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Retour à l’ordre constitutionnel : Et si les Maliens veillaient à ce que la gouvernance vertueuse du pays ne soit plus négociable ?
Publié le jeudi 25 juillet 2024  |  Le Matin
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© aBamako.com par MS
Référendum sur la nouvelle Constitution : Vote du premier ministre Dr Choguel Maiga
Bamako 18 juin 2023. Le premier Dr Choguel Maiga à voté à l`école sacré cœur de Bacodjicoroni
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Une électrice vote lors du scrutin présidentiel au Mali en août 2018
De nos échanges avec des compatriotes, à de presque toutes les couches socioprofessionnelles du pays, il est apparu une appréhension voire une crainte que le retour à l’ordre constitutionnel ne sonne aussi celui à la case-départ de tous les maux dont on espère pouvoir débarrasser notre pays pour fonder le Mali Kura de l’après transition. Au finish, il revient aux Maliens d’agir en bouclier protecteur des acquis, surtout politiques, de cette transition en veillant à ce que le pouvoir ne retombe jamais dans les mains d’un clan qui va l’utiliser pour ses propres intérêts et non pour répondre aux préoccupations de ce peuple qui a presque souffert avec tous ceux qui se sont succédés dans ce pays.

Redonner confiance aux Maliens en apportant des solutions concrètes à leurs problèmes tout en posant des actes pour renforcer la refondation qui a exigé des Maliens une résilience au prix de la prunelle de leurs yeux ! C’est ce que nous devons attendre du prochain président de l’après transition. Le prochain pouvoir civil saura-t-il alors consolider la souveraineté retrouvée et les retombées des réformes liées à la refondation afin que la résilience qui a valu aux Maliens tant de sacrifice ne soit pas vaine ?


Qu’on l’exprime ou non, la question taraude tous les esprits. Et cela d’autant plus que la classe politique malienne semble être seulement braquée sur le retour aux affaires sans donner de gage d’une rédemption favorable à l’instauration et à la perpétuation d’une gouvernance vertueuse. Et puisque nous ne pourrons pas non plus indéfiniment rester dans cette période transitoire et que le retour à l’ordre constitutionnel est irrémédiable, quel que soit le temps que cela va prendre, il revient plutôt aux Maliens de s’engager, de se battre pour éviter tout retour à la case-départ rendant vains les sacrifices consentis pour que leur pays soit gouverné autrement afin de ne plus se retrouver au bord du chaos.


A qui passé le témoin sans compromettre les sacrifices consentis pas les Maliens au nom de la refondation est sans doute aujourd’hui une grande préoccupation du président Assimi Goïta
Cela nous renvoie à une citation du célèbre Victor Hugo selon laquelle «quand le peuple sera intelligent, alors seulement, le peuple sera souverain». Nous, Maliens, sommes-nous capables de nous élever à cette hauteur pour ne plus laisser les politiciens gérer ce pays comme ils l’entendent ? Pas évident pour tout le monde. «Malheureusement les politiques qui se plaignent aujourd’hui ont tout fait dans les 30 dernières années pour dégrader la qualité de l’éducation du peuple», déplore un cadre dans un débat initié sur la question sur les réseaux sociaux. «Les élèves et étudiants d’hier sont les jeunes et adultes d’aujourd’hui. Avec la médiocrité de l’enseignement dispensé, plusieurs générations de citoyens ont été sacrifiées et ne sont ni moralement ni politiquement formées pour s’ériger en garde-fous contre la médiocrité institutionnalisée qui a conduit le pays au bord du précipice», explique-t-il.

S’oublier au profit de l’intérêt général

Pendant ce temps, déplore notre interlocuteur, «ils ont taillé sur-mesure les impôts pour les entretenir avant (aide aux partis politiques), pendant (salaires et émoluments exagérés des dirigeants) et après le pouvoir à travers les cabinet d’anciens présidents et Premiers ministres, des primes et indemnités d’anciens dirigeants» ! Même l’armée n’aurait pas été épargnée tout ayant été mis en œuvre pas des décideurs de la démocratie pour faire baisser son niveau intellectuel, matériel et stratégique. «En réalité, nous faisons face à leurs produits finis, militaires et civils», déplore-t-il.

Pour d’autres, c’est possible. Mais, il faut accepter de trimer. «Les solutions sont là, mais les gens ne veulent pas les utiliser car ils bénéficient de ces avantages ou espèrent en bénéficier dans un futur proche», déplore un autre intervenant. A son avis, les solutions sont, entre autres, un sérieux investissement dans l’éducation et la formation professionnelle avec une réorganisation réfléchie du système ; la suppression des institutions inutiles ou une fusion de celles qui peuvent réellement contribuer à l’émergence socio-économique du pays ; la surpression ou la diminution drastique des avantages démesurés des institutions de la République (véhicules, carburant, autres dotation sans oublier les primes) ; une meilleure répartition des ressources de l’État, qui doivent être investies au lieu de ne servir qu’à entretenir les dirigeants… «En gros, il faut faciliter l’accès à l’école et aux universités pour les générations actuelles afin de garantir un avenir meilleur au Mali. Cela est un défi énorme car les riches font tout pour limiter l’accès à l’éducation de qualité aux enfants de pauvres en envoyant leurs enfants dans les meilleures Écoles ici ou à l’extérieur afin que la situation reste inchangée», dénonce-t-il. Pour, lui l’élection d’un vrai économiste intègre et visionnaire à la tête du pays pourrait nous mettre à l’abri d’une toute surprise désagréable.

