu’il y a d’autres priorités. Mais la réforme constitutionnelle est un des aspects du contenu des accords de paix. Donc on retourne sur le problème du contenu des accords de paix. Les accords de paix sont loin de faire l’unanimité. S’il n’y avait pas les pressions de la communauté internationale pour les appliquer, j’ai l’impression que ces accords de paix sont loin de faire l’unanimité.
Mais en allant vers cette réforme, est ce vous ne pensez pas qu’il est nécessaire d’associer tous les fils du pays, que de la faire au forcing au risque de buter encore sur des contestations ?
C’est la raison pour laquelle je vous parlai de la nécessité de procéder à une conférence nationale. Je ne sais pas exactement trouver le bon terme. Mais quelque chose au niveau national, qui inclut tout le peuple malien comme il y a eu la conférence nationale en 1990-1991. A partir de là, les gens parlent. Donc, s’ils parlent, ils renouent avec le dialogue. Et c’est à partir de ce truc très populaire que peut vraiment émerger une nouvelle classe politique. Ce que je crains avec le gouvernement d’union nationale, c’est que tous ces leaders là sont issus de la même matrice, à savoir l’ADEMA. C’est ça aussi le problème. Ça ne fait pas les conditions du renouvellement. Or le pays a besoin d’un renouvellement de sa classe politique et de l’élite politique.
Votre dernier mot ?
Mon dernier mot, c’est de souhaiter une bonne chance au Mali et puis aux Maliens. Et leur dire qu’il faut que le pays sorte de la sphère dans laquelle elle est plongée déjà depuis quelques années.
Par Hadama B. Fofana


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