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L’Essor N° 17500 du 21/8/2013

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L’avenir politique au Mali : l’inédit et les inconnues
Publié le mercredi 21 aout 2013  |  L’Essor


© aBamako.com par S.A
Le 2nd tour de la présidentielle malienne : Vote du président Dioncounda Traoré et du candidat IBK
Bamako, dimanche 11 aout 2013. Bamako


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Pour Ibrahim Boubacar Kéita, la forte légitimité populaire acquise crée des conditions particulières d’exercice du pouvoir.
Exceptionnelle, mais contraignante. Enviable, et en même temps redoutable. Ainsi pourrait se caractériser la position acquise par Ibrahim Boubacar Kéita au moment d’entamer son parcours présidentiel. Il y a eu un côté exceptionnel (et donc enviable pour tout compétiteur politique) dans la manière dont la victoire du candidat du RPM s’est construite et surtout dans les contours qu’elle avait pris dès le premier tour de la présidentielle. L’arithmétique électorale ne produit pratiquement jamais de miracles. Lorsque l’offre proposée aux citoyens se décline en un peu moins d’une trentaine de candidatures, l’éparpillement des voix qui en résulte rend quasi impossible une victoire dès le premier tour.

En effet, bon nombre de petits et moyens candidats possèdent au moins un électorat de niche constitué de quelques milliers de suffrages rassemblés par l’affinité territoriale, la solidarité corporatiste, la sympathie personnelle ou encore la bonne implantation locale. Avec cette inévitable dispersion des votes, arriver en tête en collectant à peu près 30% des voix est déjà extrêmement méritoire, aller au-delà de cette performance relève de l’exploit. Rappelons qu’en 2002 placé dans une situation quasi similaire à celle du 28 juillet dernier, Amadou Toumani Touré avait réuni au premier tour 27,98% des suffrages exprimés (selon les chiffres du ministère chargé de l’Administration territoriale, la Cour constitutionnelle n’ayant pas publié de pourcentages), devançant Soumaïla Cissé (22,74%) et Ibrahim Boubacar Kéita (20,65%). Alpha Oumar Konaré avait pour sa part dépassé les 40% des voix (44,96%) en 1992, mais dans un contexte de moindre concurrence (neuf candidats au total).

En outre, les deux prédécesseurs de IBK avaient bâti leurs victoires sur une mobilisation populaire très nettement inférieure. Cette précision est d’importance, car le nouveau président de la République a été le premier et le principal bénéficiaire d’un phénomène qui a pris de court observateurs et analystes : l’éveil de l’électorat malien. Il serait superflu de revenir une fois de plus sur tous les handicaps qu’a dû surmonter l’exécution du calendrier de la présidentielle, handicaps qui auraient pu amener un taux de participation dérisoire. Si ce scénario catastrophe ne s’est pas produit, c’est parce qu’une large majorité de nos compatriotes ont enfin choisi d’exprimer l’envie et la volonté de définir eux-mêmes leur devenir.

Les ressorts de cette mobilisation inédite ont été depuis largement explicités par les votants dans différents micros-trottoirs et talk shows. On y décèle essentiellement la volonté de prévenir le retour des erreurs d’un proche passé, le refus de voir se renouveler une gouvernance contestable, l’exaspération devant l’immobilisme socio-économique imputé à la Transition, la hâte de renouer avec cette force d’avancer qui caractérisait notre pays, même dans les périodes les plus difficiles. Toutes ces motivations étaient cimentées par un ultime désir exprimé haut et clair, celui de se donner un dirigeant capable d’affronter un contexte extrêmement difficile et de s’atteler sans état d’âme à relever la foultitude de challenges.

Pourquoi la préférence populaire s’est-elle déportée de manière aussi massive sur Ibrahim Boubacar Kéita que tous s’accordaient certes à désigner comme favori, mais sans lui prédire un tel raz-de-marée ? Au Mali, la plupart des analystes cultivent le même défaut. Ils accordent une importance démesurée aux programmes des candidats qu’ils ne se lassent pas de décortiquer pour en pointer les faiblesses, en recenser les incohérences et plus rarement en souligner les originalités. Les médias et les politologues ont d’une certaine manière réussi à convaincre la frange « intellectuelle » de l’électorat et surtout les compétiteurs eux-mêmes de l’importance des cahiers de propositions. Au point que chaque consultation présidentielle s’accompagne d’une floraison de catalogues de bonnes intentions et de recueils d’intentions mirifiques.

