Si dans un passé récent, les Maliens disaient que c’était caillou, maintenant, c’est le roc. La vie au Mali devient de plus en plus insupportable. Tout est cher. Et le citoyen lambda, à la recherche d’une porte de sortie, s’embourbe chaque jour sous le poids des imprévus. Il n’a plus de solutions à ses problèmes ? Mais en dépit de cette souffrance du peuple, du côté des autorités de la transition, le train de vie prend l’ascenseur.
Il a suffi que les autorités de la transition, issues du coup d’État de 2020, tirent sur la fibre patriotique pour que les soutiens et les allégeances à celles-ci prennent l’allure d’un rouleau compresseur. Et les slogans, «Souveraineté retrouvée», «Refondation», «Patriotisme» pour embrigader le peuple, ont trouvé un écho favorable auprès d’une jeunesse désœuvrée et marquée à jamais par la gestion chaotique des affaires publiques d’une minorité méprisante et arrogante de soi-disant démocrates. Mais derrière cette embellie, il fallait s’attendre à une tromperie politique, dont les conséquences sont en train d’enfoncer chaque jour davantage le pays et l’amener vers une destination inconnue.
La souffrance, elle là. Elle a fini de rattraper le Malien dans son dernier retranchement pour devenir son compagnon de tous les jours. Elle se sent aujourd’hui sur le visage des Maliens. S’il était courant d’entendre, dans les rues des villes maliennes, que «c’était caillou», aujourd’hui, c’est le roc. Donc, la souffrance a finalement quitté le stade artisanal pour le stade suprême qui n’est autre chose que chacun se cherche. Et rejoindre les deux bouts dans ces conditions, relève du miracle. Sauf ceux qui croient et continuent de tirer le diable par sa queue ou qui sont très proches des femmes et des hommes qui décident de la vie de la nation.
La souffrance, dont le peuple malien vit constamment, est en grande partie due à un pilotage à vue des priorités et d’une gouvernance en dents de scie. Finalement, elles ont imposé leur rythme à la vie de tous les jours des Maliens, plombé le décollage économique de notre pays et instauré un climat de méfiance entre les fils d’un même pays. Il n’est caché à personne, la souffrance guette le Malien partout où il se trouve. Elle ne le quitte plus. Parce que les autorités de la transition peinent à trouver le remède adéquat pour améliorer les conditions de vie du peuple malien qui s’embourbe chaque jour sous le poids des imprévus et dont les conséquences détériorent les conditions de vie déjà précaires et fragilisées par plus de trois décennies de gestion d’une bande d’opportunistes de démocrates prédateurs.
Cette improvisation de la gestion du Mali, décidée depuis la prise du pouvoir par les militaires en 2020, est de nature à exposer le pays à la souffrance. Elle a chassé les paysans de leurs champs, le seul moyen de subsistance qui leur restait. Les Petites et moyennes entreprises (PME), qui emploient des milliers de personnes, n’arrivent plus à tourner en plein temps, faute d’électricité. Dans les marchés, les produits ne sont presque plus à la portée des ménages. Le payement des frais scolaires prend du retard. Les promoteurs d’écoles ont des difficultés à payer leur personnel. Les licenciements sont monnaie courante. Des sociétés et entreprises mettent les clés sous le paillasson. Les heures supplémentaires des enseignants dorment au Trésor. Enfin, la crise de carburants dont les conséquences sont incalculables sur les familles moyennes. Et elles commencent à se sentir durement sur la vie des Maliens. Un vaste marché noir s’est constitué autour des hydrocarbures. Ce qui fait que le prix du litre n’est plus à la portée du citoyen moyen. Profitant de cette situation, certaines compagnies de transport ont revu le prix du billet à la hausse. Ces augmentations anarchiques ne font que souffrir le peuple malien. Du côté des autorités, c’est le silence radio. Mais quand il s’agit de l’amélioration de son train de vie, on n’hésite pas à prendre la pelle pour vider le Trésor public. Les récentes augmentations des budgets des institutions de la République font foi.
Yoro SOW