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Crise politico-institutionnelle en Guinée Bissau : La CEDEAO entre incertitude et inefficacité notoire
Publié le lundi 12 janvier 2026  |  L'Alternance
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Nul ne pouvait imaginer qu’après la grande promptitude et la dextérité avec lesquelles l’organisation sous régionale a empêché le Benin de tomber dans l’escarcelle des putschistes, qu’elle soit incapable d’imposer sa ferme volonté aux autorités militaires de la Guinée Bissau qui ont mis un coup d’arrêt au processus électoral et à la démocratie dans ce petit pays instable.

Nombreux étaient les observateurs de la géopolitique sous régionale à se réjouir de la résurrection de la CEDEAO qui, avec le coup de maître au Benin, allait sonner la fin de la récréation dans la sous-région en s’opposant de la manière la plus ferme à toute prise du pouvoir par la force. Mais, chasser le naturel il revient au galop. la CEDEAO retombe encore dans sa léthargie habituelle, elle est redevenue une structure sans âme véritable, sans leadership affirmé, malgré quelques coups d’éclat. Avec des tergiversations, elle est en train de pêcher dans la résolution de la crise politico-institutionnelle en Guinée Bissau, en caressant dans le sens des poils les autorités militaires illégitimes de la Guinée Bissau. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Le Président Sénégalais et Sierra Léonais émissaires attitrés de la CEDEAO peinent à trouver une issue pacifique. Ils sont butés comme d’habitude à la diversion des autorités Bissau guinéennes qui n’entendent rien lâcher de leur pouvoir. Que fera ensuite la CEDEAO si les autorités militaires Bissau guinéennes refusent d’accepter les décisions de la 68ième session ordinaire des Chefs d’Etats et des gouvernements tenue le 14 décembre 2025 à Abuja ?

Pour rappel la visite du Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye médiateur de la CEDEAO et de Julius Maada Bio, Président de la Sierra Leone et de surcroit Président en exercice de la CEDEAO, intervient quelques semaines après celle d’une délégation ministérielle sénégalaise qui a pu obtenir des autorités militaires la libération de six personnes de l’opposition. Ce geste loin de décrisper totalement la situation est un bond qualitatif majeur, mais il est insuffisant quand on sait que le principal opposant Domingo Simoes Pereira reste détenu tout comme le candidat qu’il a soutenu à l’élection présidentielle du 23 novembre 2025, à savoir Fernando Dias. Ce dernier est réfugié à l’Ambassade du Nigéria à Bissau. Pour rappel le coup d’Etat a eu lieu à quelques 48 heures avant la proclamation des résultats. Selon tous les observateurs et sur la base de plus de 80 % du taux de dépouillement, les résultats du scrutin étaient favorables au candidat de l’opposition Fernando Dias, qui a d’ailleurs revendiqué sa victoire.

Il est à parier que la médiation diplomatique de la CEDEAO n’aboutira pas à un retour à l’ordre constitutionnel pacifique, car les cas précédents dans la sous-région inspireraient les autorités militaires Bissau guinéennes, qui n’excluraient certainement pas de retirer leur pays de la CEDEAO. Donc il revient à l’organisation sous-régionale de parer au plus pressé pour trouver une issue rapide à cette crise institutionnelle en Guinée Bissau.

Que fera ensuite la CEDEAO si les autorités militaires Bissau guinéennes refusent d’accepter les décisions de la 68ième session ordinaire des Chefs d’Etats et des gouvernements tenue le 14 décembre 2025 à Abuja ?

En effet, l’une des décisions phares de cette 68ième session des chefs d’Etat de la CEDEAO a été d’imposer le retour à l’ordre constitutionnel et de reconnaitre le scrutin présidentiel, qui, sur la base des rapports fournis par les observateurs de l’organisation sous- régionale et même internationaux, s’est déroulé dans les conditions de liberté et de transparence. Pourquoi alors tergiverser ? Nul ne saurait répondre à cette question, mais ce qui est sûr s’il est toujours opportun de privilégier la voie diplomatique pour la résolution d’une crise politico-institutionnelle, Il est tout aussi utile d’utiliser l’argument de la force pour préserver les acquis démocratiques et permettre au peuple de disposer de son droit inaliénable de choisir les dirigeants qu’il juge capables de le défendre et protéger ses intérêts. En effet, après plusieurs décennies d’instabilité, il est temps que l’organisation sous-régionale se penche sur le cas de la Guinée Bissau afin de trouver des solutions durables à sa crise institutionnelle. Pour ce faire, l’organisation sous régionale doit avoir deux plans, un plan A relatif au règlement de la crise par la voie diplomatique et un plan B consécutif à l’utilisation de la méthode forte pour rétablir l’ordre constitutionnel dans ce petit pays en proie à l’instabilité politique chronique depuis son indépendance. Toutes les deux options doivent être sur la table. Il y va de la crédibilité de la CEDEAO. Cette organisation bien que faisant l’objet des critiques acerbes comme le sobriquet de CEDCEAO des Chefs d’Etat pas celle du Peuple qu‘on lui a collé, reste tout de même la meilleure organisation sous régionale en Afrique. Donc il est nécessaire de préserver ses acquis tangibles.


Youssouf Sissoko
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