Avare en certitudes - En fait, et à notre avis, l’essentiel est ailleurs. La présidentielle constitue par excellence, et selon une formule devenue célèbre, la rencontre d’un homme et d’un peuple. L’attention des citoyens se concentre beaucoup moins sur les promesses que sur l’aura du candidat. C’est à dire sur la capacité à trouver les mots et les formules propres à éveiller un écho dans les foules ; sur l’aptitude à saisir l’air du temps et donc à instaurer une forte empathie avec les auditoires ; sur la faculté à prendre sur soi l’anxiété des citoyens et à insuffler en échange à ces derniers une dose d’optimisme ; bref, sur le pouvoir de créer à chaque rencontre avec ses compatriotes un lien de confiance renouvelée.

Dans une conjoncture normale, cet atout (qui relève plus de l’instinct que de la préparation) est indispensable. Dans un contexte aussi avare en certitudes que celui que nous traversons, il devient un facteur primordial. De tous les candidats à la présidentielle, Ibrahim Boubacar Kéita a été certainement celui qui a le plus fait preuve de chaleur humaine et qui a le mieux manié l’apostrophe de proximité. Sans doute parce que l’une et l’autre relèvent déjà de son comportement habituel. La démarche s’est révélée incontestablement payante et le candidat lui-même avait, il y a quelques semaines, souligné au micro de nos confrères de RFI l’impressionnante ferveur populaire qu’il sentait monter vers lui et qu’il n’avait pas rencontrée lors de ses précédentes campagnes.

La différence d’avec les autres concurrents s’est, à notre avis, faite rapidement et surtout définitivement sur le plan de la personnalité. Elle a été confortée par une série de messages courts avec comme idée de base la restitution de son honneur à notre pays ainsi que par le rappel opportun de la solide expérience aux affaires publiques et la réputation de probité de l’intéressé. Le triptyque personnalité-messages-personnage public, tel qu’il se présentait, avait tout pour, d’abord, séduire et, ensuite, convaincre de larges franges de l’électorat. Pour ceux que nous appellerons les « primo votants », c’est-à-dire les citoyens ressentant pour la première fois une impérieuse nécessité de se rendre aux urnes, le leader du RPM s’imposait quasi d’évidence comme l’homme de la situation et beaucoup se sont donc déplacés pour le lui signifier. Il est d’ailleurs remarquable à cet égard de constater que c’est dans les plus grands centres urbains – Bamako en tout premier lieu – habituellement réfractaires à l’accomplissement du devoir civique que le vainqueur de la présidentielle a réussi des mobilisations étonnantes et réalisé les scores parmi les plus impressionnants.

Un énorme privilège a donc échu au nouveau président de la République. Parvenir à s’attirer une adhésion populaire spontanée qui a surmonté les clivages entre les partis et les fidélités traditionnelles, bénéficier d’emblée et dans de telles proportions d’un vote utile est en effet un phénomène qui ne se produit que très rarement au premier tour d’une présidentielle où l’électeur se donne habituellement la liberté de voltiger vers des concurrents de moindre envergure avant de faire le choix de la raison au second tour. Quel usage fera Ibrahim Boubacar Kéita de l’impressionnant capital de confiance qui lui a été accordé ? La réponse peut paraître évidente, mais sa mise en œuvre ne s’avérera pas simple.

Il y a tout d’abord une vérité particulière à admettre. Le quasi plébiscite qui a donné une dimension atypique à la victoire de IBK créée aussi des conditions inédites d’exercice du pouvoir. S’appuyant sur une légitimité populaire qui a atteint un niveau inhabituel, le nouveau président se voit doté d’une autonomie de décision qu’il n’aurait pas eue si son élection avait été conditionnée à la conclusion d’alliances politiques contraignantes. Aujourd’hui, Ibrahim Boubacar Kéita est avant tout redevable à ces centaines de milliers de citoyens venus d’eux-mêmes lui exprimer leur confiance. Vis à vis de ces anonymes, il a désormais un devoir de gratitude et une obligation d’efficacité. C’est à leurs attentes qu’il doit en priorité prêter attention, surtout que les plus importantes de celles-ci n’ont aucun caractère corporatiste et ne peuvent être considérées comme des revendications irréalistes.

