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Pour confirmer son entrée dans l’histoire… Le Ministre de la Justice doit démissionner
Publié le jeudi 14 juin 2012   |  Aurore


Malick
© Autre presse par DR
Malick Coulibaly : Le nouveau ministre de la justice au Mali


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Perçu dans l’opinion comme une icône d’impartialité et de justesse au sein d’une équipe gouvernementale pourtant très contestée – des vertus qui ne courent pas la rue dans le microcosme judiciaire malien -, le Garde des Sceaux est en passe de devenir le plus grand perdant de la comédie régalienne en cours au Mali, depuis l’installation des organes de la transition. Son enviable parcours professionnel historique est manifestement en jeu et risque, selon toute vraisemblance, de ne point résister au cumul des couleuvres que lui font avaler les princes du jour. S’il doit son portefeuille ministériel et sa place au gouvernement à la forte personnalité qu’il représente, ses qualités singulières d’homme intègre et de principe, Malick Coulibaly ne gagne visiblement rien en conservant son fauteuil actuel. Et pour cause : chaque jour voit s’épaissir et se consolider davantage la barrière d’incompatibilité entre les vertus qu’il incarne et les pratiques compromettantes d’une justice indigne de son glorieux passé.

Comme pour l’éprouver davantage sur son courage, voire sa témérité de jadis, le sort s’est acharné contre le jeune ministre en lui affectant un département ministériel, le plus problématique par essence et devenu davantage délicat par le flot de dossiers scandaleux et vicieux qui n’ont de cesse d’éclore de la crise malienne. L’une des affaires à scandale, s’il en est réellement, c’est la très nébuleuse »atteinte à la sûreté de l’Etat ». Il s’agit d’un dossier cousu de fil blanc d’un bout à l’autre et qui, manifestement, s’apparente plus à un règlement de compte entre unités de l’armée malienne qu’à une affaire de sûreté. Pour vrai que le camp de Kati, cible de l’attaque des bérets rouges en cause dans ledit dossier, ne figure aucunement au nombre des symboles de l’État. En clair, le Capitaine Amadou H. Sanogo ne se prévaut en rien du statut de chef d’Etat, et le CNRDRE ne constitue pas un organe constitutionnellement reconnu dans le mécanisme de défense du Mali. Néanmoins, au nom du confort de la junte de Kati, une justice des vainqueurs devait prendre le dessus sur l’objectivité pour qu’un affrontement entre unités de l’armée malienne jouisse de la qualification »d’atteinte à la sûreté de l’État », sans qu’aucun des deux protagonistes puissent se prévaloir d’une représentativité de la haute autorité à travers ses pouvoirs et prérogatives.

C’est là la toute première couleuvre que le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux a accepté de consommer en tant que premier parquetier, en admettant par ailleurs qu’une information judiciaire soit ouverte, à la suite de perquisitions irrégulières et d’arrestations extrajudiciaires orientées au gré des allégeances faites au Comité National de Redressement de la Démocratie et de Restauration de l’Etat.

Ironie du sort, pareilles dérives procédurières ont cours sous la gouverne de M. Malick Coulibaly, le même qui, jadis magistrat, s’illustrait pourtant par une fracassante et vigoureuse protestation contre des déviations judiciaires beaucoup moins prononcées que celles qui ont pignon sur rue, depuis l’avènement de la junte putschiste au Mali.

Pis, les personnalités arrêtées dans le cadre desdites informations judiciaires, en plus d’être détenues hors des milieux carcéraux appropriés, subissent des tortures et traitements infrahumains dignes des époques de l’inquisition, à en juger par la description qu’en ont faite les avocats très indignés face à la situation de leurs clients.

Un autre dossier non moins gênant et tout autant porteur de malaise, c’est la brûlante affaire d’agression contre le président de la République par intérim – dont les récentes évolutions viennent de révéler les connexions réelles, au regard notamment des intentions manifestes d’interférence aux fins de brouiller les pistes. Pendant que les enquêteurs s’arrachent les cheveux devant les multiples obstacles et entraves dressés sur leur chemin, les derniers rebondissements ont en effet mis un terme quasi définitif aux espoirs déjà si maigres de clarifier la grande cabale orchestrée contre le chef de l’Etat et dont les faits et motivations apparentes méritent plus la qualification d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

En effet, pour l’élargissement des principaux prévenus incarcérés dans le cadre des ennuyeuses enquêtes, en rapport avec la tentative d’assassinat du président Dioncounda Traoré, le CNRDRE ne s’est ni embarrassé de lourdes procédures, ni n’est passé par mille chemins, pour prouver au Garde des Sceaux que c’est bel et bien la junte qui tire les ficelles et dispose de la justice, ainsi que de la façon de la rendre.

Pour ce faire, les putschistes n’y sont point allés de main morte. Comme à leurs habitudes, ils ont usé et abusé, la semaine dernière aussi, des méthodes musclées. On a procédé par persécution du Régisseur de la Maison Centrale d’Arrêt publiquement enlevé de jour et devant le regard médusé des bamakois. Objectif : obtenir de lui la libération de tous les sympathisants de la junte présumés coupables d’atteinte à l’intégrité physique du premier responsable de la Nation. Le régisseur de la prison a pu finalement résister à toutes les pressions, mais il n’en est pas de même pour le Juge instructeur de l’affaire au Tribunal de la Commune III de Bamako. C’est lui, en effet, qui vient d’octroyer la liberté provisoire aux personnes arrêtées dans le cadre des enquêtes sur les coups et blessures graves perpétrés contre un chef d’Etat : un accomplissement de la grande parodie caractéristique d’une justice malienne sous la coupe réglée des mutins de Kati.

Les procédures sont étranglées et bafouées au gré du confort et des caprices de la soldatesque, les justiciables sont traités en fonction de leur apparentement politique et même de la filiation parentale, etc.

En définitive, la justice malienne connait un recul, voire un plongeon abyssal à un point tel que l’actuel Garde des Sceaux devrait forcément se trouver face à ce dilemme : est-il cohérent de s’accommoder d’une violation constante des principes et même des droits de l’homme, pour un responsable que l’attachement aux principes avait jadis contraint à la démission pour beaucoup moins que cela ?

A.Keïta

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