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La normalisation de la situation au Nord-Mali passe par la résolution de la crise politique au Sud-Mali (3/4)
Publié le jeudi 21 juin 2012   |  lefaso.net


Crise
© Reuters
Crise au Nord du Mali
Des milicien de Ansar Dîne


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On ne sait rien encore de la genèse du MNLA et de cette tentation, à laquelle ses leaders ont succombé, de se prononcer pour l’indépendance de l’Azawad. Mais alors que le Mali, du Sud comme du Nord, est livré au chaos, que le chef de l’Etat élu a pris la fuite sans demander son reste et que la nouvelle équipe en place a des allures de zombie, le MNLA apparait comme le seul mouvement qui ait entrepris, depuis cinq mois, de se structurer, de s’organiser, de communiquer et de… négocier.

Le 7 juin 2012, un Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA) a été mis en place sous la présidence de Bilal Ag Acherif. 28 membres dont la mission est « la mise en œuvre de la politique générale de l’Etat de l’Azawad en matière de développement, de la défense, de la sécurité, de la politique extérieure, de l’éducation, de la cohésion sociale et de la gestion du territoire ». Organe issu du MNLA, le CTEA souligne cependant qu’il « reste ouvert à l’ensemble des composantes sociales et compétences de l’Azawad en vue de contribuer à la construction de l’Etat de l’Azawad ».

Tout cela ressemble à un gouvernement provisoire azawadi – « le premier depuis plus d’un siècle » a souligné son président lors de la cérémonie d’investiture des membres du conseil – dont les principes sont clairs : « autodétermination non négociable afin de s’autogérer » ; le Coran et la Sunna (la « tradition » basée sur les hadiths qui sont en fait des commentaires, érigés en principe de conduite, sur la façon d’être de Mahomet et de ses compagnons) comme sources de la législation ; refus de tout intervention militaire sur le territoire de l’Azawad (les appels en faveur d’une intervention militaire sont présentés comme une « attitude irresponsable vu l’évaluation des problèmes dans la zone »). On notera que cette déclaration n’est guère explicite quant à la relation entre l’Azawad et le Mali si ce n’est « qu’à travers le CTEA, le MNLA réaffirme sa disponibilité pour entamer des négociations avec le représentant légitime du Mali sur les problèmes qui entravent les deux Etats » ; reste à savoir quelle peut être la caractérisation des « problèmes » et ce que peuvent être les « négociations » auxquelles il est fait référence.

Dans un document en date du 31 mai 2012 intitulé « Contribution du MNLA dans le cadre de la résolution du problème de l’Azawad », on trouve cependant quelques pistes qui permettent de comprendre la démarche du MNLA et son positionnement géopolitique. Il s’agit, d’abord, de déplorer l’indifférence de la « communauté internationale » à l’égard de la situation faite aux populations du Nord (« massacres et génocide des années 60, 80, 90…, sécheresse des années 70, marginalisation permanente… »).

Et alors que les populations ne cessent d’alerter la « communauté internationale » sur leur situation et les connexions entre le régime d’ATT et les « groupes islamo-narco trafiquants », la seule réponse à l’appel au secours des populations du Nord du Mali est la menace d’une intervention armée. Dans ce document, le MNLA s’explique également sur le « protocole d’entente » établi avec « Ansar Eddine » le samedi 26 mai 2012. Pour le MNLA, il s’agissait de « réaliser la cohésion sociale dans l’Azawad et l’unité des combattants touaregs mais aussi maures, songhaïs et peuls évoluant au sein de formations islamistes et qui n’auraient aucun lien avec le terrorisme, d’assurer une gestion pertinente du territoire à travers une sécurisation efficace des personnes et des biens ».

