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Controverses autour de la nouvelle attribution des logements sociaux : La démission du Ministre Kamena s’impose
Publié le samedi 7 mai 2022  |  Nouveau Réveil
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© aBamako.com par FS
Conseil de cabinet du nouveau gouvernement de Transition du Dr Choguel Maïga
Bamako, le 13 juin 2021. Le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, a présidé son premier conseil de cabinet, le dimanche, à la primature avec tous les membres de son nouveau gouvernement réunis au grand complet.
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Aussitôt publiée, la liste des bénéficiaires des nouveaux logements sociaux de Bamako suscite encore de vives polémiques liées notamment à la qualité de certains bénéficiaires. Et le débat fait rage sur les réseaux sociaux où ils sont très nombreux ceux qui conseillent au Président Assimi Goïta, la démission du Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du Territoire et de la Population, M. Bréhima Kamena ; en même temps, l’annulation pure et simple de cette seconde liste qui n’honore pas le gouvernement de transition puisque ne reflétant aucune des valeurs du Mali Kura (un Mali nouveau).

Après une première attribution controversée de la 2ème tranche des 12.566 logements sociaux, en février dernier, le gouvernement malien de la transition a publié une nouvelle liste des bénéficiaires des logements sociaux, à travers un décret signé le 27 avril 2022. Cette nouvelle liste est le travail d’une nouvelle commission d’attribution installée après un scandale, lors de la première attribution, jugée frauduleuse par des faits de favoritisme, de corruption et de trafics d’influence, avec des hauts cadres tapis dans les sphères de la transition.

Ministre de l’Habitat –Commission d’attribution : même odeur

Lors de la première attribution des logements sociaux, les maliens ont été stupéfaits de découvrir parmi les bénéficiaires des noms des ministres du gouvernement, des enfants de ministres, des directeurs, des hauts cadres, des épouses et des proches familles des membres du gouvernement de transition dont une fille du PM Choguel. Mais le gouvernement avait réfuté toute implication dans ce scandale et s’est dédouané par la dissolution de la commission d’attribution en place, au moment des faits.

Avec cette nouvelle distribution, aujourd’hui encore, c’est le même refrain et la même rengaine. Les Maliens qui s’attendaient à une seconde attribution transparente et moins partisane des nouveaux logements sociaux de Bamako, découvrent une autre forme de favoritisme. Et jusqu’à présent, les populations croient à un partage de gâteau des maîtres actuels du pays, surtout que des personnes n’ayant jamais postulé pour les logements sociaux se retrouvent sur la liste d’attribution.

Depuis la publication de la nouvelle liste, le 27 avril dernier, la polémique ne cesse d’enfler. Et cela parce que la liste est encore «truffée d’irrégularités». Des chômeurs et des mineurs obtiennent des logements au détriment des honnêtes travailleurs qui ont postulé pour assurer un toit à leurs familles.

Pire, sur 2.218 logements attribués lors de la premières fois, on retrouve 1.993 logements sur la nouvelle liste, soit 225 maisons non attribuées et sans aucune justification. Une situation qui prouverait que lesdits logements ont été attribués, en catimini, aux mêmes personnalités qui avaient pourtant criées haut et fort d’être sur la nouvelle liste, quel que soit l’issue des travaux de la nouvelle commission. Une manière pour ces disciples du M5 de narguer les maliens.

Plus grave encore, on découvre sur la liste qu’il y a plusieurs dizaines de bénéficiaires de logements qui n’ont pas de récépissé de dépôt en réalité. Aussi, on découvre l’irrégularité d’une attribution sous un numéro appartenant à une personne : le numéro 35.243 au nom de Fatoumata Traoré est collé à Mohamed Ousmane Kanté. Et comble du favoritisme dans la nouvelle attribution des logements sociaux de Bamako, le ministre Bréhima Kamena en charge de l’Habitat octroi une fois de plus, un logement social à sa seconde épouse du nom de Awa Dembélé, qui avait bénéficié une première fois un logement sous le numéro 1.904 et maintenant sous le numéro 13.482.

Comme l’a dénoncé un confrère, «cela ne peut se faire dans un pays sérieux lorsqu’il s’agit de résultats de compétition…» Ce qui nous met en face de probables délits de faux et usage de faux, usurpation de titre… Des irrégularités qu’on ne peut malheureusement pas imputées à de simples «erreurs indépendantes de la volonté» des membres de la commission d’attribution. Des pratiques inimaginables dans une République où le Chef du gouvernement clame sur tous les toits que le changement est inéluctable et que les autorités de la transition ne sont animées que du seul désir de refondation de l’État afin de bâtir le Mali Kura sur des valeurs.

La nouvelle attribution des logements sociaux de Bamako est malheureusement jugée scandaleuse dans presque toutes les couches socioprofessionnelles où on exige l’annulation pure et simple de la liste rendue publique. Pis, ils sont nombreux ceux qui souhaitent aujourd’hui, la démission du ministre Bréhima Kamena et la révocation de ceux qui sont dans la procédure d’attribution des logements sociaux.

En tout cas, ce «scandale» qui fait le buzz sur les réseaux sociaux depuis le 27 avril dernier, donne raison à ceux qui pensent qu’il faut forcément «passer par un nettoyage complet et profond de nos institutions».

