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Mali: une nouvelle donne régionale après l`échec de la rébellion touareg
Publié le dimanche 1 juillet 2012   |  AFP




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Aussi fulgurante que son ascension, la défaite
de la rébellion touareg du MNLA au Nord-Mali témoigne de son incapacité à
s'ancrer sur un territoire labouré par des islamistes motivés: une nouvelle
donne qui, pour les experts, rend très risquée une intervention militaire.
Né fin 2011, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA)
était pourtant considéré comme le grand bénéficiaire du coup d'Etat militaire
du 22 mars contre le régime d'Amadou Toumani Touré. Il se présentait lui-même
comme un "rempart" contre Al-Qaïda au Maghreb (Aqmi), cherchant à s'attirer
les sympathies d'un Occident inquiet face à la menace terroriste.
Comment ce mouvement d'enfants du pays, héritiers d'une longue tradition de
luttes indépendantistes, a-t-il pu être chassé de ses terres en quelques mois,
jusqu'à la déroute cinglante de jeudi avec la chute de son quartier général de
Gao ?
Le chercheur Pierre Boilley, directeur du Centre d'études des mondes
africains (Cémaf) à Paris, avance plusieurs explications, dont "l'existence de
courants antagonistes au sein du MNLA" et l'incapacité des touareg à fédérer
"l'ensemble des populations du nord, notamment les arabes et les songhaï".
"La crise en Libye, qui a fourni hommes et armes aux factions armées du
Nord-Mali (MNLA comme islamistes), a précipité le déclenchement de la
rébellion sans que le projet du MNLA pour un Etat indépendant au Nord soit
très abouti", ajoute-t-il.
Pour l'islamologue Mathieu Guidère, les combattants du MNLA "se sont
démobilisés après la prise des grandes villes" alors que les islamistes locaux
d'Ansar Dine, commandés par le charismatique leader touareg Iyad Ag Ghaly,
"ont labouré le terrain, restauré l'ordre dans les villes, rassuré les
commerçants".
Et Ansar Dine, relèvent les chercheurs, a continué "à revevoir un soutien
logistique et financier", notamment de personnalités en Arabie Saoudite et en
Algérie, alors que le MNLA s'isolait par sa déclaration unilatérale
d'indépendance de l'Azawad.
La situation est aujourd'hui "plus claire au nord qu'au sud du Mali. Le
Nord est clairement contrôlé par des islamistes, avec un groupe dominant qui
est Ansar Dine", affirme Mathieu Guidère.
"Avec Aqmi et Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de
l'Ouest, groupe dissident d'Aqmi), ils se sont mis d'accord il y a deux mois
sur une plateforme commune, pour l'instauration d'un Etat islamique au
Nord-Mali", dit-il.
L'islamologue explique que les liens hierarchiques entre eux sont très
codifiés: "les islamistes du Nord-Mali ont reconnu Iyad Ag Ghaly comme le
maître du territoire. Ce qui signifie que les responsables d'Aqmi comme
Mokhtar Belmokhtar ou Abou Zeid ont fait allégeance à Ghaly".
Pour le spécialiste des mouvements islamistes Dominique Thomas, de l'Ecole
pratique des hautes études en sciences sociales (EHESS), "Aqmi a effectivement
trouvé un sanctuaire dans la zone controlée par Ansar Dine". Mais il souligne
que les membres d'Aqmi "sont eux-mêmes implantés depuis des années, ont noué
des liens avec les habitants à travers leurs trafics et des mariage".
Face à cette "nouvelle donne", la communauté internationale est hésitante.
Réunis vendredi à Yamoussoukro, les dirigeants d'Afrique de l'Ouest ont à
nouveau exhorté le conseil de sécurité de l'ONU à autoriser l'envoi d'une
force au Mali. Mais ils ont aussi réitéré leur préférence pour la négociation.
Les Etats-Unis, qui emboitent généralement le pas à la France sur ce
dossier, ont aussitôt mis en garde contre une "entreprise très lourde". A
Paris, on attend des Etats africains qu'ils définissent clairement le cadre et
les objectifs d'une telle intervention.
Les experts relèvent aussi les divisions régionales, l'Algérie étant
tradionnellement très hostile à toute intervention, contrairement au Nigeria
ou à la Côte d'Ivoire, et jugent qu'une intervention militaire est très
risquée.
Elle serait vécue au Nord "comme une occupation par des troupes étrangères"
et au Sud comme "une sorte de mise sous tutelle", relève Mathieu Guidère. "Si
Ansar Dine est vaincu, les islamistes vont rejoindre Aqmi. Cela ne fera que
gonfler les rangs d'Aqmi de façon terrifiante", estime-t-il.
Reste aussi "une inconnue", pour Pierre Boilley: "la capacité ou pas du
MNLA de préparer une contre-offensive".

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