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57 ans et deux jours après l’arrestation et la condamnation à mort de Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et d’El Hadj Kassoum Touré dit Marba Kassoum : Le Peuple PSP se souvient…
Publié le lundi 22 juillet 2019  |  La Mutation
Fily
© AFP par Byline
Fily Dabo Sissoko
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20 juillet 1962-20 juillet 2019, cela fait aujourd’hui 57 ans et 2 jours que furent arbitrairement arrêtés et condamnés à mort trois mois après Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré dit Marba Kassoum. Et les militants et sympathisants du Parti Progressiste soudanais et qui a pris le nom de Parti pour la solidarité et le progrès en 1991, se souviennent toujours de cette date qui sera fatale à la vie à ces dignes hommes deux ans plus tard soit le 12 Février 1964. De ce jour à maintenant le peuple PSP ne veut qu’une seule chose à savoir la réhabilitation de ces illustres disparus.

S’il est incontestable que Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko, Tidiani Faganda Traoré, Moussa Sissoko, Yalla Sidibé, Ya Doumbia sont les membres fondateurs du Parti Progressiste Soudanais en février 1946 et qui a pris le nom de Parti pour la solidarité et le progrès en 1991, ce n’est pas le cas de El Hadj Kassoum Touré que transformé beaucoup de jeunes intellectuels et cadres politico- administratifs pensent de l’homme comme étant membre fondateur dudit parti. Membre fondateur de l’US-RDA, Marba Kassoum n’a jamais pu supporter en fait la défaite de son fidèle compagnon en la personne de Tiémoko Diarra lors des législatives de 1953 face à Modibo Keita qu’il qualifie de traite. Avec la création du Bloc Démocratique Soudanais par Tidiani Faganda Traoré, un dissident du PSP en 1951 Tiémoko Diarra et El Hadj Kassoum quittèrent le parti de la charrue pour ce nouveau parti en 1954. Et depuis les relations entre ces deux hommes vont en s’amenuisant et une haine politique implacable régna entre ces deux hommes jusqu’aux évènements du 20 juillet 1962. En effet cette haine entre ces deux hommes a tiré sa source de la haine politique entre Tiémoko Diarra, conseiller de l’Union française en 1953 et bénéficiant de l’appui inconditionnel des notables de Bamako, à Modibo Keita lui aussi bénéficiant de l’appui sans relâche de la jeunesse ; cette jeunesse qui avait violemment protesté en 1951 quand il eût le désapparentement avec le parti communiste français. En cette année législative d’octobre 1953, il fallait se débarrasser de Tiémoko Diarra, un des grands acteurs de ce désapparentement et faire triompher Modibo Keita.



Les causes profondes de l’arrestation de Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré

Tout est parti le 1er juillet 1962, lorsque le président Modibo Keita fit connaitre aux camarades et aux militants de l’US- RDA la décision prise par le Gouvernement d’effectuer une réforme monétaire. C’est ainsi que le Mali quitta l’union monétaire de l’Afrique de l’Ouest et crée sa propre monnaie à savoir le franc malien. C’est ainsi que le 13 juillet 1962, le bureau du groupement des commerçants de Bamako avec à leur tête, son président El Hadji Koné ; son vice-président, El Hadj Daouda Sacko ; son secrétaire à l’organisation, Mamadou Koné ; son secrétaire général, Boubacar Bocoum et les autres membres à savoir Lafia Diawara, Sékou Danté et Marba Kassoum Touré rencontrèrent le président Modibo Keita qui avait à ses côtés le directeur de la SOMIEX d’alors comme secrétaire de séance à la grande mairie de Bamako. L’ordre du jour était d’inviter les commerçants à soutenir et la monnaie et la SOMIEX. Ce qui fut accepté par les commerçants pour la monnaie. Quant au soutien à la SOMIEX des observations furent émises par certains commerçants parmi eux Marba Kassoum à savoir si la société est en mesure de ravitailler tout le pays à l’instar des grandes compagnies étrangères. Et Marba Kassoum d’estimer que chacun peut rester aussi dans son champ d’action sans obligatoirement passer par la SOMIEX. Après cette rencontre les membres du groupement des commerçants se sont concertés pour la tenue d’une assemblée générale dans la salle des Anciens Combattants le 18 juillet 1962. Cette assemblée eût lieu à 16h 30 sous les auspices de deux orateurs à savoir El Hadj Daouda Sacko et Lafia Diawara. Mais à la surprise générale étaient présents les représentants des départements ministériels et les services de sécurité dans la salle. Outre cette grande surprise, une autre grande du bureau du groupement quand Kassoum Touré a voulu prendre la parole mais il s’est heurté à un refus catégorique du bureau. Malgré tout il se leva et s’adressa au public en ces termes. ‘’ Le 20 juillet 1962 à la même heure et au même lieu, sera tenue une grande assemblée générale. Ne manquez pas à ce grand rendez-vous’’. D’où des vivats bien nourris de la foule aux cris de ‘’Waraba Koumana’’, le lion a parlé. Mais hélas ce digne homme était face à la réalité implacable de l’adage qui dit « Qui peut prévoir ce que réserve l’avenir, un malheur vient rarement seul’’ car le 19 juillet 1962 restera longtemps dans la mémoire de ceux qui ont décidé un sort. En effet une réunion restreinte s’est tenue à la présidence de la république à Koulouba pour sceller le sort de deux leaders du PSP à savoir Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko et de Kassoum Touré. Le régime soupçonne les deux responsables du PSP d’être derrière les agissements de Marba Kassoum et certains commerçants mécontents de cette décision du président Modibo Keita.

