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CEDEAO-Mali : Le non d’un peuple
Publié le samedi 23 octobre 2021  |  Mali Tribune
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© aBamako.com
Visite du président de la CEDEAO au Mali
Bamako, le 17 octobre 2021. Dans le cadre du suivi de la transition en cours au Mali, le président du Ghana, Nana Addo Dankwa Akufo- Addo, président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, a effectué un déplacement à Bamako pour une visite de travail.
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Arrivé au Mali pour s’enquérir de l’état d’avancement du processus qui devait sortir le pays de la crise, Nana Akufo-Addo, Président ghanéen et Président en exercice de la Cédéao a affirmé, en réponse aux questions des journalistes, qu’il ne retient « rien » de son tête-à-tête avec le Président de la Transition Assimi Goïta. Pourtant, selon des sources proches de la rencontre, plusieurs sujets ont été abordés, entre autres le respect des engagements sur la tenue des élections, l’insécurité, les Assises nationales prévues du 25 octobre au 7 novembre, la situation des responsables politiques arrêtés et la sulfureuse et embarrassante « affaire Wagner ».




Toutefois, un membre de la délégation de la Cédéao, cité par l’AFP, a laissé entendre : «notre message est sans ambigüité et nous l’avons clairement dit : il faut que les élections se tiennent aux dates prévues, l’objectif est de faire passer un message ferme et nous l’avons fait ». Cette déclaration (belliqueuse à la limite) bat en brèche ce pour quoi les autorités de la Transition n’ont de cesse de se battre pour donner une nouvelle virginité à la démocratie malienne et relancer un pays complètement à terre. En effet, dans une sortie opérée le 26 septembre dernier, le Premier ministre, le Dr. Choguel Kokalla Maïga, avait déjà averti en ces termes : « l’essentiel pour nous, c’est moins de tenir le 27 février que de tenir des élections qui ne seront pas contestées » tout en indiquant que la décision sera prise à l’issue des assises annoncées. Et pour enfoncer le clou, le ministre de la Refondation de l’Etat, Ibrahim Ikassa Maïga, a martelé ce qui demeure comme bréviaire pour les autorités de la Transition : « mieux vaut des élections reportées que des élections bâclées ». En d’autres termes, les autorités de la Transition tablent sur un report des échéances dans l’optique de disposer d’un temps suffisant pour mener à bien les réformes entamées.



Le Mali, prisonnier des velléités de la Cédéao

Que comprendre donc de cette pression exercée par la Cédéao sur les autorités de la Transition ? De ces déclarations qui frisent le ridicule ? La Cédéao veut-elle réellement l’intérêt du peuple malien ? Est-elle la « Cédéao des peuples » ou « la voix de son maître » (France) ? Le problème est d’autant plus crucial qu’au niveau des ambassadeurs, l’on a constaté une discordance des voix à même de figer davantage les positions. La France et les pays de la Cédéao demandent de tenir les élections et d’abandonner les Assises nationales. La Russie, la Chine, l’Algérie et le Maroc demandent de tenir compte du contexte et de soutenir et accompagner la Transition. De ces positions qui se dégagent, on distingue nettement les vrais amis du Mali. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, ce ne sont pas ceux qui partagent la même entité sous-régionale (et avec qui nous partageons la même communauté de destin) mais ceux qui, comme jadis, n’ont jamais attendu que le Mali « s’écroule » pour lui venir en aide. Pouvait-il en être autrement ? Non, la voix de son maître a été entendue et appliquée à la lettre. Mais, cette posture de la France et de ses présidents vassaux cache mal leur jeu. Et pour cause :

-L’institution sous-régionale ne veut pas entendre parler des Assises nationales, or c’est à l’issue de ces Assises que le peuple décidera de la prolongation ou non de la Transition. Et tout le monde sait de quel côté se penchera la balance, ce qui pourrait constituer un désaveu cinglant pour la Cédéao. Parce que là, c’est le peuple qui aura décidé.

-Mieux, en organisant les élections à la date exigée par la Cédéao, c’est accepter mettre un frein à toutes ces réformes entreprises par la Transition et surtout cette lutte implacable contre la corruption qui donne déjà des résultats encourageants. Ce diktat de la Cédéao innocentera tous ces délinquants à col blanc qui se verront blanchis et retrouveront la liberté au nez et à la barbe du peuple. Ensuite, les autorités de la Transition se verront traquées comme des loups jusque dans leur dernier retranchement, parce que le politique n’est jamais à mesure de tenir tête à la France qui est derrière toutes ces sanctions contre notre pays. Et ce sera l’occasion à la France de tirer sa revanche de cette humiliation qu’elle subit présentement au Mali. Enfin, en acceptant ce diktat de la Cédéao, c’est accepter le retour à l’ordre ancien jonché d’injustices et d’impunités. Autrement dit, les prises de position de la Cédéao et des autorités de la Transition sont à géométrie variable selon la capacité de telle ou telle partie à faire valoir intrinsèquement ses intérêts. Mais, l’atout de la Transition, c’est qu’elle bénéficie du soutien populaire tant qu’elle reste dans sa logique de la refondation et de création d’un Mali kura digne du peuple.



