La présence de l’ancien Président de la République par intérim Dioncounda Traoré à la deuxième session du collège des Chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel, AES, a été diversement commenté. Si pour les partisans et fervents soutiens de la transition, c’est un acte républicain au-delà des contingences et des écueils, pour ses détracteurs et autres opposants, elle n’est ni plus ni moins qu’une trahison des principes démocratiques et républicains, pour l’avènement et l’ancrage desquels il s’est battu des décennies durant. A coup sûr, l’ancien Président par intérim Dioncounda Traoré, par sa présence au Sommet de l’AES, a non seulement donné sa caution au coup d’Etat, mais aussi et surtout une nouvelle légitimité aux autorités de la transition qui en ont d’ailleurs fait un trophée, voire un butin de guerre. La question qui taraude l’esprit de tout démocrate et républicain est celle de savoir, Comment celui qui a failli laisser sa vie, pas pour des intérêts personnels, mais pour la préservation et la sauvegarde des précieux acquis démocratiques, pourrait-il être présent à une cérémonie, à fortiori un sommet organisé par ceux qui ont délibérément et en toute conscience choisi de mettre entre parenthèses cette même démocratie ? La présence de l’ancien Président par intérim Dioncounda Traoré à la deuxième session du collège des chefs d’Etat de l’AES a suscité colère, indignation et incompréhension chez beaucoup de ses concitoyens et surtout ceux qui avaient de l’estime pour lui.
Le Président par Intérim était présent au sommet de ceux qui ont dissous les partis politiques, premiers symboles de toute démocratie. Il a donné sa caution, à ceux qui ont restreint les marges de libertés et qui ont délibérément choisi de se maintenir à la tête du pays sans élection, pourtant le vote est le seul mode de dévolution du pouvoir selon la nouvelle Constitution. Dioncounda Traoré a été présent à un sommet dont les organisateurs font porter le chapeau de la décrépitude du Mali aux partis politiques et de surcroit à la démocratie dont le Président par intérim est l’un des symboles vivants, en tant que membre fondateur du premier parti qui a accédé au pouvoir à la suite d’élection libre et plurielle, à savoir l’Alliance pour la Démocratie au Mali- Parti Africain pour la Solidarité et la Justice, ADEMA-PASJ. Le Président par intérim du Mali de 2012 à 2013 était présent au sommet des autorités qui ont bâti leur légitimité et leur popularité sur le dénigrement de la démocratie, des partis politiques et des démocrates dont il est l’incarnation parfaite. Le silence du Président par intérim face à une telle entreprise de démolition de ce pour lequel il s’est battu des décennies durant est sans nul doute une caution qu’il a donné au coup d’Etat, son inaction face à la dissolution des partis politiques, symboles de la démocratie, est une complicité tacite, sa présence à ce sommet pourrait sans nul doute être considéré comme une double trahison, celle de la mémoire des martyrs de 1991 dont le sacrifice est aujourd’hui remis en cause et la trahison du Mouvement démocratique dont il est issu.
Professeur émérite de mathématiques à la prestigieuse Ecole Nationale des Ingénieurs, ENI, Syndicaliste et militant actif contre le régime de Moussa Traoré, membre fondateur de l’ADEMA qu’il présida pendant plus d’une décennie, le Président par Intérim semble se tromper de combat. Ancien député et Président de l’Assemblée Nationale, ce haut lieu des débats démocratiques, Président de la République par intérim de 2012 à 2013, après un coup d’Etat, le Professeur Dioncounda Traoré a été plusieurs fois ministres dont celui des Affaires étrangères. Qui, mieux que lui, a bénéficié des retombées de la démocratie ? Alors comment pourrait-il s’accommoder de la démolition d’un édifice pour la réalisation duquel il a pris une part si prépondérante ? Sa présence au sommet de l’AES, si elle peut être considérée comme une victoire sur la démocratie et une nouvelle source de légitimité par les autorités de la transition, elle parait être choquante, incompréhensible, moralement et politiquement incorrect.
Youssouf Sissoko