«Le sens moral est plus important que l’intelligence, quand il disparaît d’une nation, ce sont toutes les structures qui s’effondrent». Au Mali, la recherche effrénée du gain facile prévaut sur les valeurs d’honneur, de dignité et de solidarité qui caractérisaient notre société. C’est sous la IIIe République que les démocrates sincères ont, par décision du ministre des Finances, autorisé l’octroi de marchés de gré à gré jusqu’à 250 millions de francs CFA; alors que sous le dictateur c’était limité à 10 millions: la démocratie est devenue, en plein midi un festival de brigands. Dans un tel contexte s’arrête la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire; le pouvoir n’arrêtait plus le pouvoir pour éviter les abus. Les institutions deviennent des coquilles vides.
Après le coup d’État contre Mamadou Tandia du Niger, le président Amadou Toumani Touré (ATT) a dit, à juste raison, que c’est le mauvais fonctionnement des institutions qui entraîne les coups d’État. Avec la IIIe République, l’État du Mali ne fonctionne que pour les tenants en fait son fonds de commerce. Cela n’ayant plus suffi à l’appétit des tenants du pouvoir, ils ont versé dans le déni total de toute éthique et déontologie d’une bonne gouvernance à travers: le développement de la corruption à cause de l’impunité érigée en mode de gouvernance; l’impunité entraîne automatiquement la perte d’autorité de l’État.
Pour qu’il y ait autorité, il faut sanctionner la faute et récompenser le mérite; cette déliquescence de l’État malien explique en partie la pratique démocratique dans la lettre mais sans l’esprit, d’où le détournement du peuple des élections marquées par l’achat de conscience d’une part, et la non-tenue des engagements électoraux d’autre part; les politiciens maliens s’appauvrissent en faisant des promesses et s’enrichissent en ne les tenant pas; le fonctionnement mafieux de l’État en collusion avec les narcotrafiquants et djihadistes spécialistes de la traite d’otages occidentaux:
● Rapports avec AQMI et les narcotrafiquants
Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) n’est que les troupes salafistes qui se sont réfugiées au Mali sous la pression de l’armée algérienne. De 2002 à 2012, l’État malien a composé avec ces narcotrafiquants et preneurs d’otages occidentaux, à travers un accord tacite de non-agression avec les djihadistes d’AQMI, ce qui a entraîné la détérioration des rapports du Mali avec la Mauritanie, l’Algérie, la France.
Des années durant, la Mauritanie a fait face seule aux terroristes. Le Mali ne voulant pas combattre les terroristes a autorisé la Mauritanie à venir les chercher en territoire malien; ce qui explique des patrouilles de plusieurs de véhicules militaires mauritaniens qui circulaient au Mali. Cette Mauritanie aussi vaste que le Mali et cinq fois moins peuplée que le Mali a défendu l’intégrité de son territoire et préservé la sécurité intérieure au prix d’immenses sacrifices.
Pendant ce temps les autorités maliennes disaient que le Mali est trop vaste pour être sécurisé par les forces maliennes seules, comme si le Mali n’avait pas existé avant le 26 mars 1991. L’Algérie dont les ressortissants sont les membres d’AQMI a offert des moyens, dont le carburant, pour que le Mali chasse AQMI. Les Américains ont formé des commandos antiterroristes, mais les autorités maliennes n’ont pas bougé.
Pire, d’intermédiaire facilitateur, le Mali a basculé en complice des trafiquants d’otages ? Sinon comment expliquer que 10 ans durant tous les otages des djihadistes soient transférés au Mali. Que les terroristes prennent des otages en Tunisie, en Mauritanie, au Niger et en Algérie; ils les conduisent au Mali qui est leur bastion. Dix (10) ans durant, cela s’est passé au vu et au su des Maliens et du monde entier.
La France, dont les ressortissants pris en Mauritanie et au Niger étaient gardés au Mali, ne pouvait pas porter le pouvoir malien dans son cœur. C’est ainsi qu’en 2010, la France et la Mauritanie ont monté, en territoire malien, une opération militaire de sauvetage d’un otage français. Tout cela peut s’expliquer par l’absence de géostratégie dans la politique d’Alpha Oumar Konaré et ATT.
