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Scandale diplomatique: le Mali traite avec Israël
Publié le mercredi 24 juillet 2019  |  Info Matin
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© aBamako.com par A S
Conseil de cabinet à la primature
Bamako, le 12 septembre 2018 le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, a eu une première rencontre avec les membres de son gouvernement: Photo: Kamissa Camara
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Le Mali a-t-il normalisé en catimini ses relations avec l’État hébreu ? Aucune réponse officielle, depuis janvier dernier, où les médias israéliens avaient fait relayer l’annonce du Premier ministre Benyamin Netanyahou qui avait fait d’une onde de choc : le Premier ministre du Mali Soumeylou Boubèye Maiga est attendu en Israël pour une visite officielle, sensée ‘’relancer les relations diplomatiques rompues ” entre les deux pays, depuis 1973. Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts diplomatiques. En effet, si rien n’est acté au plan diplomatique, dans la pratique officielle, c’est tout autre chose. L’État malien traite bel et bien avec Israël.

Le vendredi 28 juin 2019, Madame le Ministre de l’Économie numérique et de la Prospective, Mme Kamissa CAMARA, ancienne patronne de la diplomatie malienne, a reçu très officiellement, en audience, le Directeur commercial de Amos Spacecom, une société israélienne basée à Tel-Aviv et spécialisée dans les VSAT, Monsieur Albert Khayat.

L’objectif de la rencontre, selon le département chargé l’Économie numérique et de la Prospective (voir sa page Facebook) était de présenter leur nouveau satellite AMOS 17 qui sera lancé ce 27 juillet au Cap Carnaval en Floride (USA) et de demander l’accompagnement du ministre dans la concrétisation d’une future convention entre Amos Spacecom et l’AGETIC et éventuellement les autres structures dudit Département.

Le Directeur commercial de Amos Spacecom a aussi saisi l’opportunité pour inviter le ministre ainsi que l’AGETIC à la cérémonie de lancement du satellite AMOS 17.

L’ancienne chef de la diplomatie malienne, aujourd’hui ministre de l’Économie numérique et de la Prospective, Mme Kamissa CAMARA, a rassuré, à son tour, le partenaire de son entière disponibilité et de l’engagement du gouvernement à soutenir toute initiative visant à désenclaver notre pays et à connecter tout le Mali et les zones rurales en particulier. Au prix de traiter avec Israël est-on tenté logiquement de se demander ?

Il faut avoir beaucoup de considérations pour conclure que ce n’est point par innocence que « Mme Kamissa CAMARA a rassuré le partenaire de son entière disponibilité et de l’engagement du gouvernement…». En effet, celle qui a été notre ministre des Affaires étrangères ne peut ignorer que le Mali n’a pas de relations diplomatiques et partenariales avec Israël. Aussi, en traitant directement et officiellement avec une société israélienne, dans les locaux de son département, l’ancienne ministre des Affaires étrangères n’officialise-t-elle pas les liaisons longtemps soupçonnées qui désormais relèvent du secret de polichinelle ? À moins qu’on nous fasse croire que lorsqu’un ministre de la République, au nom et pour le compte de l’Etat, traitre avec une société étrangère, cela n’a aucune incidence diplomatique. Quel empressement ont-elles nos autorités à se jeter dans les bras de l’État hébreu ? S’agit-il, comme le laisse croire le communique du ministère de l’Économie numérique et de la Prospective, seulement de «désenclaver notre pays et à connecter tout le Mali et les zones rurales en particulier » ?

Pour reprendre, les réserves de Cheickh Sidi Diarra, Ancien Ambassadeur du Mali auprès des Nations Unies et aujourd’hui président du Comité d’organisation du dialogue politique inclusif, s’agissant du rétablissement des relations entre notre pays et Israël, «s’il y a d’autres motivations justifiant l’urgence, nous voulons le savoir.

Des décisions de grande ampleur affectant la vie de la Nation sont prises en catimini par ces temps de tumulte où notre attention est plus portée sur notre survie quotidienne que sur toutes autres considérations, à fortiori des actions de politique extérieure, qui intéressent peu de gens.

La politique du fait accompli semble être le choix de nos gouvernants, que ce soit en matière de politique intérieure ou de politique extérieure.

Nous récusons cette façon de faire qui est loin d’être transparente » (Lire xxx sa tribune publiée en janvier dernier dans la presse).

Comme la plupart des pays sub-sahariens, le Mali avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël dans le sillage de la Guerre de Kippour en 1973 et de la crise pétrolière mondiale qui avait suivi, principalement pour deux raisons : les promesses de pétrole à bon marché et d’aide financière, ainsi que l’alignement sur une résolution de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) adoptée sous l’égide de l’Égypte et appelant à la rupture des relations avec Israël.

À la fin des années 1990, des relations officielles étaient rétablies avec 39 pays sub-sahariens. Israël et les pays sub-sahariens sont actuellement engagés dans un dialogue politique se traduisant par des visites réciproques de chefs d’État et de ministres. Entre autres activités, citons les relations économiques et commerciales, les contacts culturels et universitaires, divers projets conjoints dans les domaines de l’agriculture et de l’assistance médicale, des programmes de formation professionnelle et, en cas de besoin, de l’aide humanitaire.

Fidèle à la cause palestinienne, le Mali reste parmi le dernier carré des pays intraitable sur question sensible.