La date fatidique du 20 juillet 1962

Quand la force brutale s’impose au delà du droit et de la raison, l’infortuné devient victime de l’exécrable ironie du sort. Ce qui s’est passé le 20 juillet 1962 tôt le matin quand un Inspecteur de Police a eu la redoutable mission de confisquer la liberté de Fily Dabo Sissoko. Quant à l’arrestation de Kassoum Touré, les instructions fermes données à l’Inspecteur de Police sont les suivantes: ‘’ Ne le ratez surtout pas même si vous trouvez 10 FCFA avec lui, arrêtez-le’’. Tous les trois furent embastillés à la prison civile de Bamako. Dès l’annonce de l’arrestation de celui qui est appelé le lion, plusieurs manifestants se rassemblèrent sur la place du marché, formèrent des cortèges, défilèrent devant l’Ambassade de France en criant ‘’Vive la France, Vive De Gaulle’’ se dirigèrent vers le commissariat central en poussant des clameurs dérangeantes pour le gouvernement et hostiles au Bureau politique national de l’US-RDA. Notons que Kassoum Touré est membre fondateur de l’US-RDA au même titre que Mamadou Konaté, Daouda Sacko, Tidiani Sidibé, Mar Diagne, Tiémoko Traoré (Bamako-Coura), Bani Diallo, Ousmane Bagayogo, Gaoussou Bléni, Bakoroba Touré, Idrissa Diarra pour ne citer que ceux-ci. Du coup l’occasion fut très favorable pour Modibo Keita de traquer aussi Moussa Guindo domicilié à Bagadadji et ami inséparable de Kassoum Touré. Ainsi que les meilleurs lieutenants de Fily Dabo Sissoko tels que Marka Baba Traoré et plusieurs autres fidèles.

Le jugement et le verdict du 1er Octobre 1962

Composé de certains membres du bureau politique élargi, le tribunal populaire n’était qu’en réalité une institution de fait et n’avait aucune existence légale. C’est devant ce tribunal que Fily Dabo Sissoko et ses infortunés ont été présentés sans motifs à l’appui. Après quatre jours d’audience les pseudo- juges se sont réunis pour délibérer le lundi 1er octobre 1962 en rendant le jugement le même jour. Et l’opinion nationale et internationale a connu la substance que par un communiqué de la présidence de la république publié dans l’organe officiel du parti le 2 octobre 1962 indiquant les peines prononcées. Ainsi Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et Kassoum Touré ont été condamnés à mort ; 14 ont été condamnés à 20 ans de travaux forcés parmi eux Moussa Guindo, fidèle compagnon de Fily Dabo. Des peines de 8 à 15 ans de travaux forcés ; 7 à 10 ans de travaux forcés ; et 2 à 5 ans de travaux forcés ; une peine d’emprisonnement, et 15 acquittements au bénéfice du doute ont été prononcés.

