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Passe d’armes entre le Cnrdre et la Cédéao : Le capitaine Sanogo aura l’étoffe des héros du grand Mali s’il parvient à convaincre les Maliens de sa bonne foi
Publié le lundi 30 avril 2012   |  Autre presse


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© AP par DR
Politique: le retour à la démocratie en marche
9 avril 2012.Kati,Mali. Dioncounda Traore le probable Président par interim du pays rencontre le capitaine Sanogo pour échanger l`avenir du pays.


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es dernières décisions prises par la Cedeao à Abidjan ressemblent, à s’y méprendre, à des oukases qui passent très mal. Non seulement auprès de la junte, mais aussi dans la frange patriotique de la classe politique. La population, dans une large majorité, rejette ce qui apparaît comme un diktat venant d’une institution dont les chefs d’Etat ne sont pas des démocrates achevés. Certains d’entre eux sont présidents traumatisés de pays ruinés par des guerres civiles comme le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire et d’autres sont issus d’élections contestées comme le président du Nigeria, de la Guinée Conakry et du Burkina.


Le capitaine Sanogo
C’est pour exorciser cette forme d’accession au pouvoir que le Cnrdre n’est pas en odeur de sainteté chez les membres les plus influents de ce club de chefs d’Etat en quête de popularité. En dépit du consensus sur la sortie de crise et le retour à un ordre constitutionnel normal, la Cédéao continue à mettre la junte sous pression, au risque d’entraîner une réaction de rejet de cette institution dont les décisions sont frappées du sceau de l’impérialisme. Le capitaine Sanogo, patron d’une junte angélique, est-il de l’étoffe des héros? Va-t-il abandonner totalement les dernières positions tenues par le Mali ou bien va-t-il se replier et livrer le pays à la Cédéao ?

Nous pensons que le capitaine est allé au bout des concessions qu’un dirigeant peut accepter, fût-il face à un conglomérat de chefs d’Etat dont certains sont très mal placés pour donner des leçons de démocratie.

L’accord-cadre a permis la mise en œuvre des dispositions de l’article 36 de la Constitution avec la démission d’ATT, la nomination du président par intérim, la désignation d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement non partisan. Ce n’est pas parce que les postes liés à la défense sont occupés par des militaires que l’on reprochera au Cnrdre de faire main-basse sur la transition. Au demeurant, sous ATT, la Primature, la sécurité et l’intérieur étaient occupés pendant longtemps par des généraux, sans que l’on crie au loup.

Le Mali, à la différence de beaucoup de pays de la Cédéao, n’a jamais accepté d’être sous le joug de quelque puissance tutélaire que ce soit. D’un nationalisme ombrageux, les Maliens, malgré leur pauvreté, n’ont jamais courbé l’échine devant l’adversité. Le combat aux premières heures de l’après ATT a été focalisé sur les mesures liées à l’embargo économique, financier et diplomatique, front ouvert par la Cédéao qui devenait un allié objectif des rebelles. La junte prise entre deux feux a choisi d’éteindre l’incendie allumé par Alassane Ouattara au Sud, tandis que les villes du nord tombaient les unes après les autres comme dans un jeu de domino. Cette option de sauver le Sud a été une décision frappée du bon sens.

Les décisions nouvelles prises par la Cédéao sont une véritable atteinte à la souveraineté du Mali et un affront pour les forces vives.

Parmi ces décisions figurent la durée de la transition limitée à 12 mois, l’envoi d’un contingent pour sécuriser les organes de la transition et la prorogation de l’intérim de Dioncounda, au-delà de la période constitutionnelle. Ces décisions ne figurent pas dans l’accord-cadre. L’accord a été entériné par l’Ua et par l’Onu. Il s’impose à tout le monde, y compris a la Cédéao.

Le capitaine, en s’opposant fermement au diktat, a gagné l’estime et la considération de ses concitoyens. Il doit rester ferme sur toutes les dispositions consensuelles de l’accord et ne pas verser dans un angélisme bon enfant.

Face à lui, il a Alassane Ouattara qui a été traumatisé par le parcours de combattant à multiples sauts d’obstacles qu’il a dû franchir pour accéder à la magistrature suprême. Il a dû faire profil bas pendant la Gouvernance du régime militaire de Gueï Robert. Ce dernier est mort dans la confusion du soulèvement des partisans d’Alassane Ouattara.

Alassane Ouattara a échappé aux escadrons de la mort et on l’a fait apparaître comme le plus grand diviseur de la Côte d’Ivoire. Il exècre les régimes militaires de toutes ses forces et voit d’un mauvais œil l’expérience d’une transition à la malienne réussir sous la fêlure des militaires. Il craint que, par dessus tout, cette expérience ne fasse tache d’huile comme en Guinée-Bissau.