La Cédéao a détruit le peu de confiance en elle

Tenter de démontrer une évidence et/ou d’énoncer une banalité en la présentant comme une découverte ou une nouveauté, cela s’appelle « enfoncer une porte ouverte ». Depuis le coup d’état contre IBK, la Cédéao a toujours brandi des sanctions contre le Mali. Et chaque rencontre apporte son lot de désapprobations du pouvoir en place pour renforcer davantage les sanctions. Elle en a pris tellement (de sanctions) qu’elle ne sait plus quoi imaginer sans pourtant inquiéter ce silence tombal observé par le Président de la Transition Assimi Goïta. Un silence qui hérisse à plus d’un titre la France et ses présidents vassaux. La Cédéao, doit comprendre qu’à force de contraintes et de privations, le peuple malien (les rationnels comme les « paranoïaques ») finit par perdre patience. C’est normal. C’est humain. Et parfois justifié. Toutes choses qui s’expliquent qu’au sortir de l’aéroport, des manifestants vent debout au bord de la route au passage du convoi de la Cédéao pour scander les slogans comme « trois ans » de Transition et sur des banderoles, on pouvait lire « bienvenue à la Cédéao mais les Assises nationales d’abord », « la refondation du Mali, gage d’élections crédibles et transparentes », « seul le droit du peuple souverain du Mali compte ».

Les rapports entre la Cédéao et notre pays pourraient bien se ressembler au fameux chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant. D’un côté des déclarations et des prises de positions qui ne laissent apparaître aucun signe d’espoir, de l’autre des populations de cette même Cédéao qui font fi des décisions prises par le sommet pour continuer leur commerce et vivre en toute quiétude avec le peuple malien. Et, dans ce bras de fer entre l’instance sous-régionale et notre pays, ne plus distinguer l’essentiel de l’accessoire ne revient qu’à supprimer l’essentiel, ce qui est inadmissible pour les maliens dont le souci majeur est et demeure la sécurité. Dans un pays coupé en deux et dont le contrôle des 2/3 échappe aux autorités, un pays qui compte chaque jour son lot de morts, de blessés et de désolations causé par l’incurie des djihadistes-terroristes, des villages entiers complètement abandonnés par leurs habitants, des champs détruits et des semences brûlées, comment peut-on et doit-on parler d’élections si ce n’est cette volonté inavouée, démesurée et sordide d’amener les électeurs à l’abattoir. Des hommes sans foi ni loi qui n’ont pas accepté les marchés de foires de se tenir en massacrant tous ceux qui y vont, peuvent-ils accepter que des élections se tiennent dans les localités contrôlées par eux ? Et comment justifier que certains jouent sur ce registre pour créer une fracture qui serait, non plus entre les citoyens, toutes origines confondues, et les terroristes ou leurs soutiens, mais entre les frères de sang ? N’importe quel esprit un peu lucide comprend que l’absurdité des règles et le sentiment prolongé des Maliens de subir des vexations inutiles de la France à travers la Cédéao minent la cohésion nationale et détruit le peu de confiance qui pouvait rester en cette institution sous-régionale. Rien n’est pire dans les rapports entre la Cédéao et les pays qui la composent que d’imposer et de multiplier les normes inapplicables et inappropriées.



Le Non d’un peuple

En fait, voilà bientôt quatre mois (depuis la vraie prise du pouvoir par le Colonel Assimi Goïta) que le peuple malien est prisonnier des velléités de la Cédéao, condamné à se demander s’il tiendra un jour, deux jours, une semaine, dans l’incapacité, non seulement, de se projeter, mais aussi de se demander avec un peu de lucidité si les choix opérés par lui à la suite des manifestations du M5-RFP sont les bons, si les arbitrages qu’il veut cautionner collectivement (en donnant son quitus à la prolongation de la Transition) sont acceptables, ou tout simplement raisonnables. L’attitude des Chefs d’Etat de la Cédéao exprime un certain gène et surtout une capacité immédiate à produire de l’exaspération. A les regarder de près, ces Chefs d’Etat font de la peine, acculés qu’ils sont à vouloir exécuter des ordres qu’ils n’approuvent pas en réalité et qui finiront par les discréditer aux yeux mêmes de leurs propres peuples. A part présentement le président-marionnette Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire et le président-perroquet de la France, Mohamed Bassoum du Niger, tous les Chefs d’Etats de la Cédéao éprouvent un pincement de cœur, voire un regret quand on parle de sanctions contre le Mali. Ils savent que les Maliens sont dans leurs droits et ont exprimé haut et fort ce que (eux) ils cachent sous les manteaux. Ces discussions entre l’instance sous-régionale et notre pays sont à l’orage depuis son commencement, pas étonnant que la foudre ait fini par tomber, claquant comme un coup de tonnerre dans un ciel trop sombre. Ce « rien » exprimé par Akufo-Addo aux journalistes ne signifie ni plus ni moins que le Mali a refusé tout diktat de la Cédéao et donné un avertissement sérieux à la France qui tient les rênes de cette institution sous-régionale et qui instrumentalise autant qu’elle le peut la souffrance et les amertumes de ses ex-colonies.



Par Mohamed Sacko

Journaliste
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