Sadou Bocoum



LISTE NOMINATIVE DES CONDAMNES DU TRIBUNAL POPULAIRE DE L’UNION SOUDAISE RDA

Diarra Gaoussou, né vers 1906 à Bamako

Diakité Mamadou né vers 1892 à Bamako

Konaté Diara, né vers 1926 à Siguiri (République de Guinée)

Coulibaly Alkayirou dit Bassidikin, né vers 1929 à Nema(Mauritanie)

Sidibé Mamadou, né vers 1922 à Koulikoro

Diawara Siratigui, né vers 1933 à Bamako

Touré Moussa, né vers 1925 à Gao

Camara Soumana, né vers 1932 à Touba

Traoré Daouda, né vers 1912 à Niamina(Koulikoro)

Sylla Salbou, né vers 1912 à Touba(Koulikoro)

Kanté Lassana, né vers 1906 à Bamako

Diop Samba, né en 1910 à Saint-Louis(Sénégal)

Touré Amadou, né vers 1902 à Djenné

Coulibaly Bakary, né vers 1908 à Bamako

Coulibaly Sékou, né vers 1937 à San

Bagayoko Lassana, né vers 1914 à Dioila

Sangaré Yacouba, né vers 1924 à Benena(Haute-Volta)

Coulibaly Fily, né vers 1895 à Kayes

Coulibaly Bouyagui, né vers 1936 à Banamba

Koita Boubacar, né vers 1925 à Djenné

Diallo Seydou, né vers 1931 à Sikasso

Traoré Lassana, Cultivateur à Madina-Coura

Touré Lahaou, né vers 1914 à Bamako

Traoré Moriba, né vers 1909 à Bamako

Kanté Moussa, né vers 1933 à Bamako

Fofana Seydou, né à Dougou(Ségou)

Kanté Mamadou, né vers 1921 à Siguiri (Guinée Conakry)

Kanté Bouroulaye, né vers 1921 à Banamba

Kallé Mamadou, né vers 1939 à Bamako

Touré Cheickna, né vers 1941 à Bamalo

Guindo Moussa El Hadj, né vers 1897 à Bandiagara

Traoré Youssouf, né vers 1938 à Ségou

Kamissoko Namory ,né vers 1911 à Kéniéba

Doucouré Ladji, né vers 1925 à Touba(Koulikoro)

Diawara Daman, né vers 1905 à Bougouni

Touré Gaoussou, né vers 1910 à Bamako

Kanté Mamadou, né vers 1924 à Bamako

Seck Boubou, né vers 1940 à Bamako

Touré Dramane, né vers 1928 à Conakry

Traoré Baba, né vers 1923 à Bamako

Sangaré Sory, né vers 1929 à Bamako

Tounkara Baba, né vers 1936 à Touba

Koita Moriba, né vers 1917 à Nioro

Fofana Abdramane, né vers 1928 à Kayes

Traoré Tidiane, né vers 1932 à Bamako

Kouyaté Massaman, né vers 1904 à Bamako

Sanogo Négué, né vers 1932 à Kérouané

Touré Abdoulaye, né vers 1920 à Bamako

Théra Sékou, né vers 1920 à Touba(Koulikoro)

Diakité Baba, né vers 1920 à Nafadji

Touré Idrissa , né vers 1906 à Bamako

Doumbia Amadou, né vers 1917 à Bamako

Touré Nafadji, né vers 1922 à Bamako

Soumaoro Noumouké, né vers 1908 à Madina(Bougouni)

Traoré Famoudou, né vers 1907 à Toroko(Guinée)

Simpara Bakoroba, né vers 1895 à Banamba

Soumaré Seydou, né vers 1924 à Bamako

Sangaré Gaoussou, né vers 1918 à Koulikoro

Kanta Issiaka, né vers 1922 à Bamako

Diallo Bakary, né vers 1910 à Bamako

Cissé Mamadou, né vers 1930 à Bamako

Doumbia Sinè, né vers 1927 à Bouna(Yanfolila)

Traoré Sinaly, né vers 1902 à Bamako

Konaté Mamadou, né vers 1910 à Kolé(Siby)

Niaré Souleymane, né vers 1936 à Niamina

Koita Bakoroba, né vers 1895 à Séguéla

Diawara Amadou, né vers 1908 à Bamako

Touré El Hadj Kassoum, né vers 1902 à Banamba

Sissoko Fily Dabo, né le 15/5/1900 à Hotokoto(Bafoulabé)

Dicko Hammadoun Dicko, né vers 1924 à Diona(Douentza)

Tall Madani, né vers 1898 à Dinguitaye(Guinée)

Traoré Mamadouré, né vers 1920 à Bamako

Coulibaly Gaoussou, né vers 1922 à Bamako

Kandéga El Hadj Lamine, né vers 1918 à Karangasso

Haidara Sidiki, né vers 1930 à Bamako

Makadji Sigaba, né vers 1935 à Banamba.

