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Le carburant, nerf de la guerre au Mali : Le blocus djihadiste, vengeance du renseignement manqué
Publié le jeudi 20 novembre 2025  |  L’Inter de Bamako
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Le Mali est confronté à une escalade stratégique et brutale: le blocus de l'approvisionnement en carburant, orchestré par les Groupes armés terroristes (GAT), est une riposte cinglante aux efforts du gouvernement pour les assécher. Ce n'est plus une simple bataille militaire, mais une guerre économique et psychologique où chaque litre d'essence devient un enjeu vital. Face à ce défi, une question lancinante se pose: les services de renseignement maliens, en optant pour l'interdiction frontale, ont-ils raté l'occasion d'une manœuvre stratégique plus dévastatrice, permettant aux terroristes de transformer une mesure défensive en une offensive nationale paralysante ?

La riposte djihadiste: une vengeance pour un manque à gagner
La crise actuelle de la pénurie de carburant au Mali n'est pas un phénomène aléatoire. Elle est la conséquence directe d'une série de mesures prises par les autorités maliennes pour couper le flux logistique vital des Groupes armés terroristes (GAT).

A. Le contexte de l'interdiction
Pour contrer la mobilité des terroristes, le gouvernement malien a donné des instructions claires:
- Interdiction aux Stations-Service de fournir du carburant aux relais des GAT.
- Mesures Régionales Spécifiques:
Dans la région de Bandiagara, notamment, le gouverneur et les préfets ont agi pour couper concrètement cette chaîne d'approvisionnement.

B. La réaction des GAT: Le blocus, réponse du berger à la bergère
L'effet a été immédiat et violent, illustrant la dépendance des GAT à cet «or noir» et leur capacité de nuisance.
La menace terroriste se traduit par une déclaration de guerre économique: «Vous nous avez dit que nous n’aurons pas de carburant, alors vous ne l’aurez pas non plus».
Cette réplique ne vise plus l'Armée seulement, mais l'ensemble de la population et l'économie, transformant la pénurie locale des terroristes en une paralysie nationale : plus d'approvisionnement, inflation des prix, arrêt du transport des travailleurs et des élèves. L'objectif est double: punir l'État et inciter au soulèvement populaire par l'asphyxie économique.

Le dilemme du renseignement: force brute contre stratégie réfléchie
La démarche des autorités maliennes, bien qu'animée par le «cœur» et la «force du pouvoir» (le courage de l'interdiction), pourrait révéler un manque de finesse stratégique dans l'exploitation du renseignement.

Le piège de l'interdiction frontale
Il est indéniable que l'interdiction est une action simple, rapide et nécessaire. Cependant, en agissant par interdiction sèche, les services de renseignement ont peut-être brûlé leur cartouche la plus précieuse: la surprise.
- Le renseignement figé: L'interdiction a averti les Groupes armés terroristes (GAT). Elle a obligé les relais à changer de mode opératoire, mais elle n'a pas permis d'exploiter le réseau existant. Les relais, face à l'interdiction, ont cessé d'opérer, coupant la trace des flux et la possibilité d'y remonter.

L'alternative stratégique: La filature et le démantèlement
La sagesse stratégique suggère que, face à une situation complexe, les solutions doivent être réfléchies et commandées par la raison, non par l'émotion de l'urgence.
- Le plan de filature: Au lieu d'une interdiction générale, une stratégie de filature et de surveillance accrue des relais (les «yeux et les oreilles» des GAT en ville) aurait pu être mise en œuvre.
- Le jackpot du renseignement: Une filature nocturne des véhicules de ravitaillement aurait pu:
1. Identifier et démanteler plusieurs bases terroristes dans les brousses.
2. Arrêter des chefs terroristes ou des figures importantes des réseaux logistiques, non seulement au Mali mais dans toute l'Alliance des États du Sahel (AES).
3. Cartographier les réseaux financiers et les sources d'approvisionnement des GAT.
L'interdiction a permis de gagner une bataille défensive temporaire (couper l'approvisionnement immédiat), mais la filature aurait pu mener à une victoire stratégique (démanteler le réseau) en utilisant les Groupes armés terroristes (GAT) eux-mêmes comme des balises vers leurs propres bases.

Appel à une nouvelle stratégie de renseignement
Le Mali, par sa bravoure militaire, ne doit pas négliger l'arme du renseignement.
La crise du carburant est une leçon amère: dans cette guerre asymétrique, le terroriste cherche la confrontation facile et la réaction prévisible.
Les autorités maliennes, sans dicter aux officiers supérieurs leur conduite, sont invitées à intégrer davantage de manœuvres d'infiltration et de filature dans leur arsenal. L'opinion publique, asphyxiée par ce blocus, doit comprendre que la guerre contre le terrorisme est avant tout une guerre de l'information et de la patience stratégique.
Il est temps de passer de l'interdiction visible à la surveillance invisible et dévastatrice, afin de frapper les Groupes armés terroristes au cœur de leur logistique et de leurs commandements, rétablissant la paix non seulement dans les stations-service, mais dans les esprits de tous les Maliens.
A.K.D


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