Il fit siennes les doléances de Dioncounda pendant le sommet et a fait endosser par la Cédéao des positions partisanes qui ne figurent ni dans la Constitution, ni dans l’accord-cadre. Les points annoncés relèvent des prérogatives des forces vives du Mali. En, 1992, après une révolution plus sanglante, ces forces ont accouché d’une Constitution en vigueur aujourd’hui et ont mené une transition exemplaire.

Peut-on dans un pays en guerre raisonnablement fixer une durée pour une transition et s’y tenir, alors même que la guerre ou la paix n’ont pas permis de réunifier le pays, d’y réinstaller les populations déplacées et de procéder à un recensement électoral fiable ? C’est vraiment quand la paix serait revenue totalement que l’on pourra fixer une durée de la transition qui tient compte de la réalité.

Peut-on substituer une organisation sous-régionale aux forces vives pour décider de l’avenir du pays? La réponse est non, évidemment.

Le capitaine a aussi en face de lui Blaise Compaoré, le médiateur, maître d’ouvrage de l’accord-cadre. Il a laissé volontairement des points d’ombre qui rendent l’accord inopérant sur certaines questions cruciales. Ce sont les failles exploitées par la Cédéao pour imposer au Mali des décisions inacceptables. Rien n’avait été laissé au hasard. A moins que nous soyons en face d’un marché de dupes.

L’accord-cadre ne prévoit pas le retour des militaires dans leurs casernes au cours de la transition. Il prévoit une place au Cnrdre dans la transition et charge les organes de la trahison de définir son rôle et ses missions. L’accord mentionne la transformation du Cnrdre en un Comité militaire qui doit gérer la restructuration des forces armées par le biais d’une loi de programmation militaire pour qu’enfin l’armée ait les moyens nécessaires pour l’accomplissement de ses missions régaliennes dont la défense de l’intégrité du territoire. Ceci laisse une place de choix aux militaires comme acteurs majeurs de cette transition.

Alassane, en entrant dans un bras de fer avec les militaires qui ont accepté toutes les concessions contenues dans l’accord-cadre, a poussé le bouchon un peu loin, au risque de faire déraper le processus en cours. Ouattara est parvenu au pouvoir par les armes et semble privilégier l’épreuve de force pour régler les problèmes sous-régionaux.

Si cette pulsion se poursuit, la transition échouera. C’est la responsabilité d’Alassane qui sera engagée. Son attitude peu diplomatique, son langage guerrier, son impatience face au règlement de problèmes complexes, montrent les limites d’un homme qui n’a pas la sagesse d’un leader expérimenté. A peine élu, il est bombardé à la tête d’une organisation sous-régionale hétéroclite, dans laquelle cohabite des passionnés des guerres coloniales, sans avoir fait preuve de maturité politique dans le règlement des crises.

Cette passe d’armes entre le capitaine et le président de la Cédéao débouchera sur une impasse favorable au capitaine, si au lieu de se focaliser sur la durée de l’intérim, il faisait vibrer les fibres nationalistes des Maliens, qui se rangeront derrière lui pour l’ultime épreuve, croiser le fer avec Alassane Ouattara dans ce qu’on pourrait appeler une guerre de souveraineté.

Le capitaine a raison de s’opposer à l’envoi d’un contingent Cédéao uniquement pour sécuriser les organes de la transition qui ne sont point menacés. Tous les prisonniers politiques ont été libérés y compris ATT, à qui l’exil a été offert. Ceci est louable. On ne peut pas dire qu’Alassane Ouattara a eu cette attitude chevaleresque vis a vis des vaincus du camp de Gbagbo dont les ministres sont toujours détenus sans procès depuis un an et Gbagbo lui-même mis en prison à la Haye.

Le capitaine a raison de s’opposer à la fixation de la durée de la transition sans une concertation des forces vives et une évaluation du dispositif électoral dans sa plénitude. En Côte d’Ivoire, ce parcours a pris cinq années.

Enfin, le capitaine a raison de s’opposer par principe à la prorogation de l’intérim qui est le point central du respect de la Constitution de 1992. La Cédéao ne peut proroger unilatéralement cette durée sans être en porte-à-faux avec le retour à l’ordre constitutionnel et l’accord-cadre qui le déclenche. Si le capitaine réussit à faire partager par le maximum de Maliens sa bonne foi, il aura l’étoffe des héros du grand Mali.

Birama FALL

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