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Administration territoriale : Quand le ministre Boubacar Alpha Bah se ridiculise
Publié le jeudi 27 juin 2019  |  Soleil Hebdo
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© aBamako.com par fousseyni
Journée nationale des Communes du Mali
Bamako, le 22 decembre 2017 le président IBK a présidé la Journée nationale des Communes du Mali au palais des spotrs. Photo: Boubacar Bah dit Bill, président de l`AMM.
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Au lieu de s’inscrire dans une approche réaliste avec les représentants de l’Etat dans les zones en proie à l’insécurité, le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Boubacar Alpha Bah a totalement raté la cible en invitant les administrateurs au respect du drapeau et de l’hymne nationaux. Une réaction qui a surpris les représentants de l’Etat qui ont réitéré leur appel à quitter les lieux d’insécurité.

C’est désormais un bras de fer entre les deux syndicats des administrateurs civils, notamment le Syndicat libre des travailleurs du ministère de l’Administration territoriale (Syltmat) et le Syndicat national des administrateurs civils (Synac) et le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Boubacar Alpha Bah.

Et pour cause. Un communiqué et l’interview du ministre en charge de l’Administration territoriale, invitant, hymne national en main, tous les administrateurs civils au patriotisme. Une déclaration que les deux syndicats n’ont pas appréciée.

« Comme tout le monde, les CEN Synac et Syltmat ont noté, mais sans surprise, qu’au lieu de s’engager résolument à assumer pleinement leur rôle régalien de protection et de sécurisation de leurs représentants, les responsables du département de l’Administration territoriale ont opté plutôt d’emprunter la voie facile de la menace et de chercher à faire vibrer la fibre patriotique de l’opinion publique, qui du reste, est fatiguée de compter et pleurer les morts par manque de précautions prises. Le communiqué, comme l’interview, que nous considérons tous deux comme des appels au suicide, car n’offrant aucune garantie de sécurité à part les habituelles annonces sans suites ni effets, souligne avec force le rôle de « Capitaine à quitter le dernier le navire en perdition…».

Cet appel au sacrifice ultime qui est aujourd’hui le quotidien de beaucoup de nos compatriotes et auquel peu de donneurs de leçons, selon les administrateurs, s’engageraient résolument, prouve que les autorités ne disposent d’aucune solution pour assurer à leurs représentants les conditions minimales nécessaires leur permettant de jouer pleinement leur rôle de coordination de l’action publique au niveau des circonscriptions administratives.

C’est un appel au suicide, indique le Synac et le Syltmat. « Nous répondons simplement mais avec fierté et dignité que les représentants de l’Etat, de par leurs carrières et leurs parcours faits de sacrifices, d’abnégation, de don de soi, de défense de l’intérêt général, de méconnaissance absolue de luxe et de confort dans leur vie quotidienne, n’ont de leçons de patriotisme à recevoir d’aucune autorité de ce pays. Les faits parlent d’eux-mêmes. Les Administrateurs civils et représentants de l’Etat du Mali sont les plus mal logés, les moins bien traités en termes de salaires, de moyens de déplacement, de gestion de carrières et les plus méprisés dans la sous-région… »

Selon eux, la rébellion déclenchée par le Mnla en 2012 a entraîné un phénomène d’insécurité sans précédent au Mali. Elle s’est installée avec persistance dans la 5ème région et comme une métastase, se répand sur le reste du pays. « Après la grande insécurité avec armes de guerre, les représentants de l’Etat sont de plus en plus exposés à la nuisance du développement du communautarisme exacerbé par les notabilités locales, les ressortissants résidant à Bamako, à l’agressivité des associations de jeunes instrumentalisés par le manque de perspective d’avenir, à la montée en puissance des religieux et surtout au manque de culture institutionnelle et administrative de certains hommes politiques prompts à sacrifier les intérêts locaux ou personnels aux détriments de l’intérêt général. Face à ces nouvelles donnes, les syndicats ont tiré la sonnette d’alarme et réclamé plus de protection en faveur des représentants de l’Etat qui sont des cibles privilégiées dans un pays en pleine anarchie, où l’autorité est très mal perçue par la plupart des citoyens. Car au moindre mécontentement contre l’Etat ou tout autre service, les foules furieuses prennent en cibles les représentants de l’Etat, d’où la multiplication des cas de tentatives de lynchage, de saccages et de vandalisme des bureaux et logements ces derniers mois : Kani-Bonzon, Kéniéba, Diré, Sangha. A cette nouvelle forme d’insécurité se sont ajoutés les assassinats ciblés, les attaques ciblées, les menaces annoncées et exécutées. A titre d’exemple, le 3 mai 2019, le sous-préfet de Boura, dans le cercle de Yorosso, reçut un message SMS de menace de personnes se réclamant d’Al Qaïda. Comme promis, la menace fut exécutée le 15 mai sans qu’aucune disposition adéquate ne soit prise », explique Ousmane Christian Diarra.