Ces attentes – partagées en réalité par tout le peuple malien – portent essentiellement sur ce qui a le plus manqué au cours de ces dernières années : un Etat fort, intransigeant dans la défense de la souveraineté du pays, immuable dans ses engagements et impartial dans ses relations avec les citoyens ; une gouvernance rigoureuse qui rétablirait l’orthodoxie dans le fonctionnement de l’Administration et moraliserait la vie publique ; une réelle écoute des autorités à l’égard des plus fragiles et des plus démunis ; ainsi qu’une volonté permanente de porter remède à la détresse et à la précarité, tout particulièrement lorsque celles-ci frappent les jeunes. Depuis des semaines spécialistes et éditorialistes se relaient pour lister les urgences à traiter, urgences qui se chevauchent très souvent et s’enchevêtrent la plupart du temps.

ibk2Un appel d’air encore plus fort - De fait, pour Ibrahim Boubacar Kéita, le challenge a changé d’objet, mais pas de nature : il s’était forgé un style de candidat, il lui faut à présent dégager une manière d’agir présidentielle. Une manière facilement déchiffrable pour le citoyen moyen, marquée par l’impératif de la constance et dominée par la volonté de s’écarter du routinier, du formel et de l’incantatoire. A cet égard, certains procédés passés ne représentent pas tout à fait le meilleur chemin à suivre. Ibrahim Boubacar Kéita, lors de sa campagne, en avait beaucoup appelé à l’unité et à la cohésion nationales pour extraire notre pays des difficultés dans lesquelles celui-ci est plongé. Mais cet appel ne présage pas automatiquement la formation d’un gouvernement d’union nationale dans lequel figureraient les forces politiques qui ont rallié le futur vainqueur au deuxième tour. Primo, parce que l’apport des alliés n’a pas été, de toute évidence, décisif dans la victoire finale.

En effet au second tour, malgré la baisse du taux de participation et la quasi absence de campagne, IBK a pratiquement doublé le nombre des suffrages acquis le 28 juillet, allant bien au-delà de ce que lui aurait amené le respect des consignes de vote données par ses nouveaux appuis. Sa performance est donc liée avant tout à l’accentuation de l’adhésion populaire du premier tour qui a suscité un appel d’air encore plus fort en sa faveur. Deuxième argument qui plaide en défaveur d’un Exécutif monté sur la base de rapprochements politiques, ce serait l’effet négatif produit sur une opinion publique nationale qui garde encore en mémoire et en prévention les attelages improbables générés par la pratique du consensus sous la précédente législature. En réalité, plus que d’un assemblage d’étiquettes qui dégagerait surtout l’image d’un unanimisme de circonstance, le nouveau président a besoin d’une équipe de combat, d’un gouvernement de mission.

Certes, cette dernière dénomination a déjà servi dans notre pays et ailleurs. Mais elle conserve sa pertinence, car adaptée à une période de remise à plat résolue. La conjoncture générale qu’affronte le président de la République, les pesanteurs que ce dernier devra larguer, la variété des attentes pour lesquelles il lui faudra trouver un début de réponse et la nécessité de rassurer très vite nos compatriotes imposent à IBK deux contraintes : limiter les erreurs de casting en ce qui concerne les compétences à placer dans l’équipe gouvernementale et disposer d’un Exécutif cultivant aussi bien l’abnégation que l’initiative. C’est à une rude tâche que s’est attelé le chef de l’Etat. Il lui faut certainement résister dans un premier temps à la fétichisation du principe des « nouveaux visages », principe qui dans un passé récent a produit d’énormes déconvenues.