LES CONFIDENCES DE LA MORT DE FILY DABO SISSOKO ET DE SES DEUX COMPAGNONS

Comment ils ont creusé leurs propres tombes?

Après le verdict prononcé par le tribunal populaire, les trois dignes hommes seront conduits à Kidal où ils sont censés purger leur peine commuée en détention à perpétuité. Mais le 12 février 1964 soit deux ans et trois mois après, Fily Dabo Sissoko et ses deux compagnons furent fusillés dans le désert malien près d’une Oued entre Bouressa et Tazidjoumet.

En effet au petit matin du 12 février 1964, trois prisonniers vêtus de leur tenue carcérale, têtes et pieds nus, sont rassemblés dans la cour d’un poste militaire dans le désert malien. Quelques heures après deux véhicules, une Jeep Willys et un power Wagon font leur entrée dans le poste où règne un bras bas de combat. Ils s’immobilisent, moteurs en marche, devant le poste de commandement, leur ronronnement se mêle aux males accents des voix que le vent transporte en écho dans la nature. Les trois prisonniers montent à bord de la Jeep Willys où ils sont aussitôt cernés par des gardes armés de fusils. Un détachement militaire avec un lieutenant en tête, sans doute le peloton d’exécution, prend position dans le power Wagon. Sur un geste, le convoi se met en route et se dirige vers la frontière Algéro- malienne. Pendant ce temps, la rébellion touareg qui sévissait depuis des mois faisait régner une insécurité totale dans cette région. Les deux véhicules du convoi avancent sans hâte, sans lenteur exagérée. Les soldats doigts sur la détente de leurs fusils, scrutent l’horizon tandis que, de temps en temps, les prisonniers jettent un regard sur ce qu’ils considèrent depuis leur débarquement comme un peloton d’exécution. Après un long voyage, le convoi arrive à un endroit situé entre Bouressa et Tazidjoumet à plusieurs kilomètres de la frontière algéro-malienne. C’est à partir de là qu’on ne verra jamais les trois prisonniers à savoir Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré dit Marba Kassoum. Et ce qui s’est passé le 12 février fut horrible pour ces trois dignes hommes car ils furent fusillés et enterrés dans une fosse commune. Quelques semaines après, la nouvelle de la disparition de ces trois prisonniers politiques célèbres parvient à Bamako, se propage comme une trainée de poudre dans tout le pays. Le 30 juin 1964, le bureau politique national de l’Union Soudanaise RDA publie une mise au point officielle concernant le décès de Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré ainsi que d’autres détenus au camp pénal de Kidal. Le communiqué publiait notamment le rapport du Commandant militaire du cercle de Kidal relatant les circonstances des décès. D’après ce rapport, le convoi des trois prisonniers était tombé dans une embuscade rebelle. Mais la réponse de l’histoire ne tarda pas à réfuter cette thèse dès l’année 1966. En effet en cette date, un décret présidentiel, à l’occasion de la fête du Maouloud, accorde grâces, remises ou commutations de peines à 28 condamnés, en détention dans les diverses prisons du Mali. Parmi eux se trouvent 12 émeutiers du 20 juillet 1962 et compagnons de détention de Fily Dabo, Hammadoun Dicko et Kassoum Touré au bagne de Kidal. Cela a permis de mieux comprendre suite aux déclarations de ces détenus graciés, le déroulé des événements de Bouressa qui ont conduit à la mort de ces trois prisonniers politiques et d’autres assassinats perpétrés à Keibane, Sakoiba, Kidal, Tinzouatene, N’Tadeni, Bouressa, Tondimina pour ne citer que ceux-ci.



