Le régime de transition malien, dirigé par le Général d’Armée Assimi Goïta, est engagé dans une lutte existentielle qui dépasse le simple champ politique ou militaire. Il est au centre d'une guerre narrative intense, menée par des acteurs multiples (la France, les groupes jihadistes et les oppositions internes), qui tente de saper la légitimité du pouvoir en place en le coupant de l'Armée Nationale et du peuple. Pour survivre, le régime doit impérativement transformer sa victoire idéologique de la souveraineté en une victoire de performance et de justice.
Isoler l'homme du projet national
La stratégie des détracteurs de Bamako est claire: concentrer la critique sur la personne d’Assimi Goïta afin d'épargner, ou de ne pas s'aliéner, le soutien populaire à l'Armée (FAMa) et à l'idée d'un Mali souverain.
1. L'art du dédouanement
Les opposants demandent aux Maliens de faire la différence entre l'homme, l'Armée et la Nation. Ce discours sophistiqué leur permet de se présenter comme des patriotes (pro-Mali et pro-FAMa) tout en étant farouchement anti-Goïta. L'objectif est de dissocier le fort capital sympathie dont jouit l'armée pour son engagement sur le terrain de la figure du Président.
2. Le piège des mots
La communication du régime a elle-même alimenté ses adversaires. La référence du (Colonel à l’époque) Goïta aux opposants dont la «bouche a été sevrée de l'huile» est une maladresse rhétorique majeure. Elle a renforcé l'image d'une élite obsédée par les privilèges de l’État, confirmant indirectement l'existence d'une caste politique jouissant de l'opulence, tandis que les 22 millions de Maliens n'y ont jamais eu accès. Ce glissement de langage peut potentiellement grossir les rangs des opposants en leur donnant une légitimité sociale.
3. La lenteur de la riposte
Face aux attaques ciblées, comme celle visant l'allié franco-camerounais Franklin Nuiamsy, la réponse des Cellules de Communication d'État a été jugée trop lente. (Il a fallu attirer leur attention).
Dans une guerre de l'information, cette lenteur est une faiblesse stratégique, car elle crée un vide que l'ennemi remplit immédiatement. Une réponse rapide et symbolique est vitale pour consolider la «solidarité malienne».
Le «Tout»: la triple exigence de légitimité
Le soutien populaire dont bénéficie le régime pour avoir proclamé la souveraineté nationale est un socle précieux. Cependant, il ne sera maintenu que si le régime parvient à «montrer le bon chemin», c'est-à-dire à démontrer des progrès simultanés et visibles sur les trois chantiers urgents: la Sécurité, la Justice Sociale et la Gouvernance.
A. La Sécurité (la preuve de la souveraineté)
C'est le mandat fondamental. La souveraineté doit se traduire par le rétablissement effectif de l'intégrité territoriale et la protection des citoyens.
Un échec sécuritaire prolongé mettrait en péril le projet politique, car les arguments idéologiques pèsent peu face à la peur quotidienne et à la perte de vies.
B. La Justice sociale (la rupture nécessaire)
Le régime doit mener un combat crédible contre la corruption et le népotisme, symbolisant la rupture avec les pratiques décriées. La lutte contre les inégalités et l'amélioration du quotidien des Maliens ordinaires sont le ciment qui unit le peuple au régime. L'injustice est, historiquement, le terreau du recrutement des groupes armés.
C. La Gouvernance (le moteur de l'action)
La bonne gouvernance est l'outil indispensable. L'État doit être efficace, transparent et réactif. Cela implique de s'attaquer à l'inertie bureaucratique et d'assurer une gestion saine des deniers publics. Une communication d'État rapide et crédible en fait partie intégrante. Une gouvernance défaillante entrave la logistique militaire et sape la justice sociale.
Le Général d’Armée Assimi Goïta et son régime font face à une tâche herculéenne, dont l'enjeu est de transformer un succès politique (la souveraineté) en un succès de performance (le développement durable du Mali).
Pour neutraliser la guerre narrative et garantir le soutien de tous les Maliens, le régime n'a pas le luxe de choisir une seule priorité. Il doit s'engager résolument sur le «Tout»: la synchronisation de la sécurité, de la justice sociale et de la bonne gouvernance. Seule une démonstration concrète et rapide de progrès sur ces trois (03) fronts permettra au régime de bâtir une légitimité solide et irréfutable, capable de résister aux attaques internes comme externes.
A.K. DRAMÉ