Il lui faut ensuite ne pas se tromper sur la capacité d’encaissement des futurs entrants. Dans la période qui vient, les maroquins apporteront surtout des casse-têtes et de la pression au quotidien, puisqu’il s’agira tout à la fois de répondre aux espoirs des citoyens et de remobiliser l’administration d’Etat. Cette dernière est, en effet, plongée dans une semi léthargie depuis à peu près fin 2011. Elle s’était figée dans l’attentisme en attendant les résultats des consultations prévues en 2012, puis a été dépouillée et réduite à sa plus simple expression lors des événements de mars 2012 et ne s’est guère rassurée lors des mouvements opérés par la Transition. Le premier gouvernement d’IBK, qui portera l’écrasante responsabilité de mettre en œuvre le renouveau, sera en outre soumis à une veille citoyenne sourcilleuse. Inaugurée par l’élection présidentielle, cette veille représentera certainement une des spécificités du quinquennat.



Par la libre volonté de citoyens - Elle ne s’assimile cependant pas à un désir de voir tout s’améliorer tout de suite. Nos compatriotes, nous le répétons, savent très bien d’où ils viennent, à quoi ils ont échappé et à quel point est ardu le chemin vers la reconstitution. Ils sont donc sans illusion sur le poids des sacrifices qui demandent encore à être consentis. Par contre, ils se montreront intraitables sur un partage équitable des efforts à fournir. Et ils seront sans indulgence en cas de défaillance des hommes et des femmes mis en situation de responsabilité.

Il est donc important de neutraliser autant que possible l’éventualité d’une forte déception populaire face à l’absence d’avancées significatives. Car cette déception déclencherait une explosion de revendications corporatistes brandies avec hargne et déraison. Ce serait le retour des temps que nous avons connus lorsque le citoyen ayant perdu confiance en l’Etat choisissait de se sauver seul en faisant délibérément fi de l’état du pays. La désillusion est à éviter absolument, car elle mettrait à mal la foi en la destinée de notre pays, cette foi qui plus que tout autre facteur a fait tenir le Mali debout.

Avec l’entrée en fonction de Ibrahim Boubacar Kéita, la démocratie malienne, si vilipendée il y a quelques mois et aujourd’hui revivifiée, repart dans un nouveau cycle. Elle fait apprécier sa vitalité tout simplement parce que (et pour paraphraser Winston Churchill) elle est pour nous Maliens le pire système à l’exclusion de tous les autres. Elle s’était sclérosée au fil des années en se perdant notamment dans les méandres d’un consensus déstructurant au sein duquel les partis politiques s’étaient abandonnés à la facilité, et la société civile à la léthargie. Elle avait, au cours de la double décennie passée, laissé l’enthousiasme premier de la Révolution de mars se diluer dans les compromissions et les calculs de l’exercice du pouvoir. Elle avait cédé à la vanité de se croire exemplaire alors que se multipliaient les manifestations de sa déliquescence et que montait la défiance populaire.

Mais elle est restée malgré tout suffisamment vivace pour renaitre de manière inopinée et impressionnante lors de l’élection présidentielle. L’ampleur de la mobilisation populaire et le score exceptionnel réalisé par le nouveau président nous font entamer une séquence nouvelle. Nous y entrons non pas sous une règle édictée par des bienfaiteurs extérieurs. Mais par la libre volonté de citoyens maliens qui ont donné une réponse sans équivoque quant à la manière de rebâtir l’avenir. La responsabilité est donc entièrement nôtre. C’est pourquoi l’échec nous est interdit. De cela, Ibrahim Boubacar Kéita en a plus que tout autre conscience. Pour définir le rôle qui est désormais le sien, il serait intéressant de se reporter à des propos aujourd’hui prémonitoires qu’il avait tenus le 30 juin 2001 à l’Assemblée constitutive du RPM. « Nous ne sommes pas ici par souci de nous-mêmes, disait-il. Croyons nous aux hommes providentiels ? Certainement pas. Mais au rôle que des hommes peuvent jouer dans des contextes particuliers, à des moments précis de l’histoire ».

Dans la même allocution, celui qui a désormais en charge les destinées du Mali, lançait une affirmation qui pèse de tout son poids à l’heure actuelle. « Sans confiance, prévenait-il, rien n’est possible de durable, de soutenable ». Aujourd’hui, le lien de confiance souhaité est établi. Et le contexte est on ne peut plus particulier. Le rôle du président s’annonce, lui, exceptionnel et redoutable.

G. DRABO

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