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El Hadji Baba Haidara, député élu a Tombouctou : « Il faut accepter la guerre et la négociation en même temps »
Publié le jeudi 21 juin 2012   |  Les Echos




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Pour le député El Hadji Baba Haïdara, qui revient d’une mission parlementaire à Strasbourg où il a donné la réplique au MNLA, la confusion au nord oblige le Mali à accepter de faire la guerre tout en ouvrant la porte du dialogue. Pour l’honorable Haïdara, en effet, la présence de troupes étrangères comme Aqmi dans le Septentrion ne laisse pas beaucoup de chances à la négociation tout court. Interview d’un ressortissant du Nord qui connaît comme les lignes de sa main la psychologie touarègue et les différentes rébellions.

Les Echos : Vous rentrez de Strasbourg où vous avez défendu la position du Mali dans la lutte contre les bandits armés. Quels sont les derniers développements de la situation au Nord du Mali ?

El Hadji Baba Haïdara : Il y a comme vous le savez un amalgame d’intervenants. Aujourd’hui, la question principale qui se pose est faut-il négocier ou pas avec les belligérants où les occupants ? Faut-il les attaquer ? Faut-il ne pas les attaquer ? Si on devait les attaquer qui devrait le faire ?

Sur le terrain, nous avons développé notre point de vue à Strasbourg au Parlement européen où j’étais en mission au nom de l’Assemblée nationale pour apporter la contradiction au MNLA. Nous avons dit haut et fort devant les parlementaires européens que MNLA, Ançar Eddine et tous les autres mouvements, c’est bonnet-blanc, blanc bonnet. Sur le terrain, nous sommes face à des hommes différents, à des idées différentes, à des revendications différentes. De toutes les façons, toute guerre finie par une négociation. Mais négocier quoi ? Et à quel prix ? De toutes les rébellions que le pays a connues de par le passé, nous avons négocié. Malheureusement ça reprend. Alors quelle solution faut-il avoir ? Et surtout que cette fois-ci ce n’est plus la revendication économique, mais plutôt une indépendance de territoire. Par qui ? Par une minorité et quelques hommes d’une minorité.

Deuxième problème, le terrain est occupé malheureusement par des étrangers qui sont venus avec des armes. Je ne pense pas qu’Aqmi va s’asseoir autour d’une table de négociation. Vraiment, je pense que dans tous les cas de figure, nous sommes obligés d’aller dans les deux sens.

Les Echos : Vous voulez dire que l’option militaire n’est pas à écarter pour la résolution de cette crise ?

B. H. : Pour la résolution de la crise du Nord, l’option militaire est obligatoire et indispensable. Ils nous ont attaqués, il faut les attaquer. Ils sont venus plus forts que nous. Il faut se réarmer pour être plus forts qu’eux et les faire reculer.

Les Echos : Etes-vous partant pour une intervention des forces étrangères sur le territoire du Mali en vue de la reconquête de notre intégrité territoriale du pays ?

B. H. : De mon avis d’élu et de législateur, je ne peux pas comprendre que l’Assemblée nationale ayant ratifié au nom du peuple malien des accords avec la communauté internationale et principalement la Cédéao et qu’on vienne après refuser de les reconnaître ou dénoncer. Parce que si la Cédéao dit, c’est dans le cadre de la Convention de nos Etats que nous sommes obligés d’intervenir au Mali même si le Mali ne le veut pas parce que ce qui touche le Mali nous touche, et moi légaliste, et législateur, Malien, respectant mon engagement, je dis si les forces armées maliennes ont été fières d’aller au Libéria avec le drapeau, si les forces armées maliennes ont été fières d’aller en Sierra Leone pour rétablir la paix, pourquoi au moment où nous avons besoin de nos frère ne viendraient-ils pas nous aider… A ce titre, je suis parfaitement d’accord sur tout ce que propose la Cédéao. Il s’agit simplement que cette organisation sous-régionale le fasse en accord et en harmonie avec la vision de nos autorités.

Les Echos : L’envoi des troupes étrangères maintes fois annoncée peine à se concrétiser. Pourquoi ça traîne ? Qui piétine ?

