Pour réellement amorcer son émergence économique et sociale, les autorités maliennes doivent cultiver un leadership malien par la preuve. Il est indispensable de renforcer la méritocratie des élites. Il ne s'agit pas d'imiter le PCC, mais de conditionner l'accès aux postes de responsabilité à la performance et à la rigueur.
Cela va certainement nécessiter la création d'une École nationale de gouvernance d'excellence (ENG) pour instaurer un concours d'entrée hypersélectif et une formation continue pour les futurs hauts fonctionnaires, administrateurs territoriaux, et cadres stratégiques de l'État (civils et militaires). Il faut remplacer le recrutement basé sur les réseaux ou les affiliations par un système basé sur la méritocratie pure. Cette école deviendrait le vivier officiel des postes de direction.
Les nominations aux postes clés (ministères techniques, directions générales, commandements militaires) devraient prioritairement émaner des diplômés de l'ENG ayant fait leurs preuves sur le terrain (évaluées par des indicateurs de performance stricts). Chaque cadre ou ministre nommé devrait signer un contrat de performance public avec des objectifs clairs et mesurables (réduction de la corruption, taux de réalisation de projets, indicateurs économiques, amélioration de la sécurité). Et l'échec à atteindre les objectifs fixés (sauf force majeure documentée) entraînerait une destitution automatique et publique. Cela injecte la responsabilité et la discipline du résultat au cœur de la gouvernance.
La création d'une Autorité indépendante des Grands travaux (AIGT) est aussi à envisager pour établir une agence technique composée d'experts (ingénieurs, financiers, planificateurs…) indépendants des cycles politiques, chargée de la supervision et du financement des grands projets d'infrastructure (énergie, routes transfrontalières, agriculture irriguée). L'AIGT garantirait que les projets vitaux, une fois lancés, ne s'arrêtent jamais, même en cas de crise ministérielle ou de transition politique. Mieux, qu’ils sont conformes au cahier des charges sur la base duquel les marchés ont été attribués.
Cela nous renvoie aussi à la réforme de la passation des marchés publics. À ce niveau, il faut simplifier drastiquement les procédures administratives (réduisant les opportunités de corruption) tout en augmentant la transparence et la traçabilité des fonds publics pour les projets d'infrastructures et d'équipement militaire. L’objectif étant d’accélérer l'exécution des dépenses stratégiques et de garantir que les fonds alloués à la sécurité ou à l'économie sont utilisés de manière optimale et rapide (la Chine agit rapidement).
En mettant en œuvre ces mesures, le Mali peut commencer à bâtir un État dans lequel les plus compétents sont aux commandes, et où les stratégies de long terme sont protégées des turbulences politiques.
A.K.D
Stratégie militaire sans ajustements impulsifs
La crise sécuritaire malienne est multidimensionnelle. Pour la vaincre, il faut un leadership militaire et politique d'une compétence et d'une rigueur absolue. La lutte contre le terrorisme et l'insécurité ne peut pas être menée avec des stratégies à court terme ou des ajustements impulsifs. Le Mali a besoin de leaders militaires sélectionnés sur des critères de mérite prouvé, d'intelligence stratégique et de discipline (à l'image des élites formées du PCC, mais adaptées aux réalités du combat) et non basés sur le favoritisme ou l'ancienneté simple.
Les postes de commandement ne doivent pas être des récompenses politiques, mais des responsabilités confiées aux plus compétents capables de planifier une victoire sur 5 à 10 ans, intégrant la dimension civile, informationnelle et militaire. L’analyse des causes fondamentales démontre que, dans le contexte malien et sahélien, vaincre militairement ne suffit pas. L'État doit immédiatement rétablir les services publics et administrer efficacement les zones reconquises. Cela exige une élite administrative formée et déployée sur le terrain, capable de résister à la corruption et d'assurer une justice rapide et équitable.
Cela d’autant plus que la sécurité passe par la gouvernance compétente. L'absence d'un État efficace dans les régions est le terreau de l'insécurité. La stabilité sécuritaire est intimement liée à la stabilité institutionnelle. Un Mali qui change constamment ses textes fondamentaux ou qui vit dans l'incertitude quant à l'organisation des pouvoirs est un État affaibli face à l'ennemi.
L'assainissement des fichiers de l'Armée et de l'Administration est aussi une impérieuse nécessité de nos jours. Cela nécessite de mener un audit rigoureux des ressources humaines de l'État pour identifier et révoquer les « agents fantômes », les fonctionnaires inactifs ou ceux dont l'incompétence est avérée, en particulier dans les zones de crise. Cela permettra de libérer des ressources financières pour mieux payer et valoriser l'élite compétente (civile et militaire) qui travaille réellement pour la nation.