Le Mali est au bord du précipice, pris en étau entre un terrorisme audacieux et un front politique de plus en plus fracturé. Alors que le blocus djihadiste paralyse l'économie nationale, des voix s'élèvent pour dénoncer une forme républicaine menacée, réactivant les vieilles lignes de faille qui ont historiquement ébranlé Bamako. La résilience de la nation est mise à rude épreuve: l'Armée a-t-elle sous-estimé les prophéties de malheur, ou est-elle victime d'une stratégie de déstabilisation dont la brutalité dépasse l'entendement?
La double menace: blocus djihadiste et appel à la désobéissance civile
La situation actuelle du Mali se caractérise par une convergence dangereuse de crises.
D'une part, les groupes terroristes armés et leurs soutiens (GAT) ont nettement intensifié leur stratégie, passant de l'attaque ciblée au véritable blocus économique.
D'autre part, cette pression sécuritaire et sociale est exploitée par une opposition interne pour justifier un appel à la désobéissance civile, au motif que la «forme républicaine» du Mali serait compromise par le régime militaire en place.
Le blocus, fer de lance du djihad économique
L'information est claire: le blocus vise directement l'importation de carburant, mais ses conséquences sont un véritable blocus de la vie nationale.
1. Paralysie économique et sociale: La pénurie de carburant assèche les maillons essentiels de l'économie. L'approvisionnement des villes et villages s'interrompt, les marchés s'effondrent, et la vie quotidienne est désorganisée : travailleurs et élèves peinent à se rendre à leurs bureaux ou à l'école.
2. Stratégie de rupture: En ciblant le citoyen et les services de base, l'objectif des Groupes armés terroristes (GAT) est manifeste: mettre le gouvernement malien et les populations à dos. L'incapacité de l'État à assurer la fluidité de la vie courante crée un terrain fertile à la grogne et à la défiance vis-à-vis des autorités.
La faiblesse historique de l'arrière: quand l'opposition sonde les limites
L'appel à la désobéissance civile par des opposants, justifié par la «crise multiforme», intervient dans un contexte historique lourd.
- Le syndrome des coups d'État: Il est établi que partis politiques et syndicats se sont trouvés mêlés à la quasi-totalité des coups d'État au Mali depuis 1991. Cet historique alimente la méfiance du pouvoir en place et souligne une fragilité institutionnelle chronique où les alliances politiques peuvent rapidement basculer vers la subversion.
- La forme républicaine comme cheval de bataille: La Constitution malienne, comme d'autres, interdit de remettre en cause sa forme républicaine. Les opposants utilisent ce principe fondamental pour légitimer leur action contre un régime militaire qui, par sa nature même et son caractère transitoire, est perçu comme une menace intrinsèque à cette forme républicaine.
L’armée malienne face au défi de la vigilance et de la désinformation
L'évolution de la menace terroriste pose la question de l'anticipation et de l'analyse stratégique des forces armées maliennes (FAMa).
A. Les «signes avant-coureurs» des cassandres étrangères
Il y a quelques mois, des médias français de prédication (terme utilisé par la partie adverse pour désigner les médias occidentaux critiques) avaient annoncé:
- La chute prochaine d’un État de l'AES (Alliance des États du Sahel) aux mains des GAT.
- Le mouvement des groupes terroristes vers les frontières des trois pays (Mali, Mauritanie, Sénégal) avec un risque d’attaques de grande envergure.
B. Le Risque d'une Vigilance Manquée
Ces annonces, souvent perçues par le régime de Bamako comme de l'ingérence ou de la désinformation, pourraient avoir été sous-estimées.
- Analyse minimisante: Il est possible que les informations, même émanant de sources perçues comme hostiles, n'aient pas été suffisamment analysées ou aient été «simplement minimisées» par un régime jaloux de sa souveraineté , déjà en rupture diplomatique.
- Coïncidence fatale: Le blocus actuel et l'intensification des attaques pourraient confirmer a posteriori la justesse des alertes lancées. L'Armée du Mali aurait-elle manqué de vigilance, permettant aux GAT de mettre en place cette stratégie de blocus avant que Bamako ne puisse réagir adéquatement ? Cette question est cruciale pour évaluer l'efficacité de la nouvelle stratégie sécuritaire du pays.
La crise, un test ultime pour la nation
La conjugaison de ces facteurs, l'étouffement économique par le blocus djihadiste et la pression politique de l'opposition au nom de la forme républicaine-place le gouvernement malien dans une position extrêmement délicate.
Le dilemme est de taille: comment restaurer la sécurité et l'approvisionnement des populations sans apparaître comme vulnérable ou, pire, sans donner raison aux opposants et aux Cassandre qui annoncent la déstabilisation régionale ?
La réponse à cette crise sera un test ultime pour la capacité du Mali à se préserver contre les agressions externes (terrorisme) et les fractures internes (politiques). Le succès ou l'échec des Forces armées maliennes (FAMa) à briser le blocus sera déterminant non seulement pour la survie du régime, mais aussi pour l'avenir socio-économique et la stabilité à long terme de la République malienne.
A.K.D