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“ Savoir laisser prise à temps pour ne pas perdre sa légitimité”, Cheick Oumar Diallo à la jeunesse malienne, Jeunes du Mali : De l’intérieur comme de la diaspora,
Publié le jeudi 23 juillet 2020  |  Le Combat
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Depuis plusieurs semaines, beaucoup de jeunes ont pris sur eux la lourde responsabilité de s’engager, au sein du M5-RFP, dans un combat pour le changement dans notre pays avec un très lourd tribut. Je ne saurais débuter sans m’incliner devant la mémoire des jeunes décédés et présenter mes condoléances à leurs familles durement éprouvées. Au sein du Mouvement du 5 juin, c’est eux, les jeunes, qui ont été les fers de lance d’une contestation qui a permis la prise de conscience du monde entier de l’ampleur dévastatrice de la crise qui frappe notre pays.




Comme la plupart des observateurs les plus avertis, je sais que le véritable détonateur de la crise n’est ni l’élection législative ni un quelconque sujet d’ordre politique. Les maux sont plus profonds. Le sentiment de ne plus avoir de prise sur son avenir, le chômage, la précarité, l’exposition aux violences en tous genres et le désespoir sont les vrais carburants de cette crise qui paralyse le Mali depuis bien trop longtemps. Tout est noir aux yeux de la jeunesse du Mali et cela, à juste titre.

Et qu’on ne s’y méprenne pas, même ceux qui n’étaient et ne sont toujours pas membres du M5-RFP partagent cet avis : ÇA NE VA PAS AU MALI. Le message est tellement bien passé, passé avec une telle force, que certains des plus lucides d’entre nous en étaient arrivés à la conclusion qu’il faut peut-être bien un effondrement de toutes les institutions pour qu’enfin les choses changent.

À l’aide des acteurs politiques connus de tous, la contestation a pris une ampleur telle que l’ensemble de la communauté internationale s’est mobilisée pour nous aider à calmer la situation, CEDEAO en tête. Ils ont agi en acteurs neutres pour nous aider surtout à retrouver notre lucidité, car, quels qu’eussent été les propos des uns et des autres, ils seraient passés pour des propos orientés ou un soutien à l’un ou à l’autre. Je tiens donc à saluer l’implication constante de la CEDEAO. Si aujourd’hui j’écris ces lignes, c’est pour contribuer à l’accalmie et à la sortie de crise maintenant que, je l’espère, la situation est moins électrisée.

Jeunes du Mali,

Particulièrement vous, jeunes de la contestation

Oui, je le répète, le message de la contestation est très bien passé. J’aimerais que vous sachiez que le mouvement que vous avez enclenché a eu son utilité et le restera pour autant que la corde ne soit pas trop tirée. De mon point de vue, même si je peux me tromper, le Mouvement a obtenu le maximum qu’il pouvait : la dissolution d’une Cour Constitutionnelle aux pratiques plus que douteuses, la recomposition d’une nouvelle Cour sur des bases transparentes, le réexamen des résultats contestés lors des législatives, la mise en place d’un Gouvernement d’Union Nationale et surtout, si ce n’était pas le cas, la prise de conscience au plus haut niveau que plus jamais les jeunes du Mali n’accepteront certaines choses dans leur pays. Vous avez réussi non seulement à obtenir cela, mais aussi à imposer votre rythme à vos dirigeants. Qui n’a pas senti que, même quand ils souhaitaient modérer leurs propos, les dirigeants du M5-RFP étaient contraints par la jeunesse à appuyer sur l’accélérateur ? Qui n’a pas compris que ceux-là (pas tous, mais certains) qui pensaient vous manipuler ont fini par se retrouver eux-mêmes piégés ?

Comprenez toutefois qu’aujourd’hui il est temps de tempérer la lutte pour ne pas mettre à l’eau vos efforts. En tirant trop fort sur la corde, vous risquez de mettre à nu les limites de votre mouvement et attirer sur vous le mécontentement d’une population qui continue à souffrir. L’exaspération risque de se retourner contre vous alors même que la plupart d’entre vous sont de bonne foi.

On l’a vu, la violence des derniers jours a entrainé des dérives qui n’honorent pas notre pays. Je sais que ce n’était pas du tout ce que vous souhaitiez, mais c’est arrivé. La première des dérives fut les morts de nos camarades jeunes partout dans la capitale. Ensuite, ces rackets permanents d’honnêtes citoyens à tous les carrefours. Et, le plus tragique, le meurtre froid d’un jeune pharmacien parce que les forces de l’ordre étaient ailleurs à défaire les barricades plutôt qu’à lutter contre la criminalité. Si nous ne savions pas à quoi ressemblerait la chute de toutes les institutions, les récents évènements nous ont donné un avant-goût.

Il est temps de se le dire. Si vous tirez sur la corde avec trop de force, elle risque de se rompre et la lutte engagée finira par donner l’impression qu’elle fut un fiasco alors que c’est le contraire. Je crois que même parmi vous, beaucoup savent que la démission du président de la République n’est pas possible. Ceci n’est pas un avis donné pour soutenir « un homme », mais la réalité du système international. Même dans les rangs de la contestation, la venue de la CEDEAO a permis cette prise de conscience.

Et aujourd’hui, je peux le dire sans me tromper que les recommandations de la CEDEAO ont été accueillies avec soulagement par beaucoup de Maliens. Elles traitent, certes, davantage de la dimension politique de la crise plutôt que de vos attentes immédiates, mais il faut comprendre que la solution à nos problèmes de jeunes (chômage, précarité, etc.) passe par la mise en œuvre intégrale des solutions politiques proposées par nos amis de la CEDEAO.

C’est pourquoi je vous invite très humblement à réorienter votre combat. Concentrez-vous sur les acquis. Surveillez comme le lait sur le feu la nomination des nouveaux membres de la Cour Constitutionnelle, le réexamen des résultats des législatives contestées ainsi que la mise en place du nouveau Gouvernement. Si tout ceci se passe comme convenu, il sera alors possible, comme un seul homme, d’exiger la mise en œuvre des recommandations du Dialogue National qui jettent les bases de la refondation du Mali sur tous les plans.



Ce qui compte aujourd’hui c’est d’apporter des réponses à la crise de l’emploi, à la perte de repères de la jeunesse malienne, à l’insécurité grandissante, à la déstructuration de l’école, de la justice et du système politique. Ce qui importe plus que tout, c’est de renouveler notre classe politique pour que seuls ceux qui le méritent parviennent à des positions de responsabilité. Le chantier est gigantesque.



À ces enjeux existentiels s’ajoute aujourd’hui le suivi de l’enquête ouverte pour situer les responsabilités dans les tragiques évènements des 10 au 13 juillet derniers. Du début des évènements jusqu’à leur fin. Pour que les familles puissent faire leur deuil, que des réponses soient apportées. Je saisis l’occasion pour renouveler mes plus sincères condoléances à toutes les familles des victimes. Que les âmes de ces jeunes reposent en paix, mais pas en vain !

Enfin, aux intellectuels de la contestation, je vous lance un appel solennel. Prenez vos responsabilités et appelez les jeunes à la retenue et au calme. Les recommandations de la CEDEAO sont acceptables et peuvent remettre le Mali sur les rails. Saisissons tous la balle au bond et que le Mali se concentre sur la résolution des problèmes lancinants. Ceux que j’ai cités plus haut. Voilà la bonne réponse à ce stade. Ne pensez surtout pas que vous avez échoué parce que le Président de la République n’a pas démissionné.

D’un frère qui vous comprend,

Cheick Oumar Diallo

Le titre est de la rédaction

LE COMBAT
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