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Un coup de Takuba dans l’eau
Publié le dimanche 20 juin 2021  |  MEDIAPART
les
© Autre presse par DR
les forces spéciales françaises
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Une ancienne arme de prestige faite de matériaux de récupération, dont le nom désigne aussi les forces spéciales européennes déployées au Sahel : l’imaginaire des militaires est toujours un sujet d’étonnement.

Le 11 juin, en marge du sommet du G7 Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane (5100 hommes). Le désengagement militaire progressif de la France était déjà en filigrane il y a dix-huit mois lors du sommet de Pau quand il avait convoqué ses pairs du Sahel pour leur poser la question de confiance du maintien du dispositif militaire français, engagé sept ans plus tôt pour combattre le djihadisme armé. En janvier 2020 les armées du Mali, du Burkina et du Niger étaient en très grande difficulté devant l’intensification des combats et l’audace des groupes djihadistes qui s’attaquaient à leurs positions défensives. L’argument d’un sentiment anti-français, instrumentalisé par des leaders d’opinion influents, avait alors été un moyen de pression pour que les chefs d’Etat clarifient leur position, notamment celui du Mali, Boubakar Keïta dont on se rendait déjà compte de l’incapacité politique à trouver une voie de sortie. La meilleure coordination des dispositifs alliés sur le terrain (Barkhane, G5 Sahel, Minusma, Takuba) et l’augmentation provisoire des troupes françaises avaient été actées. 18 mois plus tard, alors que la situation militaire n’évolue pas, la donne a changé : Idriss Deby a été assassiné par son propre camp, Boubakar Keïta a été renversé par une junte militaire qui a surfé sur une large contestation sociale, et un second coup d’Etat au Mali a montré que la hiérarchie militaire malienne, incompétente sur le terrain des opérations, l’était tout autant sur le plan de la transition démocratique. La situation est de plus en plus intenable pour Emmanuel Macron qui a hérité de cette guerre mais dont il se rend compte, tout comme l’état-major de l’armée française, qu’il est en train de la perdre sur la plan politique. A moins d’un an des élections présidentielles auxquelles il se représentera, une sortie politique, à défaut de militaire, de ce conflit impopulaire en France et au Sahel, est donc obligatoire.

Le 30 mai dans le JDD, personnalisant le sujet, il avait déclaré « je me retirerai du Mali si ce pays allait dans le sens d’un islamisme radical ». C’était une manière de préparer le terrain de l’annonce qu’il ferait onze jours plus tard, sachant l’influence grandissante des dirigeants associatifs qui avaient ouvert la voie au pouvoir des militaires en août 2020. Comme l’imam Dicko, prédicateur quiétiste wahhabite populaire, ces chefs sont partisans d’une négociation politique avec les djihadistes et leur puissance va grandissante dans la société malienne. Estimant que la perspective d’une solution négociée avec des groupes armés est une ligne rouge, Emmanuel Macron a pris les devants, il a dans un premier temps suspendu la coopération militaire avec les autorités maliennes et dans un second, annoncé le retrait de l’opération militaires extérieure Barkhane. Un mois et demi plus tôt, nécessité faisant loi, il s’était précipité à N’Djamena juste après l’assassinat d’Idriss Deby Itno au Tchad pour adouber le fiston et sauver les meubles militaires. Au Mali la nécessité faisant toujours loi c’est l’inverse qui se produit, on dénonce le coup d’Etat militaire mais cette fois ci on essaye de sauver les meubles politiques une fois les militaires français mis devant le fait accompli. Tout cela dénote d’une situation devenue incontrôlable au Sahel et d’une gestion subie des évènements. On annonce bien un déploiement élargi des opérations des forces spéciales de Takuba, encore une fois une meilleure coordination des militaires des pays engagés dans la lutte contre le terrorisme et un recentrage sur l’engagement direct contre les combattants djihadistes, mais il y a comme une odeur de sauve qui peut au Sahel. Le lendemain de l’annonce du président, Florence Parly, ministre de la défense, et Jean Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, étaient au Burkina et au Niger pour tenter de rassurer les responsables de ces pays. L’explication que la fin de Barkhane est un changement tactique dans la lutte contre le terrorisme et non pas un désengagement de la France, a du mal à passer. C’est un classique du genre de la communication en temps de guerre : l’annonce d’un repli tactique sur des lignes préparées à l’avance cache souvent mal une défaite, voire une débandade. L’extension du chaos au Sahel se poursuit.

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