B. H. : Depuis les attaques et l’occupation de nos trois régions, l’administration malienne n’existe nulle part au nord du Mali ni militairement ni civilement. Qui peut représenter les populations du Nord ? Nous les élus. Ayant pris nos responsabilités, nous avons mis en place un Collectif et nous avons dit notre position. Nous ne pouvons pas comprendre ces tergiversations dont vous parlez. Le président de la République est d’accord avec nous. Après quand vous dites certains sont pour, d’autres sont contre. Qui est pour ? Qui est contre ? A la rencontre de Ouagadougou, le président Blaise nous a dit : « Même si le Mali ne le demande pas, on vient. A Abidjan, ils ont dit que nous sommes prêts à envoyer des troupes pour sécuriser les organes de la transition ».

Alors le tintamarre a commencé à Bamako. Des cadres, des membres de la société civile separlent dans les radios. Le son de cloche n’est autre que : nous sommes contre la Cédéao, c’est ceci cela. Troisième étape, nous partons à Dakar, la Cédéao dit on le fait si le Mali fait la demande. Parce que les Maliens ont tergiversé. Qu’est-ce qui a empêché au président Dioncounda de dire ce jour-là à Dakar, je suis d’accord. Si c’est nous que vous attendiez, vous avez l’accord. Il ne l’a pas fait. Il revient demander et consulter qui ? Je n’ai pas compris personnellement. Je serais à sa place, j’allais signer.

Mais aujourd’hui qu’est-ce que nous voyons ? Un Premier ministre qui a été désigné dans un cadre de l’accord-cadre (Cédéao-CNRDRE), mais qu’il le dise ou pas, il doit quelque chose au CNRDRE. Et l’idée de Sanogo au départ était de nous donner les moyens. Nous sommes prêts à partir au front. C’est ça qu’il a dit. Et le Premier ministre ne relaie que cela. Est-ce que c’est le jour de la course qu’on entraîne son cheval ? Les entraîner (militaires) sur quel type d’armes ? Avec quel moral ? Et je l’ai dit à Ouagadougou devant Blaise et le CNRDRE était présent, une armée, c’est des hommes, c’est le matériel, c’est le mental. Nous avons des hommes physiquement, mais il n’y a plus de matériels parce qu’à l’Assemblée nationale le huis clos que nous avons organisé sur le Nord, on nous a fait comprendre que les 2/3 de l’armement du Mali étaient au nord. Et nous savons que ces gens sont revenus sans un fusil. Donc, tout est entre les mains de qui ?

Plus gave, les hommes ont fui. Nous les avons vus sur notre terrain, nous les avons vus dans nos maisons, nous les avons vus se cacher dans nos chambres au nord du Mali. Aucun d’eux n’est revenu en tenue militaire. Ils se sont tous transformés en civil pour fuir et revenir.

Et pour cela, nous avons dit, la voie la plus rapide pour intervenir au nord afin de nous libérer rapidement, c’est la Cédéao qui est prête. Mais jusqu’à présent, on tergiverse, on ne comprend pas. Et nous savons que la situation s’enlise tous les jours.

Tous les jours, ils s’implantent, ils s’installent, et tous les jours ils ont des adhérents. Et de l’autre côté, économiquement si les gens n’ont plus rien à faire, ils sont obligés de collaborer. N’oubliez pas que ces gens-là (les mouvements armés) ont 4 aéroports entre leurs mains. Ils peuvent recevoir des avions de l’extérieur pour s’armer, se préparer, s’équiper et s’entraîner.

Les Echos : Visiblement aujourd’hui, le gouvernement ne bouge pas, les militaires ont replié en laissant le Nord à son triste sort, la communauté internationale écoute une partie sans l’autre. Vous rendez qui responsable de cet enlisement ?

B. H. : La communauté internationale a dit, nous attendons la demande formelle du Mali. C’est le Premier ministre qui doit le faire en tant que représentant du président de la République. Aujourd’hui parce que c’est lui qui assure l’intérim de l’intérimaire. Le Premier ministre n’a pas fait la demande parce que dans son idée, il faut respecter son mentor (le CNRDRE) qui l’a nommé Premier ministre.