Mais, à notre avis même avec le plus intègre et le plus compétent des économistes ne pourra pas barrer la route aux prédateurs politiques sans un ancrage institutionnel solide et surtout un engagement ferme du peuple à ne plus se laisser traiter un bétail électoral dont les préoccupations et les attentes ne comptent plus une fois la page des élections tournées. Dans un entretien sur les difficultés à surmonter pour toujours gouverner dans le sens des préoccupations du peuple, les anciens présidents Abdou Diouf du Sénégal et Alpha Oumar Konaré du Mali ont démontré comment un chef d’Etat peut facilement se retrouver esseulé en voulant coûte que coûte s’opposer à certains intérêts…

«Nous avons suivi les ajustements structurels du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) qui ont été catastrophiques. Ils nous ont conduit, sous couvert de privatisation, à des liquidations de sociétés et entreprises ainsi qu’à brader certains avoirs nationaux, à l’affaiblissement de la Fonction publique dans un pays fragilisé par les conflits… Si nous voulions affronter ces organisations internationales et ses multinationales pour par exemple négocier le prix de l’or ou du coton, il nous fallait un consensus national. Quand il y a eu des velléités, nous avons senti que cela pouvait conduire à la limite jusqu’à la chute du régime», a rappelé AOK qui a dirigé le pays du 8 juin 1992 au 8 juin 2022.

Gouverner dans la douleur et l’incompréhension du peuple ! Cela est aussi une triste réalité de l’exercice du pouvoir. Et seule la maturité politique du peuple peut réellement aider le président dans ce sens comme nous l’avons récemment vu en Bolivie où les citoyens ont envahi les artères pour faire échouer une tentative de putsch. Cela suppose que les Maliens ne se laissent plus manipuler par des discours et désormais privilégient la patrie aux dépens d’un homme ou d’un clan.

Que faut-il alors faire ?

Nous devons enfin apprendre à sanctionner les décideurs politiques incompétents et irresponsables dans les urnes. Les Maliens doivent désormais apprendre à utiliser le bulletin de vote comme une arme pour sanctionner ou manifester leur dépit politique. Comme l’a commenté un observateur politique du pays, après les législatives françaises et les élections européennes, «tu vois la démocratie en France. Soit tu t’occupes des vrais problèmes du peuple, soit tu perds. Je pense que c’est fini pour Macron. Les Français en ont marre de sa politique et l’ont sanctionné dans les urnes. Fin de l’histoire».

Prendre conscience que le bulletin de vote est l’une des armes les plus efficaces pour parvenir au changement espéré, ce serait déjà un pas important dans la consolidation de notre démocratie. C’est aussi une condition sine qua non pour imposer aux pouvoirs politiques une gouvernance vertueuse. Il est donc temps que nous, Maliennes et Maliens, utilisons notre droit de vote comme un vrai et efficace acte citoyen permettant de choisir des dirigeants capables de s’élever au-dessus des intérêts personnels et d’autres considérations partisanes conduisant à la mal gouvernance, pour se hisser à la hauteur des attentes et de préoccupations du peuple.

«Quand le peuple sera intelligent, alors seulement, le peuple sera souverain», a écrit Victor Hugo dans «Littérature et philosophie mêlées». L’intelligence c’est de comprendre que le bulletin de vote est une arme redoutable entre nos mains pour manifester notre dépit, nos déceptions, nos désillusions… C’est une arme pour éradiquer la médiocrité et contraindre ceux à qui nous confions la gestion de nos villes, de nos régions et de notre pays à s’inscrire toujours dans la logique d’une gouvernance vertueuse. Vous allez dire sans doute que le vote ne sert à rien dans nos pays où le verdict est tout autre sauf le résultat du suffrage réellement exprimé par le peuple.

Et même à cela, on peut mettre fin. N’oublions pas que le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) est né de la contestation des résultats des législatives de 2019 injustement validés par la Cour constitutionnelle. Cette fronde a donc précipité la chute du régime de feu Ibrahim Kéita. Autant il est utile de voter, autant il est important de se battre pour défendre le vrai verdict des urnes.

L’intelligence, c’est de voter en âme et conscience, sans se laisser influencer par l’argent ou d’autres considérations matérielles, et aussi être déterminé à barrer la route à la fraude électorale et au vol du suffrage réellement exprimé par le peuple. C’est cette volonté qui doit désormais guider l’électeur malien dans le Mali Kura. Ce n’est pas le même Victor Hugo qui écrivait aussi (Les Misérables), «il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action» ?

Moussa Bolly

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