A Bandiagara, ajoute-t-il, il n’est un secret pour personne que tous ceux qui reçurent un avertissement à partir des listes dressées par les différentes milices ont été froidement abattus s’ils n’ont pas fui la ville. L’exemple le plus notable est celui du président local des commerçants, égorgé en plein marché au vu et au su de tous, le 11 juin 2019.

« Le sous-préfet de Tilemsi, dans le cercle de Goundam, reçut le 11 juin 2019 des menaces de mort d’une personne ayant poussé l’audace jusqu’à donner son nom avec un contact non dissimulé et lui rappelant un premier appel de menace de mort en date du 23 août 2017. Le 15 juin 2019, le premier adjoint de Bandiagara recevait à son tour des menaces précises contre sa personne et celle de sa famille, par appel téléphonique puis par SMS. C’est dans ce contexte d’un nouveau mode opératoire d’assassinat ciblé et annoncé à l’avance que les deux CEN ont demandé le repli de leurs militants, en attendant le désarmement promis par les plus hautes autorités ».

Le 12 septembre 2015, le sous-préfet de Ouenkoro a été agressé à son domicile par des manifestants. Bilan : 2 véhicules brûlés dont son véhicule personnel et un de l’Inspection de l’intérieur, en mission. Le 11 juin 2018, le sous-préfet de Kani-Bonzon a vu son domicile attaqué par des assaillants à motos. Bilan : domicile et véhicule personnel incendiés, vol de la somme de 2. 750 000 FCFA, épouse et enfants violentés. Le 17 décembre 2018, agression du préfet lors d’une manifestation de la population réclamant la libération de trois (3) présumés assassins dans la cour de la Brigade de la gendarmerie. Le 23 mars 2019, après des menaces verbales, des inconnus s’introduisirent nuitamment dans le domicile du sous-préfet central et brulèrent son hangar. Le 02 avril 2018, sous la houlette de politiciens locaux, la jeunesse instrumentalisée de Koro organisa une marche pour réclamer le départ du préfet et de tous les sous-préfets. Le 7 avril 2018, le bureau du préfet fut violé par des jeunes le menaçant à quitter la ville sous peine de lynchage. Le 13 avril 2019, le domicile du nouveau préfet fut pris d’assaut par les populations pour réclamer la libération de chasseurs présumés assassins. Le 24 février 2019, le camp militaire de Dioungani subit une attaque quand le sous-préfet y était présent. Le 15 mars 2019, le même sous-préfet fut blessé au cours d’une embuscade tendue par des terroristes alors qu’il se trouvait dans un convoi militaire. Le 12 juin 2019, suite à l’interpellation par la Minusma de deux présumés assassins du président local des commerçants de Bandiagara, les bureaux du sous-préfet de Sangha ont été pris d’assaut par un nombre impressionnant de chasseurs réclamant leur libération et la revue à la hausse du bilan du massacre de Sobane-Da, à défaut ils annoncèrent qu’ils prendront en cible tous les symboles de l’Etat. Le 15 juin 2019, le premier adjoint au préfet reçoit un message téléphonique (SMS) l’annonçant sa tuerie par égorgement avec tous les membres de sa famille, en raison de son appartenance à l’ethnie peulh.

Dans ce contexte, parler du patriotisme aux administres est vraiment désolant, dénonce-t-il. « Mais les CEN Synac et Syltmat sont loin d’être surpris par les propos méprisants et moralisateurs contenus dans le communiqué et l’interview du ministre en charge de l’Administration territoriale. C’est pourquoi les autorités nationales pensent que les administrateurs civils doivent être les premiers à affronter les conséquences de leurs faiblesses (le capitaine qui doit être le dernier à quitter le navire) et les derniers à occuper les postes auxquels ils doivent légitimement prétendre. Les CEN Synac et Syltmat rappellent que leurs militants n’ont pas attendu la lecture de l’hymne national pour être les derniers à quitter Kidal, Tombouctou et Gao en 2012 quand des généraux abandonnaient le navire sans donner l’alerte. Les CEN Synac et Syltmat rappellent que l’évocation sélective des dispositions des statuts des fonctionnaires et du corps préfectoral qui, au demeurant, imposent à l’Etat la protection de tous ses agents dans l’exercice de leur fonction, ne saurait émouvoir les administrateurs qui ont suffisamment compté leurs morts et blessés par la faute d’autorités qui n’ont pas assumé à hauteur de responsabilité leur mission de veille et d’anticipation. En tirant leçon de la volonté des autorités du département de l’Administration territoriale de mettre les représentants de l’Etat dans une situation d’insécurité sans défense, les CEN Synac et Syltmat s’engagent désormais à poursuivre en justice, au pénal comme au civil, toute autorité par la faute de laquelle il y aurait atteinte à la vie d’un représentant de l’Etat. Les CEN Synac et Syltmat demandent de nouveau à tous leurs militants dans les huit (8) cercles et 55 arrondissements de la région de Mopti à rejoindre la ville de Mopti ou toutes autres localités plus sécurisées, jusqu’au désarmement total de toutes les milices ou jusqu’à la prise de mesure de protection sécuritaire par les autorités compétentes », indique la déclaration des administrateurs, signée par Olivier Traoré et Ousmane Christian Diarra.

Zan Diarra
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