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Opération Barkhane : partir ou rester au Mali, la France doit choisir entre deux maux
Publié le dimanche 30 mai 2021  |  lacroix
Serval
© Autre presse par DR
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Dans un entretien au Journal du dimanche, le 30 mai, Emmanuel Macron déclare que l’armée française ne pourra pas rester au Mali, pays dont les dirigeants sont dénués de légitimité démocratique et tenté par l’islamisme radical.

L’heure du retrait des troupes françaises au Mali a-t-elle sonné ? « Je ne resterai pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition », a déclaré Emmanuel Macron dans un entretien accordé au Journal du dimanche 30 mai.

Et, face à la tentation malienne de l’islamisme radical, il a insisté : « Si cela va dans ce sens, je me retirerai », tout en rappelant qu’une réflexion était menée depuis trois ans sur la perspective du retrait des militaires français présents au Mali depuis 2013, au travers de l’opération Serval devenue Barkhane, pour contrer le djihadisme. « Je suis resté à la demande des États, parce que je pensais que la sortie était un point de déstabilisation. Mais la question se pose, et nous n’avons pas vocation à rester éternellement là-bas », a-t-il ajouté.

Le double coup d’État

C’est que la donne politique a violemment changé au Mali avec « le putsch dans le putsch », et la destitution du gouvernement de transition, le 24 mai. Même si le colonel Assimi Goïta annonce vouloir nommer un premier ministre civil, plausiblement Choguel Maïga, désigné par le Mouvement du 5 juin (la coalition d’opposition contre le président Keïta en 2020), pourtant soigneusement laissé à l’écart ces derniers mois, la fragile période de transition et la tenue d’élections début 2022 semblent mises à mal. La junte a d’ailleurs estimé que le calendrier pouvait être soumis à des aléas.

Laisser le Mali aux djihadistes…

Ce double coup de force met la France face à un dilemme. « Le condamner conduit à ne plus coopérer avec la junte, donc à prendre des sanctions et à retirer Barkhane ; mais cela laisse le pouvoir malien aux djihadistes », analyse Nicolas Normand, ancien diplomate et chercheur indépendant. Et cela donne du grain à moudre aux accusations d’incohérence de Paris qui, d’un côté, adoube le fils d’Idriss Deby à la tête du Tchad et, de l’autre, formule des exigences démocratiques pour le Mali.

« Inversement, si l’on considère que la lutte contre le djihadisme est la priorité, cela suppose de rester complaisant et de maintenir l’opération Barkhane, comme le souhaite le colonel Goïta. » Or beaucoup de Maliens jugent nécessaire de négocier avec le groupe djihadiste du GSIM, quitte à instaurer une République islamique pour en finir avec l’instabilité, comme a pu le constater Nicolas Normand, de retour du Mali. Des hommes armés, supposés djihadistes, ont encore sévi le 30 mai, faisant cinq morts lors d’une attaque contre un poste de contrôle près de Bougouni dans le sud du pays.

… ou coopérer avec une partie des djihadistes

« On image mal que Barkhane coopère avec une partie des djihadistes pour en combattre d’autres [NDLR : ceux de L’État islamique dans le Grand Sahara], relève le diplomate. À défaut de pouvoir gagner la guerre, Barkhane avait pour stratégie de ne pas la perdre et de partir dès lors que l’armée malienne se serait renforcée et que seraient traitées les causes profondes du mal qui ronge le pays, les problèmes de démographie, de gouvernance, d’éducation, de services publics, etc. Or aucune de ces conditions n’est réunie et Barkhane poursuit son enlisement. »

Alors dialoguer avec les putschistes ou sanctionner et isoler le Mali ? Selon le diplomate, la position attendue des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui étaient réunis dimanche 30 mai à Accra au Ghana, avec la présence d’Assimi Goïta, influera sur la décision française.
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