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Rappel de 9 ambassadeurs maliens Ballet diplomatique sur fond de népotisme et de corporatisme
Publié le mardi 11 mai 2021  |  L’Indépendant
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© aBamako.com par AS
Le nouveau gouvernement tient son premier conseil de cabinet à la primature
Bamako, le 6 Octobre 2020. Le nouveau gouvernement de la transition a tenu son premier conseil de cabinet à la primature Photo: ZEYNI MOULAYE, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGÈRES
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Le 1er avril 2021, à la stupéfaction générale, le ministre des Affaires étrangères, ancien Conseiller diplomatique d’IBK, a fait fuiter dans la presse sa volonté de remplacer neuf ambassadeurs. Ainsi, depuis un certain temps, des confidences annoncent les noms des futurs ambassadeurs. On y évoque notamment les futures nominations du Général Mahamane Touré à Moscou, du Général Moussa Ag Infahi à Niamey, de l’actuel Secrétaire général du ministère Boubacar Gouro Diall à Paris ou encore de Madou Diallo à l’UNESCO.

Pour justifier cette campagne de purge diplomatique, le ministre Zeïni Moulaye évoque que les mandats confiés aux Ambassadeurs concernés par l’ancien Président IBK sont arrivés à échéance. En outre, sous la pression du syndicat des agents diplomatiques et du Premier ministre (lui-même issu du corps diplomatique), le ministre des Affaires Etrangères prétend vouloir professionnaliser les postes d’Ambassadeur. Dès lors, il entend mettre fin aux fonctions de tout Ambassadeur qui ne serait pas diplomate de carrière et réserver la tête de nos chancelleries aux fonctionnaires recrutés comme Conseiller aux affaires étrangères.

Pourtant, la nomination au poste d’Ambassadeur constitue un pouvoir discrétionnaire du Chef de l’Etat. Le ministre des Affaires Etrangères n’intervient dans la nomination que pour exécuter la décision présidentielle. En effet, un Ambassadeur représente le Chef d’Etat de son pays et il est accrédité auprès du Chef d’Etat du pays où il réside. Il incarne la personnification des rapports entre les deux Chefs d’États et les deux Gouvernements. A ce titre, il est chargé de mettre en œuvre la politique étrangère de son Gouvernement dans le pays où il se trouve. C’est pourquoi la fonction d’Ambassadeur est une fonction politique, le choix d’un Ambassadeur repose également sur des considérations politiques.

Corporatisme du syndicat, népotisme des militaires

Or, sur fond de corporatisme, le syndicat des Affaires Etrangères voit les postes d’Ambassadeur comme un gâteau dont la dégustation doit être réservée aux seuls fonctionnaires du Corps des Conseillers aux Affaires étrangères. Ils y voient un moyen de prendre leur part au festin que représente l’Administration malienne.

Au même moment, certains officiers supérieurs de l’Armée malienne ont décidé de laisser les dangers et les risques du terrain aux forces étrangères de la MINUSMA et de Barkhane. Ils ont fait le choix de l’abandon de la fonction militaire au profit des bureaux climatisés et autres privilèges civils de la haute fonction publique. Ils veulent donc profiter de la présence de leurs amis parmi les autorités de la Transition pour » squatter « des postes d’Ambassadeurs.

Le corporatisme du syndicat et le népotisme de certains militaires sont sur le point de transformer l’appareil diplomatique malien en un gouffre financier au profit d’une oligarchie militaro-syndicale.

Rappelons que l’image des autorités de la Transition est de plus en plus écorchée tant aux yeux des citoyens maliens que de la communauté internationale par la nomination intempestive de colonels à tous les postes stratégiques de l’Administration publique. La classe politique malienne et la communauté internationale déduisent de la » Colonelisation » de l’administration la volonté des autorités de la Transition de verrouiller l’Administration et l’appareil électoral pour s’éterniser au pouvoir.

Nouvelles charges financières pour l’Etat

Par ailleurs, ce ballet diplomatique représente de nouvelles charges financières importantes pour l’Etat qu’un régime transitoire devrait se priver d’engager lorsqu’on sait que le rappel d’un seul Ambassadeur se chiffre en centaine de millions de CFA (billets d’avion pour l’Ambassadeur et sa famille, conteneurs de rapatriement des bagages de la famille de l’Ambassadeur, maintien des enfants à bas âge de l’Ambassadeur à l’école, aux frais de l’Etat, jusqu’à la fin de l’année scolaire, indemnités de fin de fonction pour l’Ambassadeur, frais d’installation du nouvel Ambassadeur…).

Enfin, compte tenu du caractère politiquement sensible du poste d’Ambassadeur, il est peu probable que le Président élu en mars 2022 maintienne les Ambassadeurs nommés par les autorités de la Transition. Ces derniers ne devraient donc rester en poste que pour une période maximale de 6 mois. Est-il judicieux d’engager l’Etat dans des choix aussi importants pour une période de 6 mois ? Ne vaut-il pas mieux que les autorités de la Transition laissent au futur Président élu le soin d’orienter sa diplomatie à sa guise et procéder aux nominations qu’il souhaite ?

Nouveau front de bataille

En ouvrant un nouveau front de bataille sur la scène diplomatique, les autorités de la Transition créent le risque de la crispation d’une partie de l’Administration qui, ajoutée aux mécontentements sociaux des réformes territoriales, électorales et constitutionnelles à venir, réunit les conditions d’une implosion du régime transitoire.

Oumar Cissé

Source: l’Indépendant
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