« Comment assurer au mieux l’accès de tous au service de l’eau au Mali » ? Telle est l’équation autour de laquelle le Centre d’études et de réflexion au Mali (CERM), en partenariat avec la Friedrich Ebert Stiftung (FES), avait organisé un colloque les 7 et 8 novembre 2024.
Une rencontre qui a rassemblé une quarantaine d’experts issus du secteur public, des collectivités, du secteur privé, des opérateurs de service d’eau et de la société civile.
Organisé l’an dernier par le Centre d’études et de réflexion au Mali (CERM), en partenariat avec la Friedrich Ebert Stiftung (FES), autour de la problématique d’accès à l’eau en République du Mali, ce colloque visait à mieux cerner, les défis et les enjeux liés à l’équation de l’accès à l’eau potable dans notre pays. La rencontre a principalement eu lieu autour d’une étude de Pr. Amadou Hama Maïga. Membre de l’Académie des Sciences du, Mali, il fut Directeur général de l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) et président du Partenariat mondial de l’Eau pour l’Afrique de l’Ouest (GWP-AO).
Les échanges ont permis de dresser un état des lieux de l’accès à l’eau au Mali et d’identifier les principaux défis du secteur, qu’ils soient institutionnels, techniques, financiers ou liés à la gouvernance. Les participants ont également formulé des pistes de solutions concrètes en vue d’atteindre l’Objectif de développement durable 6.1, qui vise à garantir l’accès universel et équitable à l’eau potable d’ici à 2030.
Le constat est que, malgré d’importants efforts consentis par l’État et ses partenaires, le niveau d’accès à l’eau potable des populations reste de loin en deçà des souhaits et les inégalités se creusent. Les revues du secteur Eau, Environnement, Urbanisme, Domaines de l’État, et les différents rapports annuels présentent ainsi une très faible évolution du taux d’accès à l’eau potable, évoluant de 64 % en 2004 au niveau national à 65,3% au terme des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2015, contre une cible nationale de 82 %. Ce taux était estimé en 2024 à 72 %, dont 67% en milieu rural et 83% en milieu urbain. Le monde rural serait en panne en 2024 en partie à cause du vieillissement et à l’absence d’un suivi de proximité…
Les besoins de financement du nouveau Programme national d’accès à l’eau potable (PNAEP 2025-2035) sont estimés à plus de 2 700 milliards de F CFA pour un objectif de 85 % d’accès à l’eau potable au niveau national. Cependant, dans un contexte de bouleversements liés à la crise politique et à la crise sécuritaire, il apparaît peu probable que le Mali puisse mobiliser les financements nécessaires et atteindre la « cible 6.1 » des Objectifs du développement durable (ODD) qui est l’accès universel à l’eau potable.
Néanmoins, un nouveau programme dit des « Œuvres sociales du président de la Transition » est en cours depuis 2022 par lequel des systèmes de type hydraulique villageoise améliorée (HVA) et Adduction d’eau sommaire (AES) sont réalisés dans différentes parties du pays. Cela va sans doute améliorer le taux d’accès aux infrastructures d’eau potable. Son évaluation et la documentation sur ses résultats seront nécessaires en vue d’actualiser les données nationales. Ce programme pourrait être le départ d’un plus grand engagement politique au Mali à la cause du sous-secteur de l’approvisionnement en eau…
Au finish, on retient que le Mali dispose du cadre institutionnel et programmatique nécessaire pour assurer le service régulier et équitable de l’eau potable à ses populations. Cependant, il manque la volonté politique de placer le service de l’eau potable en haut des priorités nationales. Il manque également les mécanismes de mobilisation des ressources financières nécessaires.
Une nouvelle réforme du secteur est nécessaire pour à la fois redéfinir les responsabilités dans un objectif de redevabilité des différents acteurs, fournir plus d’autonomie aux opérateurs publics tout en assurant le contrôle de leurs activités, replacer les collectivités au centre des décisions et des opérations pour l’approvisionnement en eau de leurs populations, financer le service de l’eau par les usagers de l’eau à travers un système tarifaire adéquat.