Enfin sonna La fin tragique de Fily et ses deux compagnons

Ainsi lorsque l’officier commandant le peloton d’exécution fait stopper les véhicules, saute à terre, regarde autour de lui et sonde les lieux avec beaucoup de précautions. Sur son ordre les soldats du peloton débarquent à leur tour et se rassemblent en colonne par un, en attendant le moment d’accomplir leur mission, la mission d’assassins par commission. A cet instant, le lieutenant Jean Bolon Samaké s’adresse aux trois prisonniers en ces termes : ‘’ C’est ici que vous serez fusillés’’ en indiquant du doigt l’endroit précis où les exécutions allaient se dérouler. En ce moment, Hammadoun Dicko, le peulh, le visage plein de noblesse, s’adresse le premier à l’officier en ces termes : Et les derniers mots des condamnés avant leur exécution continuent de faire froid à présent dans les esprits humains. ‘’Lieutenant, quelque soit le mode d’exécution que vous aurez choisi, je vous demande, de grâce, de ne pas laisser nos corps en pâture aux charognards et aux fauves’’ tel était le propos de Hammadoun Dicko qui avait creusé la fosse commune s’adressait peu avant à sa mort à l’officier commandant le peloton d’exécution, le lieutenant Jean Bolon Samaké. Ensuite joignant le geste à la parole, il retire une bague de son doigt, la remit au lieutenant Samaké avec ce message :’’ Remettez cette bague à ma fille et dites-lui que je suis mort pour un idéal. Je souhaite que cet idéal triomphe un jour pour le plus grand bien de mon pays’’. Ce fut le tour de Fily Dabo Sissoko de s’adresser toujours à Jean Bolon Samaké avant de se diriger vers la fosse commune : ‘’ Mon lieutenant, ne me tirez pas derrière sans quoi l’histoire retiendra que j’ai voulu prendre la fuite et tous ceux qui ont contribué à mon exécution auront des sorts tragiques’’. Pendant ce temps des hordes de charognards volaient au dessus de leurs têtes. Moment psychologique pour l’officier qui visiblement ému, détourne la tête et répond d’une voix étouffée : ‘’Dans ce cas, creusez vous-même vos tombes’’. Du coup ces trois devraient creuser leurs propres tombes. Mais l’état physique de Fily et de Kassoum ne pouvait leur permettre une telle entreprise car leur âge et santé avaient rendu impotents. Ce qui explique seul Hammadoun Dicko a pu creuser cette fosse commune. En voulant rejoindre la fosse commune, le peloton d’exécution commandé par du lieutenant Jean Bolon Samaké et composé de lieutenant Mamy Ouattara, l’adjudant –Chef Gaoussou Coulibaly et des goumiers, tira sur les trois et furent enterrés. A noter que le peloton d’exécution était sous les ordres de Diby Sillas Diarra qui recevait discrètement les messages venant de Koulouba. Pourtant rien ne présageait qu’un jour Jean Bolon Samaké allait mettre fin aux jours de son maitre Fily Dabo qui l’a enseigné à Ouélessébougou dans les années 1930. Mais hélas pour lui, il subisse le même sort lorsqu’il fut arrêté par Moussa Traoré. Jugé et condamné aux travaux forcés à perpétuité pour tentative de coup d’état en 1970, le lieutenant Samaké fut transféré au camp pénal de Taoudéni où il n’a pas survécu aux horreurs du sinistre camp. Lui aussi repose dans une tombe ensevelis sous les sables du désert. Bien avant c’est son chef hiérarchique, Dibi Sillas Diarra qui avait subi le même sort en 1965 que Fily Dabo qui les avait pourtant prévenus avant d’être fusillé le 12 février 1964.



Liste de quelques victimes suite aux événements du 20 juillet 1962

A Ouélessébougou et environs

Mamadou Doumbia, cultivateur à Dialakoro

Moussa Samaké dit Korona Moussa, secrétaire général du Comité No 2 à Ouéléssébougou

Fassoko Samaké, cultivateur à Kafara

Sassa Samaké, à Ouéléssébougou

Daman Doumbia, secrétaire général du comité de Simidji

Fa Bagayogo, cultivateur à Tamala

Diogoba Camara, cultivateur à Séguéssona

Moussa Coulibaly, cultivateur à Ouéléssébougou

Sidy Samaké, jardinier à Ouéléssébougou

Fadiala Samaké, cultivateur à Sémana

Bougoussé Doumbia, cultivateur à Mana

Fousseyni Fadaga Diawara, à Tintoubougou

Débélé Traoré, cultivateur à Ouéléssébougou

N’Tongo Samaké, cultivateur, chef de village de Ouéléssébougou

Monzo Samaké, cultivateur à Tintoubougou

Issiaka Bagayogo, Secrétaire à Bamako

Djan Bagayogo, cultivateur à Ouélessébougou

N’Tongo Samaké No2, cultvateur à Ouéléssébougou

A Yanfolila et environs

Sayon Diakité, à Yorobougoula

Toumani Diallo, à Bounoko

Lamine Sidibé, né vers 1950 à Koflatiè(Yanfolila)

