Notre chronique hebdomadaire change dans son style pour faire ressortir le vécu au quotidien dans nos sociétés.
Adama, 29 ans, incarne une génération à qui l’on a appris que l’école était la voie royale vers la réussite. Après un parcours universitaire sans faute, une licence en gestion obtenue au prix de nombreux sacrifices familiaux, il pensait avoir fait l’essentiel. Aujourd’hui, son diplôme est rangé dans un tiroir, soigneusement protégé, mais inutile face à une réalité implacable : le travail qu’on lui promettait n’est jamais venu.
Chaque matin, Adama quitte le domicile familial avec l’espoir discret qu’un appel ou une opportunité surgira. Il enchaîne les candidatures, dépose des dossiers, sollicite des stages, accepte parfois des travaux précaires sans lien avec sa formation. Il croyait ferme que le diplôme ouvrait des portes, ces portes existent’ elles vraiment ? Son cas n’est ni exceptionnel ni isolé.
Autour de lui, les attentes persistent. La famille espérait un soutien financier rapide, le voisinage guettait les signes visibles de réussite, et lui-même croyait à une insertion professionnelle progressive. À la place, l’attente s’est installée. L’attente d’un concours rare, d’un recrutement hypothétique, d’un réseau qu’il n’a jamais eu les moyens de construire.
Ce chômage prolongé n’est pas seulement économique, il est aussi psychologique. Un sentiment d’inutilité grandissant, une confiance qui s’effrite à mesure que les années passent. Le plus dur, ce n’est pas de manquer d’argent, c’est d’avoir l’impression de ne servir à rien. Dans une société où le diplôme reste un marqueur de valeur sociale, l’inutilité devient une source de honte silencieuse.
Pour beaucoup de jeunes diplômés, la migration se présente comme une alternative. Non par rêve d’ailleurs, mais par nécessité. Partir pour exister, pour envoyer de l’argent, pour justifier des années d’études. Mais partir, c’est aussi accepter l’incertitude, le danger et l’éloignement. Rester, c’est continuer à espérer dans un contexte de moins en moins favorable.
À travers le parcours d’Adama, on constate un système éducatif qui produit des diplômes sans débouchés clairs, un marché de l’emploi étroit, et une absence de passerelles solides entre formation et travail. Cette situation pose une question centrale : à quoi sert l’éducation si elle n permet plus de vivre dignement ?
Repenser l’orientation scolaire et universitaire, adapter les formations aux réalités économiques et technologiques, valoriser l’enseignement technique et professionnel à des niveaux scolaires inférieurs, soutenir l’entrepreneuriat structuré, autant de sujets à approfondir.