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Accidents de la circulation : Quand la fatalité devient le terreau fertile de la bêtise humaine
Publié le mercredi 11 aout 2021  |  Le Malien
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Dans la matinée du mardi 3 août 2021, un tragique accident de la circulation a fait au moins 43 morts (dont un nourrisson et notre jeune consoeur Aïssata Diarra) et 32 blessés graves sur la RN6 au niveau de Zambougou (à 20 km de Ségou). Des victimes qui viennent rallonger la liste noire. Et comme toujours, on se cache derrière la fatalité pour cacher notre impuissance ou notre indifférence par rapport aux erreurs humaines qui sont aussi la cause de ces accidents.


Au moins 43 morts (dont un nourrisson et notre jeune consoeur Aïssata Diarra de l’hebdo L’Action et la Radio Bamakan) et 32 blessés graves ! Tel est le tragique bilan (provisoire) de l’accident survenu le mardi 3 août à Zambougou à 20km de Ségou. Le ministre malien des Transports et des Infrastructures ainsi que celui de la Sécurité et de la Protection civile se sont rendus sur le lieu de l’accident avant de se rendre au chevet des blessés acheminés à l’hôpital régional de Ségou.

Et mercredi dernier (4 août 2021), le président de la Transition a décrété un deuil national de trois jours en l’honneur des victimes de cet accident provoqué par la collision entre un car de la compagnie «Air Niono» (transport en commun interurbain) et un camion dix tonnes. Des victimes qui viennent rallonger la liste noire. Selon un bilan établi par la Direction générale de la protection civile (DGPC), 655 personnes ont trouvé la mort et 25 112 personnes ont été blessées dans des accidents de la circulation en 2020 au Mali.


Ce qui reste du car de transport en commun après sa collision avec un Camion 10 tonnes surchargé de forains et de marchandises.
Et comme toujours, on se cache derrière la fatalité pour cacher notre impuissance ou notre indifférence par rapport aux erreurs humaines qui sont aussi la cause de ces accidents. Selon les premiers éléments de l’enquête, c’est l’un des pneus (une roue avant du côté du chauffeur) qui a éclaté. Le premier qui venait dans le sens opposé (Ségou-Bamako) a pu l’éviter avant qu’il ne vienne s’empaler dans le car «Air Niono».

Comme après chaque accident tragique, la ministre des Transports, Mme Dembélé Madina Sissoko, a lancé un appel à tous les transporteurs au strict respect des règles de la circulation routière. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais, il est temps que l’Etat s’assume pour rigoureusement réprimer certaines pratiques comme le transport mixte (personnes et marchandises). Et cela d’autant plus que les inondations et accidents routiers ne sont pas forcément des fatalités, mais un manque de planification et de programmation des gouvernants. Le Camion à l’origine de l’accident du 3 août dernier en est un parfait exemple. Surchargé, il se rendait à la foire hebdomadaire de Kônôdimini avec 16 personnes à bord dont 11 morts sur le coup.

«Nous sommes tous indignés face à cet accident tragique… Malheureusement, ça ne sera pas la dernière fois tant que les propriétaires de moyens de transport, les autorités en charge de la gestion des questions de transport, d’infrastructures… ne prennent pas conscience, chacune en ce qui le concerne, des lourdes responsabilités qui sont les leurs», a pertinemment rappelé sur les réseaux sociaux une jeune compatriote dépitée.

Elle touche ainsi du doigt le laisser-aller qui règne dans le secteur des transports où les mesures les plus élémentaires (doter par exemple les cars et camions de bons pneus) sont négligées. Les véhicules sont surchargés sur des routes étroites et le plus souvent en mauvais état sur lesquelles ils roulent pourtant à tombeau ouvert. Les cars se livrent par exemple à une course-poursuite pour ramasser les passagers en attente dans les localités traversées et dont les frais de transport servent souvent de compléments de revenus aux chauffeurs et convoyeurs voire d’argent de poche aux apprentis).

Les postes de contrôle routier ne sont là que pour permettre aux agents d’encaisser et fermer les yeux sur le reste. Nous avons eu plusieurs fois à signaler aux gens les conditions dans lesquelles nous voyagions. Mais, ils viennent, ils contrôlent, prennent leurs sous et tournent le dos.

Et il n’y a pas de doute que si les visites techniques étaient convenablement effectuées, la grande majorité des compagnies de transport interurbain vont fermer faute de véhicules. Le laxisme et la corruption ne règnent pas seulement au niveau du contrôle technique. «Au Mali un permis de conduire s’acquiert le plus facilement, tout passant par le piston, le pot de vin. Conséquence : sur nos routes, la vie humaine est ce qu’il y a de moins sacrée. Les accidents de circulation se banalisent, des vies sont brutalement abrégées, mises en miettes», dénonce un chroniqueur.

Comment alors peut-on continuer à imputer les drames de la circulation routière à la fatalité alors que rien n’est réellement fait pour réduire la part de la négligence, de l’incivisme, de la corruption… et de l’erreur humaine ? L’impunité est si totale que les usagers ne savent presque plus ce qui est une règle car celle-ci est toujours noyée dans des infractions imaginaires profitant à ceux qui sont chargés de faire respecter la loi.

Comme réagissait une jeune dame au dernier accident tragique sur la route de Ségou, «tant qu’on continuera à faire du laxisme une approche sociale, on sera toujours confronté à des situations aussi déplorables. Certains portent atteinte à la vie des autres tranquillement et invoquent le bon Dieu pour ne pas répondre de leurs crimes».



Quid de la seconde phase de l’autoroute Bamako-Ségou-Bamako

Au lieu donc de continuer à présenter leurs condoléances aux familles des défunts et souhaiter prompt rétablissement aux blessés, nos autorités feront mieux de prendre le taureau par les cornes en mettant de l’ordre dans les visites techniques et dans l’attribution du permis ; à revoir les conditions de création d’une société de transport en commun (urbain et interurbain), redonner un sens au contrôle routier par des visites surprises aux postes avec des sanctions contre les agents fautifs… Il est aussi indispensable de revoir les normes techniques de nos routes.

Ce qui est montré à la conception (au lancement des travaux) est loin du produit fini. C’est d’ailleurs le cas de cette route Bamako-Ségou prévue en autoroute 2×2 en aller et retour. Les travaux lancés le 25 octobre 2010 par feu le président Amadou Toumani Touré étaient évalués à plus de 180 milliards de FCFA pour les deux phases. Leur exécution a été confiée à l’Entreprise China Road and Bridge Corporation (CRBC) avec un financement assuré à 100 % par l’Eximbank de la République populaire de Chine à travers l’accord de prêt GCL.

Il s’agissait de la construction d’une route bitumée Bamako-Ségou en 1×2 voies (seconde phase) ; l’élargissement et la réhabilitation de la route existante en 1×2 voies, du revêtement des deux voies en béton de 7 cm (première phase). Les caractéristiques d’aménagement publiés à l’époque indiquaient qu’il s’agissait d’une autoroute régionale de l’Afrique de l’ouest avec une chaussée de 2×2 voies de 3,50 m de large chacune ; une bande d’arrêt d’urgence de 2,30 m de part et d’autre ; et une surlargeur de plate-forme de 0,50 m de part et d’autre.

Non seulement la route réhabilitée ne correspond pas à ces caractéristiques, mais la seconde phase est visiblement renvoyée aux calendes grecques. Pendant ce temps, des vies continuent à être sacrifiées dans des accidents tragiques !

Moussa Bolly
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