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Médecine traditionnelle : Le secteur est victime de publicité tapageuse
Publié le lundi 11 mars 2019  |  Azalaï-Express
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« Des individus inexpérimentés et assoiffés d’argent tentent d’affaiblir le secteur en profitant du désespoir de certains malades à travers des publicités sur leurs produits », s’alarme Pr. Rokia Sanogo, chef du Département médecine traditionnelle à l’Institut national de recherche en santé publique (Inrsp).

Selon elle, la médecine traditionnelle est un savoir-faire transmis de génération en génération, par écrit ou de façon orale. Elle utilise des plantes, des peaux d’animaux et des incantations pour administrer des soins. Généralement, leur diagnostic est établit à travers des signes zodiaques, le jet de cauris, le craché dans le sable et aussi à travers des constats empiriques des symptômes de la maladie. Rokia Sanogo, tout comme M. Bréhima Chaka Traoré, sociologue a l’IPM (Institut Polytechnique du Mali), estime que le secteur est malade d’individus sortis de nulle part.

Le professeur Sanogo soutient que son département a mis en place une équipe de recherche, composée des spécialistes de pharmacognosie, de phytochimie, de toxicologie, de santé publique, d’agroforesterie et des ingénieurs des eaux et forêts, pour cerner le phénomène. Ces recherches sur la médecine traditionnelle ont, affirme-t-elle, commencé dès 1968 et se poursuivent encore. Déjà, rassure Pr. Sanogo, des textes ont été mis en place pour une meilleure régularisation du secteur, des cartes d’herboristes et de tradi-praticiens sont établies et remises en fonction des compétences.

Rokia Sanogo déplore le fait que malgré ces efforts, des individus inexpérimentés et assoiffés d’argent tentent d’affaiblir le secteur en profitant du désespoir de certains malades à travers des publicités sur leurs produits. « Une fois ces publicités réussies, ils administrent des soins sans être autorisés et sans la compétence nécessaire, et cela est un danger», explique-t-elle.

Le professeur Sanogo déclare qu’il est indispensable de faire la part entre un herboriste et un tradi-thérapeute. Elle soutient que le premier est une personne qui a des connaissances sur les plantes et qui exerce ses connaissances dans un coin donné, tel que les marchés. Un tradi- praticien de santé ou tradi- thérapeute est une personne connue au sein de la société, ayant la compétence de délivrer des soins par l’utilisation des produits ou ses propres connaissances.

Notre interlocutrice affirme que la publicité sur la santé est interdite par la loi. Cependant, elle reconnaît que cette loi n’est pas respectée au Mali. Actuellement, des tonnes de publicité sur la santé sont faites par des individus qui s’octroient le titre de tradi-thérapeute. Pire, certains reproduisent en grande quantité des médicaments produits par son département, sans aucune autorisation de commercialisation. Rokia Sanogo d’expliquer que récemment, le célèbre sirop « balembo » a fait les frais d’une contrefaçon. Toute chose qui risque de faire perdre à ce sirop, efficace contre la toux, sa crédibilité.

Partant, elle se plaint du manque de ressources humaines dans son département. Mais aussi de moyens pour une production en grande quantité des médicaments.

De son côté, Bréhima Chaka Traoré, Sociologue de son état, estime qu’il est urgent de revoir la méthode de conservation des herboristes. Parce que, dit-il, ils semblent être les plus consultés dans le domaine de la médecine traditionnelle. Selon l’universitaire, cette situation se justifie par le manque de moyens pour certains malades et le plaisir de l’automédication pour d’autres. Chose qui est dangereuse car, dans les deux cas, il est recommandé d’aller voir un spécialiste.

Le sociologue indique ensuite un problème de notification des médicaments traditionnels. « Les tradi-thérapeutes ont le plus souvent du mal à expliquer le contenu de leurs produits. Pourtant, l’effet est concret et pratique; la médecine traditionnelle a dans ce cas un secret. Elle arrive très généralement à guérir des maladies que la médecine conventionnelle a du mal à guérir», soutient-il.

Médecine traditionnelle ou conventionnelle, il s’agit de faire le bon choix. Personnellement, Bréhima Traoré préfère avoir affaire à un tradi-thérapeute mal formé qu’à un spécialiste mal formé dans le domaine de la médecine conventionnelle. Même s’il reconnaît qu’il faut assainir le secteur.

Oumou Diallo, herboriste au marché de Ouolofobougou, parle de tradition. Pour elle, les plantes qu’elle revend contiennent des vertus surnaturelles. « Depuis la nuit des temps, on se soigne avec les herbes», assure-t-elle. Au sujet de la provenance de sa marchandise, Oumou n’apporte aucune précision, affirmant être ravitaillée par des « guérisseurs spécialisés ».

L’association des tradi-thérapeutes se plaint de charlatans et autres fameux marabouts venus du Niger, du Nigéria ou du Bénin. Ces derniers, disent-ils, sont à l’origine des publicités à outrance sur les radios privées de la capitale.

Pur sûr, le secteur de la médecine traditionnelle est entouré de confusion et des difficultés qu’il faut urgemment résoudre, s’accordent à dire tous les acteurs.

Sanata Goita



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