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L’incivisme au Mali : Quand l’Etat devient complice du laisser aller
Publié le samedi 28 novembre 2020  |  Mali Tribune
Réunion
© aBamako.com par Aristide
Réunion de chefs d`Etat ouest-africains sur Mali et Guinée-Bissau
Abidjan,26 Avril 2012 ,Des chefs d`Etat de l`Afrique de l`Ouest ont entamé à Abidjan un sommet extraordinaire consacré aux crises au Mali et en Guinée-Bissau
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La dernière partie du code pénal malien est totalement réservée à la punition des comportements inciviques, comportements indignes d’un bon citoyen. Dans la pratique, c’est tout autre, l’Etat ne punit jamais, l’incivisme grandit et devient la normale.
Jeter des projectiles sur la voie publique, des tapages dans le rue, le refus de respecter les feux tricolores, les atteintes aux biens publics, laisser les animaux errer sur les voies publiques et laisser les malades mentaux se pavaner dans la rue, des ordures jetées par-ci et par-là, sont tous des infractions listées par le code pénal, avec des peines, des sanctions et des amendes.

Au Mali, ces comportements anormaux sont le quotidien de nos concitoyens. L’Etat ferme les yeux sur ces comportements voire ne les punit presque pas. A la police, ou à la mairie, les contraventions sont monnayées contre paiement de 1000 ou 2000 F CFA.

Un développement dans l’incivisme, des accidents nombreux, de l’environnement sale, une société vivant dans la plus grande mauvaise organisation où tout s’achète, même les contraventions avec la police, voilà quelques actes désolant à Bamako en particulier et au Mali en général. Une véritable jungle en comportement, chacun fait ce qu’il veut et qui l’arrange et l’Etat consent.

Pis, un code pénal qui sanctionne ? Tout le monde l’ignore. Madou Doucouré, un jeune commerçant, dit qu’il ignore qu’un code pénal existe et punit tous les comportements inciviques dans la circulation routière au Mali. “Franchement je ne savais pas que la loi punissait les mauvais comportements au Mali. Pour moi, ce travail est du ressort de la police. Je ne savais pas qu’il y avait une loi derrière“, confie-t-il. Il n’est bien sûr pas le seul.

Aucun développement, aucun programme sérieux ne peut être envisagé dans un pays où l’incivisme occupe une place de choix.

Ne faut-il pas redonner force à la loi pour vaincre l’incivisme ? Interrogé, le jeune commerçant, Madou Doucouré pense qu’il faut passer par des sensibilisations et que l’Etat et la population s’impliquent ensemble pour vaincre l’incivisme. Le moins que l’on puisse dire, l’incivisme est un véritable facteur de sous-développement. Le bâton et la carotte peuvent être les solutions pour instaurer les bons comportements civiques. Comme le reconnait tout le monde aujourd’hui, c’est le Malien qui doit changer. Et c’est d’être un bon citoyen.

Koureichy Cissé

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INCIVISME: Tous interpellés !

Au Mali, de plus en plus l’incivisme gagne du terrain et gangrène fortement notre société.



Littéralement l’incivisme est le manque de dévouement pour le bien de la nation ou l’état d’une personne dont le comportement traduit un manque d’abnégation pour sa patrie.

Mais pour Abdoul Aziz Touré activiste géographe, “l’incivisme c’est la violation des règles sociales dictées et légiférées par la loi”. Cet incivisme à ses dires, se manifeste notamment à travers la destruction de biens et d’édifices publics, le non-respect des institutions et symboles de la République, la corruption endémique et la violence sous toutes ses formes. Dans le contexte malien, toujours selon Abdoul Aziz Touré, l’incivisme se manifeste par plusieurs raisons d’abord l’absence de l’autorité publique, l’ignorance des droits et devoirs envers l’Etat, le manque d’une bonne éducation familiale, La paupérisation grandissante, la faillite de l’Etat à remplir son rôle régalien et sans oublier la mauvaise gouvernance.

