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Imam Dicko : "Les Maliens doivent s’approprier leurs problèmes"
Publié le mercredi 9 septembre 2020  |  francetv.info
Cérémonie
© aBamako.com par AS
Cérémonie de prière à la mémoire des victimes du M5-RFP
Bamako le 28 Août 2020, l`Imam Dicko a organisé une cérémonie de prière à la mémoire des victimes M5-RFP au palais de la culture.
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Il a incarné le mécontentement des Maliens contre le président déchu Ibrahim Boubacar Keïta. S’il s’est mis volontairement en retrait depuis que les militaires ont pris le pouvoir le 18 août, l’Imam Dicko conserve une véritable influence en tant qu’autorité morale du mouvement M5-RFP, à la base de la contestation.

FRANCE INTER : Vous avez fédéré autour de vous tout le mécontentement de la population malienne contre Ibrahim Boubacar Keïta, dit "IBK". Maintenant que le président est parti, qu’attendez-vous des militaires qui l’ont chassé du pouvoir ?

MAHMOUD DICKO : "D’abord, ce n’était pas contre IBK que le mécontentement était dirigé, mais contre le système qu’il incarnait. Je n’avais aucun problème avec le président. Nous partagions beaucoup de choses. Mais le système qu’il incarnait, effectivement, je m’y suis opposé. Et j’ai été très clair avec les militaires. Je leur demandé de travailler avec la population pour, ensemble, tracer la voie et sortir de cette gouvernance qui nous a coûté toutes ces années chaotiques."

Vous avez remercié les militaires quand ils ont pris le pouvoir. Pourquoi ?

"Tout simplement parce qu’ils ont arrêté quelque chose qui a conduit à ce qui s’est passé le 10, 11 et 12 juillet… Il y a eu mort d’hommes, il y a eu des tirs à balles réelles. Les manifestants allaient continuer, ils n’étaient pas prêts à baisser le bras. On se dirigeait vers une situation d’embrasement. Si cela a pu s’arrêter, tant mieux. Je les ai salués pour ça. Maintenant, je ne les ai pas salués pour qu’ils viennent s’accaparer le pouvoir et nous imposer un pouvoir militaire, pas du tout. Je pense qu’ils comprennent les enjeux. Maintenant, ils doivent trouver le chemin des élections. Inchallah."

C’est pour cette raison que vous avez dit aussi qu’ils devaient respecter leurs engagements, le premier consistant à céder le pouvoir à un civil ?

"Oui, bien sûr. On sent chez eux des velléités de garder la main. Personne n’est dupe. Mais qui leur demande de faire ça ? Je n’en sais rien. Mais je leur demande de respecter leur serment et de ne pas penser que le peuple malien va encore, après toute cette lutte, se laisser entraîner dans des arrangements où l’on se partagerait des postes. Il faut bannir ces comportements. Nous sommes vraiment à un tournant, où il faut poser les jalons d’un régime futur, qui va constituer une rupture avec la corruption endémique, un système dans lequel la population malienne manque de tout, de l’éducation à la santé, cette misère noire dans laquelle les gens vivent. L’armée elle-même vit une situation pitoyable. Je crois qu’il s’agit-là d’une chance de restaurer la confiance entre l’armée et son peuple. Parce qu’une armée qui n’a pas la confiance de son peuple ne peut pas faire face à des défis."

Que pensez-vous de la transition ? Doit-elle être dirigée par un militaire ou par un civil ?

"Je privilégierais un civil parce que je ne souhaite pas que l’on se mette dans une situation qui nous mette en porte-à-faux avec la communauté internationale. Il faut faire en sorte de conserver avec elle de bonnes relations pour qu’elle nous accompagne et que nous puissions vraiment sortir de cette situation."

Vous pensez à la France en particulier ?

"Bien sûr, la France est un pays avec lequel nous avons une longue histoire. Je l’ai toujours dit, nous avons des relations stratégiques. L’ignorer, c’est faire preuve de myopie politique. Paris a un rôle central à jouer. Mais il nous faut faire que que cela se passe au mieux. Il ne faut pas que la France se trompe de cible, de combat, ni de partenaire. Quand les gens voient Paris soutenir des régimes douteux, ils se posent des questions. Se poser des questions n’est pas la manifestation d’un sentiment antifrançais, mais ils ont souvent l’impression que Paris ne s’intéresse pas à eux".

Selon vous, combien de temps la transition doit-elle durer ?

"La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a dit douze mois. Peut-être faut-il aller jusqu’à dix-huit mois, au moins pour poser les jalons d’une situation nouvelle, si on en a la volonté. Cela dépend des acteurs qui sont à la manœuvre…"

Le Mali est-il en train de se reconstruire ?

"Je le souhaite. Je pense que les Maliens sont aujourd’hui conscients qu’ils doivent se mettre ensemble pour rebâtir leur pays. Il faut qu’ils s’approprient leurs problèmes, et la lutte contre le terrorisme en fait partie. L’erreur fatale de nos autorités, c’est d’exclure le peuple. Mener une lutte sans impliquer les populations, qui sont les premières concernées, est voué à l’échec. En attendant, les autres [les djihadistes, ndlr] font comprendre qu’ils se battent au nom de la population."

Deux soldats français sont morts ce week-end au Mali. 45 soldats sont décédés au total depuis l’intervention de la France...

"Je présente toutes mes condoléances au peuple français, aux familles endeuillées. Si la France lutte seule, et que les populations ne savent pas pourquoi les soldats meurent ici, elle ne sera pas comprise. Les Maliens doivent mesurer le sacrifice consenti par le peuple français pour leur cause."
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