● Le Coup d’État du 18 août 2020:
Le 18 août 2020, des éléments des Forces armées maliennes (FAMa), regroupés au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), renversèrent Ibrahima Boubacar Keïta (IBK) et son régime désavoués et combattus par des forces vives de la nation rassemblées dans le Mouvement du 5 juin- Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), un conglomérat d’organisations de la société civile et de partis politiques, pour «parachever la lutte du peuple» et mettre fin à la répression sanglante que le pouvoir n’avait pas hésité à abattre sur les manifestants (notamment les massacres commis lors des journées des 10, 11 et 12 juillet 2020).
Suite à ce changement de régime qui réalisait la volonté populaire mais fut qualifié par elle de «coup d’État militaire», la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) annonça la suspension du Mali de toutes ses instances, avec toutes les conséquences, conformément à son «Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance».
L’Union africaine décida d’en faire de même en application de ses textes juridiques. Sous pression extrême de la CEDEAO et se trouvant dans un rapport de force très défavorable, les nouveaux détenteurs du pouvoir installèrent, par tactique, à la tête de l’État, le 25 septembre suivant, un homme très favorable aux intérêts de la France: Bah N’daw, ancien ministre de la Défense et, très précisément, le signataire, côté malien, de l’accord de la défense entre la France et le Mali du 16 juillet 2014 (base légale de l’opération Barkhane).
Dans le même esprit, ils nommèrent aussi, deux jours après, le 27 septembre 2020, aux fonctions de chef du gouvernement, Moctar Ouane, ancien ministre des Affaires étrangères (2 mai 2004- 6 avril 2011) sous la présidence d’Amadou Toumani Touré et fonctionnaire international malien précédemment en poste à la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine(UEMOA), et qui avait la sulfureuse réputation d’être le «Coursier de l’ambassadeur de France à Bamako». Dans ces conditions, la France avait le contrôle de la transition politique malienne.
Par le truchement de ces deux dirigeants et de la CEDEAO, avec l’appui de ses alliés occidentaux, elle empêcha la diversification de la coopération militaire du Mali, le renforcement de l’équipement de ses forces armées, partant la restauration de son intégrité territoriale et de son unité nationale, la paix et la sécurité des personnes et des biens.
C’est dans cet objectif que l’organisation communautaire régionale voulut imposer un calendrier objectivement intenable pour organiser et rendre effectif le retour à l’ordre constitutionnel par des élections régulières, transparentes et inclusives: pour une courte transition d’une durée de 12 à 16 mois maximum dans un pays en guerre, avec des zones occupées, une économie dévastée et des centaines de milliers de citoyens en position de réfugiés dans des États voisins ou de déplacés internes.
Pour satisfaire une exigence récurrente de la France et de la CEDEAO, le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane «dissolurent» officiellement le Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) par un décret cosigné le 18 janvier 2021 afin d’écarter du pouvoir les chefs militaires qui n’avaient pas fait allégeance à l’Elysée.
Ensuite, le président de la transition politique, Bah N’Daw, se rendit une première fois en visite en France du 27 au 29 janvier 2021 pour recevoir du président français, Emmanuel Macron, une feuille de route de gestion de la période transitoire au Mali.
Dans un second temps, le 17 mai 2021, à l’occasion du Sommet France-Afrique sur le financement des économies africaines tenu à Paris, le chef de l’État malien reçut du président Macron l’instruction ferme de limoger du gouvernement les ministres de la Défense (le colonel Sadio Camara) et de la sécurité (le colonel Modibo Koné), membres de l’ancien Comité national pour le salut du peuple (CNSP), alliés d’Assimi Goïta, vice-président de la transition chargé de la Défense et de la Sécurité, tous deux partisans résolus du renforcement de la coopération militaire avec la Fédération de Russie. Ce qui fut fait le 24 mai 2021, après son retour à Bamako, sans consulter ni même informer celui-ci.
Mais la riposte des chefs militaires patriotes et souverainistes fut immédiate. Peu après, Bah N’Daw et Moctar Ouane, installés depuis seulement neuf mois mais totalement soumis à la France, furent «demis de leurs prérogatives» par leur soin pour porter à la tête de l’État le colonel Assimi Goïta, qui était précédemment vice-président de la transition chargé de la Défense et de la Sécurité.
Le 7 juin 2021, il nomma Choguel Kokala Maïga, issu du Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), aux fonctions de chef du gouvernement.
Source: extrait de «Debout Afrique» (Diatrou DIAKITÉ)