Le MNLA affirme également vouloir « se démarquer catégoriquement du terrorisme, de toutes les formes d’intolérance et éradiquer les trafics mafieux et illicites, exiger la libération de tous les otages détenus sur le territoire de l’Azawad, exiger le départ définitif du territoire de toutes les organisations terroristes ainsi que la fin de toutes les prises d’otages dans la zone, intégrer tous les groupes armés isolés dans une dynamique mieux organisée et plus responsable ». Bien évidemment, aucun de ces points n’ont été pris en considération par « Ansar Eddine » et la direction du MNLA aurait été désavouée par la « société civile » azawadie et certains responsables du mouvement dont la « coordination des cadres de l’Azawad ». « Ils ont, souligne le document, exigé des responsables politiques du MNLA de revenir à sa ligne politique originelle. De nombreux membres du bureau politique du MNLA s’en démarquent et appellent urgemment à la tenue d’un congrès extraordinaire pour une rectification salutaire et coller aux attentes des populations qui ne se reconnaissent ni dans l’option islamique d’un Etat, ni dans la charia et encore moins dans le jihadisme ».

Ce document – dont le caractère politique tranche avec l’amateurisme des discours des uns et des autres au Mali – rappelle que Bamako a été « armé, financé et formé militairement » pour lutter contre le terrorisme dans le « corridor sahélo-saharien ». Or, souligne-t-il, si la Mauritanie et, « dans une moindre mesure », le Niger se sont engagés contre ce « fléau », le Mali et d’autres « pays du champ » ont fait « preuve d’une certaine passivité ». Le MNLA, selon ce texte, se présente ainsi comme « une alternative objectivement incontournable » et il conviendrait que la « communauté internationale » lui donne les moyens « de jouer pleinement ce rôle et d’assumer une responsabilité légitime dans la sécurité et la paix dans la sous-région ». Le raisonnement est simple : ce que la « communauté internationale » a consenti au Mali d’ATT sans résultats, il faut le consentir au MNLA qui souscrit, quant à lui, à plusieurs engagements : « respect des principes fondamentaux du droit international ; démarcation catégorique avec tous groupes islamistes et narco-trafiquants ; ouverture au dialogue politique pour un règlement durable de la question de l’Azawad ; création de conditions pour un cadre propice à des négociations inclusives conformément aux appels de la communauté internationale ; contribution effective et active à la lutte contre toutes les formes de terrorisme et de fondamentalisme ».

En contrepartie, le MNLA réclame « une reconnaissance de la légitimité de la lutte du MNLA, notamment de l’Azawad en tant qu’entité sociale et culturelle différente, afin de le mettre dans une situation politique pour contribuer auprès des autres nations à la lutte contre le terrorisme ». Il dit « privilégier le dialogue par rapport aux solutions militaires qui sont le plus souvent sans issues et aux conséquences généralement dramatiques » mais réclame un « appui humanitaire multiforme et conséquent aux populations locales restées dans l’Azawad et réfugiées à l’extérieur », le « soutien à la constitution d’une médiation inclusive afin d’aboutir à un règlement de paix durable », dit encore « exiger [du] Mali la cessation des exactions extrajudiciaires à l’instar du MNLA qui sécurise les citoyens maliens fréquentant quotidiennement les localités de l’Azawad » et « demander aux autorités maliennes de s’abstenir de tous discours haineux et belliqueux de nature à détériorer davantage le climat de paix précaire ».

C’est géopolitiquement cohérent dans l’état de totale déliquescence où se trouvent le Sud-Mali et le Nord-Mali actuellement. La question qui se pose immédiatement est de savoir si le MNLA a, effectivement, les moyens de sa politique. La « coordination des cadres de l’Azawad » répondra nécessairement que le MNLA les aura quand la « communauté internationale » les lui aura donnés. Mais les questions en suspens sont également nombreuses : quid de l’unité du Mali dès lors que l’on fait état de deux Etats ? Quid des soutiens régionaux et internationaux au MNLA ? Mais l’objection que la « communauté internationale » va soulever sera de savoir quelle confiance on peut accorder à un mouvement qui affirme s’engager au « respect des principes fondamentaux du droit international » après avoir décrété la « guerre » à un président élu et pris les armes pour soutenir ses revendications dont la première est, justement, la partition d’un Etat membre des Nations unies.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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