Aussi, faut-il se demander comment les pays, comme l’Afrique du Sud qui avait précédemment reconnu Israël, envisagent de réduire les relations diplomatiques avec l’État Hébreu, en raison justement de la question palestinienne, que le Mali soit dans une dynamique de réchauffement.

Déjà, beaucoup de Maliens, accusés d’être radicalisés n’avaient pas compris et accepté que leur président ait marché main dans la main avec Benjamin Netanyahu, Premier ministre d’Israël. Parmi les plus fortes protestations, celles des alliés du président IBK, dont Moussa Boubacar Bah, président de “Sabati 2012”, et aujourd’hui ministre dans son gouvernement :

« Les Chefs d’État africains qui sont partis se balader à Paris et qui se réclament de “Charlie” ont parlé en leurs seuls noms, et cela n’engage qu’eux. Et il est important aujourd’hui que les Chefs d’État musulmans qui étaient à cette manifestation à Paris clarifient leur position… Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou n’est-il pas le plus grand terroriste du monde ? L’Israël n’a-t-il toujours pas massacré le peuple palestinien ? Qui a dénoncé cela ? Enfin, ce qui m’a le plus sidéré, c’était de voir le Président IBK au coude à coude avec le terroriste Benjamin Netanyahou ».

Mais le président IBK n’a cure de ces protestations islamistes

En juin 2017, en marge du sommet de la CEDEAO tenu du 3 au 4 juin à Monrovia, le même Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu est reçu par le président IBK. Si côté malien, aucune annonce n’a été faite, à l’issue de la rencontre en tête-à-tête, le bureau du Premier ministre israélien a annoncé qu’Israël et le Mali étaient convenus de reconstruire leurs relations.

Selon un article de Malijet en date du 06 juin 2017, « de nombreux diplomates ont été surpris par ce mouvement de solidarité du président malien envers le Premier ministre Benyamin Netanyahou. « Clairement, le chef de l’État a été très satisfait de cette rencontre avec le Premier ministre israélien. Cela a pu jouer à la marge », constate un membre de l’entourage du président malien ».

Le Mali, déstabilisé par le terrorisme et assisté par tous, ferait cavalier seul dans cette volonté de réchauffement diplomatique avec Israël ? Pour rappel, dans la droite ligne de ce sommet, «des pays importants de la CEDEAO ont décidé de réduire au minimum leur niveau de représentation à ce Sommet, en raison de leur désaccord avec l’invitation adressée au Premier ministre israélien ». Par exemple : alors qu’il devait être la vedette du 51e sommet, Sa Majesté le roi Mohammed VI du Maroc a décidé de sursoir à sa participation à celui-ci au cours duquel devrait être examinée la demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO. La raison, le souverain chérifien ne souhaiterait pas rencontrer le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, invité à ce sommet : “le Roi souhaite que sa première présence à un Sommet de la CEDEAO n’intervienne pas dans un contexte de tension et de controverse “, selon le communiqué de la diplomatie marocaine.

Le 13 décembre 2017, le collectif des associations musulmanes du Mali a organisé une marche dans le centre-ville de Bamako, pour protester contre la décision du président des États-Unis, Donald Trump, de reconnaitre officiellement Jérusalem comme la capitale d’Israël. Scandant Allah Akbar (Dieu est grand), ils ont récité quelques versets coraniques pour maudire le président américain.

Le collectif des associations musulmanes du Mali a qualifié l’acte de satanique, l’appelant à surseoir à sa décision. Pour le Collectif, cette décision constitue une violation caractérisée et délibérée des droits de la communauté musulmane, un mépris grave et une insulte.

Au lendemain du rétablissement des relations diplomatiques de l’État hébreu avec le Tchad, le 21 janvier 2019, Israël annonce se préparer à une visite historique du Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maiga, «dans les prochaines semaines». « Le Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga est en discussion avec de hauts responsables israéliens au sujet d’une visite officielle dans le pays “, selon le journal israélien Channel 13 News qui ajoute « La visite qui aura lieu dans les prochaines semaines, avant les élections israéliennes (d’avril 2019) constituera une nouvelle avancée diplomatique pour Israël avec un pays à majorité musulmane ». En tout cas, avant les élections du 9 avril, espérait Benjamin Netanyahu. La levée de boucliers des leaders religieux contre l’ancien Premier ministre qui a dû quitter ses fonctions en fin avril avait-elle un lien avec cette annonce ?

Chaque pays souverain est libre de son positionnement diplomatique. Mais contrairement aux autres pays qui ont rétabli leurs relations diplomatiques avec l’État hébreu, le Mali se trouve dans une situation particulière. En plus de la constance de sa ligne sur la question palestinienne, notre pays fait face à une jonction djihadiste à nulle pareille. Or, pour ces fanatiques, «coopérer avec Israël, c’est coopérer avec les mécréants. Les mécréants et leurs amis sont donc les mêmes… ».

Quelle conséquence pourrait donc avoir ce changement de veste diplomatique, pardon, ce revirement diplomatique de notre pays ? Traiter avec Israël dans le contexte est-il sans risque ?

L’attentat meurtrier du 20 janvier contre les soldats tchadiens à Kidal en riposte au rétablissement des relations diplomatiques avec Israël doit inciter les autorités à plus prudence.

Par Sidi DAO

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