Tous les jours, nous sommes en train de calmer les populations pour leur dire nous arrivons, ne vous pressez pas, tenez ! tenez ! tenez ! Mais jusqu’à quand ? Il faut que notre pays fasse quelque chose. Tombouctou est pris présentement par une soixantaine ou centaine de petits de 16 à 25 ans qui ont une arme en bandoulière. C’est tout. L’armée est là en train de dormir à Sévaré. Faites quelque chose pour que la communauté internationale vous aide, sollicitez la communauté internationale pour qu’on sache au moins qu’il y a quelque chose. Mais, nous allons, nous sommes en train… Mais jusqu’à quand. Et c’est ça notre problème.

Les Echos : Donc, l’Etat est fautif dans la situation au nord du Mali ?

B. H. : Je ne parle pas de l’Etat. Le Premier ministre doit prendre ses responsabilités et inviter la Communauté internationale à venir. Ecoutez, la Mission de la Cédéao au Mali (Micema) dit que la Cédéao est prête à mettre 5500 hommes (policiers, militaires et civils) pour aider l’armée malienne à recouvrer l’intégrité du territoire. Pendant ce temps, d’autres sont en train d’amalgamer. Mais c’est à l’armée malienne de dire si vous devez nous aider venez, voilà la méthode. Mais, il faudrait que cette demande soit faite. Ça ne dépend que d’un homme : le Premier ministre.

Les Echos : Quelle analyse faites-vous de la mauvaise application de la feuille de route par le gouvernement sur les questions essentielles du pays à savoir : la reconquête des régions du Nord, la relance de l’économie, l’organisation des élections apaisées et transparentes ?

B. H. : Cette feuille de route du Premier ministre même si elle est là, on ne la voit pas en marche. Elle est mal appliquée ou pas appliquée. Et c’est ça le plus dangereux pour un Etat si il ne sait pas où il va.

Les Echos : En tant que qu’élu de la nation, ne disposez-vous pas aujourd’hui des moyens, des pouvoirs, des prérogatives à travers l’Assemblée nationale pour amener le Premier ministre et son gouvernement à prendre ses responsabilités ?

B. H. : Nous les avons d’une manière ou d’une autre. Et c’est la raison pour laquelle l’Assemblée nationale convoque et interpelle le gouvernement sur la sécurité du Nord le jeudi 28 juin 2012. Pendant quatre heures et demie, le débat sera public. Nous l’avons fait par le passé, nous l’avons fait à huis clos pour ne pas divulguer un certain nombre de choses, mais le peuple malien ne nous comprenait pas. Aujourd’hui, les députés sont unanimes à faire une interpellation en séance publique du gouvernement sur la sécurité dans le pays. Ce serait le jeudi 28 juin prochain à l’Assemblée nationale.

Les Echos : D’aucuns demandent déjà la dissolution du gouvernement Cheick Modibo Diarra ? Peut-on s’attendre à une motion de censure de la représentation nationale au regard de toute la lenteur, la lourdeur qui caractérise les actions de l’équipe gouvernementale ?

B. H. : Personnellement, je ne suis pas dans cette logique. C’est un peu trop extrémiste. Mon analyse est simple. Quand le gouvernement a été mis en place par Cheick Modibo Diarra, il n’a consulté aucun parti politique. On lui a dit pourtant un gouvernement d’union nationale. Qui peut faire l’unité nationale ? Ce sont les Maliens. De toutes les façons, les partis politiques n’ont pas été consultés. Ils ont dit nous en prenons acte.

Je ne suis pas contre le fait que le Premier ministre prenne des gens indépendants des directions des partis politiques. Mais, vous ne pensez pas qu’un minimum de sagesse, un minimum de courtoisie devait l’amener, le Premier ministre, à regrouper les partis politiques et leur expliquer son idée et sa vision pour mettre ce gouvernement en place. Cela n’a pas été fait. Ignorance totale. Je fais parce qu’on m’a dit que j’ai les pleins pouvoirs. Il l’a fait. Cependant, je ne comprends pas ce petit manque de courtoisie du Premier ministre aux partis politiques alors qu’il était candidat à la présidentielle.

Propos recueillis par
Mohamed Daou

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