La Confédération des États du Sahel (AES) a adopté, ce jeudi 8 janvier 2026, la position africaine la plus ferme depuis le déclenchement de la crise vénézuélienne. Dans un communiqué officiel publié le 8 janvier à Ouagadougou, l’organisation sahélienne a qualifié l’intervention militaire américaine au Venezuela d’« acte d’agression », appelant le Conseil de sécurité des Nations unies à condamner sans ambiguïté cette opération qu’elle juge contraire au droit international.
Le texte est signé par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de l’AES, qui dénonce une « ingérence inacceptable » dans les affaires d’un État souverain.
Selon l’AES, l’opération militaire menée le 3 janvier à Caracas s’apparente à un « enlèvement illégal » du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse. Une action qui, estime l’organisation, viole frontalement les principes fondamentaux consacrés par la Charte des Nations unies, notamment le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des États.
« L’emploi de la force armée par un État contre un autre constitue un acte d’agression », rappelle le communiqué, qui condamne avec fermeté le recours unilatéral à la force, d’autant plus préoccupant qu’il émane d’un membre permanent du Conseil de sécurité.
Face à ce qu’elle considère comme une dérive grave de l’ordre international, l’AES exhorte le Conseil de sécurité à assumer pleinement sa mission, en condamnant clairement l’intervention militaire américaine ; œuvrant au rétablissement de la légalité internationale ; réaffirmant un ordre mondial fondé sur l’égalité souveraine des États et le respect strict du droit international.
Le bloc sahélien souligne que cette action affaiblit le multilatéralisme et pourrait avoir des conséquences néfastes sur la stabilité mondiale.
Le communiqué exprime également la solidarité de l’AES avec le peuple vénézuélien, estimant que sa souveraineté a été « bafouée » par cette intervention. Une posture qui marque la volonté du bloc sahélien de s’imposer comme une voix africaine autonome sur les grandes questions géopolitiques internationales.
La déclaration de l’AES intervient après celle de la Cédéao, qui s’était montrée plus prudente, se limitant à exprimer sa « préoccupation » tout en rappelant le droit des États à lutter contre les crimes internationaux, notamment le terrorisme et le trafic de drogue.
En revanche, sur le continent africain, plusieurs pays ont adopté des positions proches de celle de l’AES. Le Ghana a dénoncé une « invasion unilatérale » aux « relents coloniaux », tandis que le Tchad a réaffirmé son attachement au respect du droit international. L’Afrique du Sud et l’Union africaine ont, pour leur part, appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.
Sur le terrain, l’opération militaire aurait fait 55 morts parmi les forces vénézuéliennes et cubaines. Dans la foulée, le président américain Donald Trump a annoncé le transfert de 30 à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien vers les États-Unis, avec des revenus placés sous contrôle de Washington.
Nommée présidente par intérim, Delcy Rodríguez a vivement réagi :
« Le gouvernement du Venezuela dirige notre pays, personne d’autre. Aucun agent extérieur ne gouverne le Venezuela. »
Pour la Confédération des États du Sahel, la crise vénézuélienne dépasse le cadre sud-américain. Elle constitue un test majeur pour l’ordre international, le multilatéralisme et la crédibilité des institutions onusiennes.
En réaffirmant son attachement au respect scrupuleux du droit international, l’AES consolide une diplomatie fondée sur la souveraineté des États, un positionnement qu’elle a récemment illustré par l’application du principe de réciprocité aux restrictions américaines sur l’octroi de visas à ses ressortissants.
KM