Dans le contexte malien, on peut énumérer plusieurs causes qui nous poussent à l’incivisme dont la faillite des parents à bien éduquer leurs enfants. Pour notre interlocuteur, quand on parle d’éducation, il s’agit d’éducation civique et morale, car tout commence dans la famille d’abord. Autre cause de l’incivisme : l’école malienne qui a perdu toutes ses valeurs, au point de devenir un lieu de mafia où chacun règle son compte. Il y a aussi le manque de patriotisme qui est devenu la règle d’or dans le pays. Et de regretter “nous l’avons vu lors des récents événements, des jeunes ont vandalisé l’hémicycle, cassé des feux tricolores”. A ce lot s’ajoute, la non courtoisie dans la circulation. Il est courant de voir en pleine circulation, des personnes qui se mettent à faire des injures graves et qui heurtent la sensibilité de tous.

Il est vraiment temps pour que nous retournions à nos valeurs d’antan.

Ousmane M. Traoré
L’incivisme au Mali : Une des plaies béantes de la société

Depuis le début de la crise sociopolitique que le Mali a connu ces derniers temps, l’incivisme a pris de l’ampleur et plusieurs citoyens ont été pillés et ont vu leurs biens détruits sans pouvoir agir. Dr. Aly Toungara sociologue nous en dit plus sur les actes d’incivisme.
L’incivisme est une attitude qui consiste à ne pas se référer aux attentes normatives de la société. C’est une conduite de la part d’un citoyen qui n’accomplit pas les actes qui sont attendus de lui, il n’accomplit pas les droits et les devoirs qui lui sont confié, soit par les codes sociaux, soit par l’Etat central. C’est aussi la non-conformité à la coexistence collective, la non incorporation des attentes qu’à la société à son égard.

Il y a différentes formes d’incivisme. Selon le sociologue Ali Toungara, “aujourd’hui, on a un nombre important de populations qui n’obéissent pas aux codes sociaux par leurs comportements. Il y a des formes d’incivismes qui en témoignent, des façons d’agir qui témoignent combien nous sommes en déphasage avec les attentes de la loi. L’incivisme est aussi une forme d’égoïsme, car on ne pense qu’à soi-même et on ignore l’existence des autres”.

En ce qui concerne les actes de vandalisme, la destruction d’édifices publics, dont beaucoup de nos institutions ont été victimes au cours de ces dernières manifestations, sont des responsabilités qui sont partageables selon le sociologue Ali Toungara. Beaucoup de populations n’ont pas forcement accepté l’Etat dans sa forme actuelle. “Les représentants de l’Etat sont perçus par beaucoup de communautés comme des prédateurs et cela est dû à une certaine irresponsabilité de l’Etat lui-même. C’est ce qui fait que les citoyens et même les terroristes quand ils attaquent, ils s’en prennent systématiquement aux symboles de l’Etat, car pour eux ce sont ces symboles qui définissent les institutions et les hauts responsables de l’Etat”, affirme t-il, Et d’ajouter que “l’Etat est très distant de ses populations par le simple fait que les acteurs qui l’incarnent ne sont pas forcément des acteurs orthodoxes, qui obéissent à l’éthique et la morale. Donc tout cela explique le pourquoi, il y a des comportements qui sont dégradants et voir même indignent de la part d’un certain nombre de citoyens qui sont manifestés au quotidien”.

A cela, on peut aussi citer la responsabilité de la famille qui est la première instance de socialisation. “Elle doit aider tous ses membres, à comprendre la notion de la propriété, à intégrer la notion de la tolérance, à faire en sorte qu’autrui soit perçu comme une partie de nous. Mais, malheureusement plusieurs de nos familles dans le contexte malien ont du mal à jouer pleinement ce rôle d’éducation dès à bas âge”, a-t-il conclu.

Zeïnabou Fofana



(stagiaire)
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