Face à ce scandale autour de la liste des bénéficiaires, pour la transparence et l’esprit de Mali Kura, ces attributions doivent être tout simplement annulées. Et cela d’autant qu’elles entament sérieusement la crédibilité des autorités de transition dans leur volonté de changement. Et, déjà, il est clair est que le soupçon de magouilles a semé le doute dans la tête de ceux qui croient à la nécessité du changement et qui avaient aveuglément confiance aux autorités en place.

Les mêmes causes produisent, les mêmes effets

Décidément, le Mali kura tant attendu ne peut se construire sur ce genre de favoritisme à ciel ouvert. L’attribution des logements sociaux au Mali n’a jamais connu un tel scandale. En écartant un régime pour des erreurs commises, l’on se doit de tout faire pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs. Malheureusement, nous assistons à tout le contraire. Cet événement prouve que l’avenir demeure tout sombre.

Le Ministre de l’Habitat du gouvernement de transition, M. Bréhima Kamena, doit systématiquement démissionner, car la liste des bénéficiaires ne peut être publiée sans être associée à la procédure. Le Président de la transition doit diligenter une enquête, situer les responsabilités et mettre les auteurs devant les juridictions. Une nouvelle commission doit être mise en place et rattachée directement à la conseillère spéciale chargée des actions sociales du Président de la transition pour permettre à ce dernier d’y voir clair, car c’est son image qui est en jeu. Cette nouvelle attribution, encore frauduleuse, fait perdre tout espoir permettant de refaire le Mali. Si IBK a été taxé de “ma famille d’abord“, certains ministre du gouvernement de transition, eux, pensent à “leur camp d’abord“.

En jetant, en pâture le département en charge de l’Habitat, à ses pots et en attribuant frauduleusement pour une seconde fois un logement social à sa deuxième épouse, Bréhima Kamena, a au fil des jours, nourrit l’hostilité des maliens à son endroit. Mais surtout, celle de ses collègues, qui n’hésitent plus à réclamer sa démission, jugée salutaire pour le secteur de l’Habitat de notre pays, désormais, en voie de « sous-développement ».

« Après toutes ces imprudences, commises à tort ou à raison dans ce dossier, le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, des Domaines, de l’Aménagement du Territoire et de la Population doit avoir le courage de rendre le tablier. Ne serait-ce que pour le salut de son âme ».

En colère, un haut responsable du ministère chargé de l’Habitat –qui a requis l’anonymat –passe, outre la solidarité collégiale, pour fustiger ce qu’il appelle, volontiers, les « inepties de Kamena dans l’attribution des logements sociaux ». Et d’ajouter, avec un sourire crispé : « Nous espérons qu’il le fera, avant que d’autres scandales n’éclatent au sein de son département ».

Bref, en quelques jours, l’un des ministres « le plus sollicités » de la transition est passé de la grâce à la disgrâce. Du statut de « sauveur » de l’urbanisme à celui de « saigneur » de l’habitat. Et sans transition, aucune.

Même au sein de l’attelage gouvernemental, certains ministres n’hésitent plus à prendre leur distance, vis-à-vis d’un homme, devenu, subitement, encombrant. Le Collectif des demandeurs de logements sociaux a mis sa tête à prix. C’était, à la faveur d’une conférence de presse pour dénoncer les multiples violations dans le processus d’attribution des logements sociaux. Et ce n’est qu’un début.

La disgrâce…

En confiant le département en charge de l’Habitat à Bréhima Kamena, le Président de la transition, était loin d’imaginer le pire. La preuve : de la nomination de M. Kamena à la tête de ce ministère à aujourd’hui, les irrégularités se succèdent. Alternant, parfois avec les youyous des casseroles. Une addition trop salée pour celui en charge du département de l’Habitat.

Pour certains proches du Ministre Kamena, il est victime d’une campagne, lancée par des hommes politiques, décidés à s’abotter la transition. Ceux ci, indiquent nos interlocuteurs, auraient débloqué plusieurs dizaines de millions de nos francs pour lancer ce qu’ils appellent une « campagne anti-transition et anti- Kamena ».

En attendant la preuve de cette affirmation, la démission du ministre chargé de l’Habitat revient au devant de l’actualité. Sans tambour, ni trompette. Déjà, après l’annulation de la première liste des bénéficiaires des logements sociaux, le président de la transition aurait eu un « dialogue très corsés » avec son ministre.

« Pour la première fois, je l’ai vu très remonté contre le ministre qu’il considère, du reste, comme un homme de confiance au sein du gouvernement », rassure notre source, qui précise, au passage, que c’est le signe d’un désaveu cinglant.

Bref, tout se passe, aujourd’hui, comme si le super-ministre de l’Habitat est devenu persona non gratta.

De l’avis de nos interlocuteurs, il n’est ni en odeur de sainteté avec ses collègues, ni avec le président Assimi, son employeur.

Pour les uns comme les autres, Brehima Kamena n’a plus le choix : ou il rend son tablier, ou il sera démis de ses fonctions. Car, disent-ils, trop c’est trop !

En politique comme à la guerre, l’erreur ne se pardonne guère. Elle se paie chère. Très chère.

Jean Pierre James
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