Famoro Sidibé, né vers 1949 à Guélinkoro

Ibrahima Mory Diakité, né vers 1950 à Dienkoro(Yanfolila)

Noumouké Diallo, né vers 1929 à Morola

Abou Sidibé, né vers 1943, Commis à Yanfolila

Mamadou Sidibé, né vers 1929 à Yanfolila

El Hadj Issa Diakité, né vers 1927 à Gouna(Yanfolila)

Siaka Diakité, né vers 1946 à Yotobougoula

Nanfodé Sidibé, né vers 1926 à Guélinkoro

Fodé Diakité, né vers 1921 à Tabaco(Yanfolila)

Namaory Sangaré, né vers 1902 à 1940 à Gouna(Yanfolila)

Sita Diallo, cultivateur à Yorobougoula

Famoro Diallo, né vers 1948 à Faboula-Yanfolila)

Lancina Diakité, né vers 1951 à Yorobougoula

Richard dit Daouda Sidibé, né vers 1950 à Siékorolé

Séga Doumbia, né vers 1947 à Koulikoro

André Moctar Sangaré, né vers 1940 à Magadala

Mansa Sidibé, né vers en 1936 à Tiéoulena

Raphan Sidibé, né vers en 1922 à Bandiala-Yanfolila)

Sory Sidibé, né en 1944 à Djelinfing(Yanfolila)

Toumani Sidibé, né vers 1936 à Bounoko

Sotigui Sidibé, né vers 1940 à Téguélindougou

Tiémoko Sqoumano, né vers 1917 à Diélimala(Guinéé)

Bougou Diallo, né vers 1941 à Yorobougoula

Sadou Bocoum

Zoom sur Fily Dabo Sissoko:

Un homme à la classification catégorielle

Fily Dabo Sissoko est né en 1900 à Horokoto dans l’actuel cercle de Bafoulabé, en pays Malinké au sein d’une vieille famille de chef traditionnel. Son père avait décidé de faire de lui un marabout mais au moment où il commença ses premières études coraniques, survînt la mort de son frère ainé qui était à l’école primaire de Bafoulabé. Le hasard du destin a donc voulu que le jeune Fily Dabo prenne la place que son frère laissait vide. Ses études primaires terminées, il poursuit sa scolarité à l’Ecole Normale Fédérale d’Instituteurs de Saint-Louis du Sénégal, puis à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Gorée en 1913. Elève de cet établissement, Fily Dabo ose écrire un jour « Aucun Etat, si puissant soit-il, n’a le droit d’en subjuguer un autre, quelles que soient ses intentions, il en résulte que la colonisation n’a pas de fondement moral, que tout peuple asservi a le devoir de secouer le joug ». C’était en 1914 et sa vie en sera bouleversée à jamais. Instituteur hors-cadre, Fily Dabo Sissoko voyage à travers le Soudan, la Haute- Volta, le Sénégal et la Guinée. Il s’efforce à connaitre à travers ses différents périples les hommes et leurs cultures. Partout il se confond aux populations locales, partage leur vie quotidienne, afin de pénétrer le milieu, le connaitre mieux, le comprendre mieux. Il milite dans toutes les associations, même les plus secrètes. Partout écrivait-il à propos de ces incessants déplacements « nous avons promené notre curiosité insatisfaite et avons essayé de voir et de comprendre ». En 1939, après dix années de carrières administratives, Fily Dabo retourne volontairement dans son pays natal, le Niambia où il va occuper la place qui lui était réservée de Chef de Canton. Sa simplicité, son humilité, son érudition et son respect scrupuleux pour le droit à la différence feront très tôt de lui un homme politique. Auréolé de son mandat contre l’injustice, les discriminations de toutes sortes, l’assimilation, et pour l’authenticité africaine, Fily Dabo embrasse la politique, soutenu par son ami Mamadou Konaté, les élites soudanaises et Nigériennes et ses confrères Chefs de Canton. Du coup il est élu Député du Soudan-Niger en octobre 1945 à la majorité absolue par le 2e Collège électoral du Soudan et du Niger qui formaient à l’époque la même circonscription électorale. En février 1946, il crée le Parti Progressiste Soudanais(PSP), Parti local qui tire ses racines du terroir, des traditions et de la civilisation africaine. En juin de la même année 1946, il est réélu à la seconde assemblée constituante française. « Pour orienter l’évolution culturelle d’un peuple dans le sens qui convient, il faut tout d’abord avoir l’intelligence de ce peuple » écrivait-il. Son combat avait un crédo « Le Noir doit rester Noir de vie et d’évolution ». Se connaitre soi-même pour ensuite s’enrichir des autres de la civilisation de l’Universel, tel était le but de son combat politique. Réélu en 1951, puis en 1956 comme Député du Soudan, il siège sans désemparer à l’Assemblée Nationale Française jusqu’en 1958, date de l’accession à l(autonomie interne des territoires d’Afrique Francophone. Fily cumule les mandats de Député (1945-1958), Président du Conseil territorial (1952-1957) et Grand conseiller de l’AOF (1947-1957). A Paris, il est appelé à participer en septembre 1948 comme secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Industrie dans le second ministère de Robert Schuman. Il appartiendra par la suite pendant plusieurs années à la Délégation française à l’ONU (1948-1951). Ses interventions à l’Assemblée nationale Française étaient loin de passer inaperçues en raison de leur haute tenue, de leur enseignement et de leur pittoresque vigueur. On retiendra entre autres, qu’il a été un défenseur passionné du Collège unique, des droits des anciens combattants, de la promotion et de la valorisation de l’enseignement pour tous, de la révision du code de travail d’Outre-mer, de la motion d’une union française égalitaire. En janvier 1957, à Conakry, Fily Dabo est élu vice- président du Mouvement Socialiste Africain ((MSA), nouvelle formation présidée par Lamine Gueye du Sénégal et dont le but premier « est d’œuvrer pour une politique démocratique assurant à la personne africaine la libération de toutes les servitudes et le libre exercice de ses droits d’homme et de citoyen ». L’année suivante, en juillet 1958, il participe à la création du parti du Rassemblement Africain(PRA) à Cotonou, qui prône le multipartisme intégral et l’indépendance totale et immédiate pour l’Afrique. Mais Fily Dabo Sissoko ne fut pas qu’un homme politique car il n’a jamais arrêté d’écrire. Ses écrits publiés dans diverses revues et ses nombreux ouvrages témoignent, pour la postérité, de l’étendue de ses connaissances et de la finesse de sa pensée. Il laisse une œuvre littéraire extrêmement importante et diversifiée faite d’articles scientifiques de notes politiques, de romans, de portraits et de poèmes. Parmi ses œuvres, l’on peut retenir : Les Noires et la Culture(1950), Crayon et Portraits(1953), Sagesse Noire(1955), La Passion de Djimé(1955), Une Page est tournée(1959), La Savane Rouge(1962), Poème de l’Afrique Noire(1963), et à titre posthume, les jeux du Destin(1970), Par-dessus les nuages(1970).Par tous ces écrits qu’on ne saurait citer ici, tant ils sont nombreux, Fily Dabo entendait démontrer l’apport de l’âme nègre et de la civilisation africaine dans le courant évolutif de l’humanité. Brosser une biographie d’une personnalité hors série comme celle de Fily Dabo Sissoko, n’est pas tâche aisée. L’homme se prête à la classification catégorielle car il embrassait tous les genres : Poète, Philosophe, Ecrivain, Sociologue, Historien, Anthologique, , Géomancien, , bref, Fily Dabo était tout simplement un érudit . Sa disparition laisse dans les lettres africaines un vide immense. Témoin vigilant et probe d’une extraordinaire période de l’histoire du monde. Il demeure incontestablement un précurseur de l’émancipation puis de l’indépendance africaine et en particulier pour le Mali contrairement à ce que les falsificateurs de l’histoire du pays. Pour ceux qui ne le savent pas Fily Dabo Sissoko était l’Officier d’Académie et Médaillé de la Résistance.

Sadou Bocoum

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