Le rapport final de la Section des Comptes de la Cour suprême, portant sur deux décennies de financement public des partis politiques (2000–2022), dresse un constat implacable : le système est à bout de souffle.
Sur près de 200 partis politiques enregistrés, seuls 67 ont déposé un compte de gestion en vingt ans. L’audit révèle une concentration extrême des ressources : moins de dix partis ont accaparé plus de 80% des financements publics.
Impunité systémique et institutionnelle
Loin d’un simple exercice comptable, ce document de plus de 1000 pages met en lumière les dérives d’un pluralisme de façade et l’échec d’une gouvernance partisane déconnectée de l’intérêt général.
Depuis avril 1997, la démocratie malienne semble s’enliser dans un déclin silencieux.
Ce déséquilibre transforme l’aide publique – censée promouvoir le pluralisme et l’éducation citoyenne – en une rente de situation au profit d’une minorité. Le jeu démocratique se trouve ainsi confisqué par une oligarchie partisane, au détriment d’un débat d’idées ouvert, équitable et représentatif.
Le rapport pointe aussi l’inefficacité chronique de la Loi n°05-047 du 18 août 2005. Bien que le cadre juridique existe, il reste inopérant, faute de mécanismes de contrôle effectifs et de sanctions dissuasives.
L’audit met en évidence une gestion comptable fantomatique : absence quasi totale de pièces justificatives pour les dépenses déclarées ; inexistence d’un contrôle institutionnel rigoureux ; impunité généralisée pour les partis ne respectant pas leurs obligations de reddition des comptes.
Le financement public s’est ainsi mué en ressource discrétionnaire, échappant à toute exigence de transparence et de responsabilité.
Vers une rupture structurelle
Dans le sillage de la lettre de cadrage du Président de la Transition et du Plan d’Actions du Gouvernement (PAG), cet audit doit être aligné sur les objectifs de la Transition et constituer un levier pour la Refondation de l’État. L’heure n’est plus au constat, mais à l’action.
La Section des Comptes formule, à l'appui, des recommandations fortes, en phase avec les aspirations citoyennes issues des dernières concertations publiques : renforcer les sanctions pour mettre fin à l’impunité ; créer un organe indépendant de contrôle garantissant l’impartialité ; réviser les critères de répartition des fonds pour assurer une équité réelle ; professionnaliser les trésoriers des partis selon les normes modernes de gestion publique.
Ce rapport constitue, en définitive, une opportunité historique pour restaurer la confiance entre les citoyens et la classe politique. Pour la Transition, il s’agit de réhabiliter la noblesse de l’engagement politique et de poser les bases d’un système fondé sur la redevabilité.
Si la volonté politique se traduit par des réformes législatives ambitieuses, le Mali pourra enfin tourner la page d’une démocratie de façade pour bâtir un espace politique rénové, transparent et crédible. À défaut, cet audit ne serait qu’un rapport de plus, relégué aux oubliettes des occasions manquées.
En conclusion, ce document agit comme un miroir implacable d’un naufrage politique prolongé. Il appelle, avec urgence, à une refondation en profondeur des partis politiques maliens - de leurs états-majors à leurs pratiques - pour répondre aux exigences d’une démocratie véritablement représentative. Il reste à transformer l’audit en acte fondateur de la Refondation engagée et mettre fin au pluralisme d’apparat oú 200 partis se partageaient une rente oligarchique.