Depuis juillet 2025, une nouvelle Charte de la transition a été adoptée par le Conseil national de transition (CNT) et promulguée par le président Assimi Goïta. Elle fixe un « cadre institutionnel » pour une transition de cinq ans renouvelables jusqu'à la pacification…
Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, notamment la volonté des décideurs actuels de confisquer le pouvoir pour une longue période. Une méfiance exacerbée par la dissolution des parts par le décret présidentiel pris le 13 mai 2025. On s’est alors retrouvé dans une impasse sans aucune lisibilité. Mais, en annonçant l’ouverture cette année du dialogue politique, le chef de l'État ressuscite le débat politicien et l’espoir d’un retour à la normale dans un environnement de renaissance démocratique.
« Derrière chaque défi se dresse une opportunité » ! C’est ce qu’a martelé le président de la Transition dans son message du Nouvel An 2023. En dehors des réformes, l’un des plus grands défis à relever par lui et son gouvernement est sans doute la réorganisation de la classe politique afin d’insuffler une dynamique à la démocratie dont le naufrage ces dernières années est incontestable. La dissolution des partis politiques n’étant pas un fait éternel et qu’il faudra tôt ou tard revenir à la conquête du pouvoir par les urnes, il faut maintenant envisager comment renouer le fil du dialogue avec les acteurs politiques afin que la nouvelle Charte ne soit pas une tête rasée en l’absence du porteur. Visiblement, à défaut d’être une année électorale, 2026 risque d’être une année décisive dans le retour à la démocratie, à un vrai processus démocratique.
Après la dissolution des partis politiques (le 13 mai 2025 par décret présidentiel), les signaux émis par les autorités laissent entrevoir une possible réhabilitation de la vie politique au cours de l’année 2026. Une perspective susceptible de contribuer à la décrispation du climat politique et à l’avancée du processus de transition. Dans son adresse à la nation, le Général d’armée Assimi Goïta a entrouvert la porte à une reprise de langue avec les forces vives à ce sujet.
En se référant aux conclusions des Assises nationales de la Refondation (ANR), il a justifié cette mesure radicale ayant consisté en la dissolution des partis. Une décision à laquelle les Maliens ne pouvaient qu’adhérer car n’ayant cessé d'exprimer de « fortes inquiétudes face aux dérives et dysfonctionnements du paysage politique, perçus comme des facteurs de mauvaise gouvernance ». Et pour montrer qu’il s’agissait d’une mesure salvatrice dans l’intérêt de la nation (et non d'une quelconque volonté de confisquer le pouvoir aux politiciens), le président Goïta a annoncé (le 31 décembre 2025) que l'année 2026 sera consacrée aux concertations autour de l’avant-projet de loi définissant les conditions de création et d’exercice des activités des partis politiques. Et cela conformément à l'article 39 de la Constitution.
À défaut de concrètement marquer une « reprise légale » des activités politiques, 2026 va certainement marquer une avancée positive vers le retour à l’ordre constitutionnel avec la condition de création de nouvelles chapelles politiques bien balisée. Certes, qu’il serait utopique de s’attendre à une renaissance en la matière puisque ce sont les mêmes acteurs qui risquent de se retrouver. Mais, le plus important est le format, les conditions claires sur la création, la dissolution des partis, leur financement, leur animation… Et cela dans le consensus.
Cela d’autant plus qu’il s’agit de mieux encadrer le pluralisme politique consacré par la Constitution et les engagements internationaux du Mali ; d’assainir durablement le microcosme politique en bannissant des pratiques et des situations qui ont progressivement vidé notre démocratie de son essence. Le pari, c’est aussi d’amener l’acteur politique à comprendre que la vocation d’un parti, c’est de conquérir et exercer le pouvoir tout en contribuant à l’éveil de la conscience citoyenne de ses militants. Et que nullement, il ne saurait se limiter à un ascenseur socioéconomique aux dépens de l’intérêt général.
Mieux, il ne s’agit pas non plus de considérer l’ouverture annoncée par le président Assimi Goïta comme une brèche permettant de perpétuer les mêmes pratiques ayant entraîné le dépit politique à une large échelle de la population. Il faut plutôt y adhérer avec un esprit nouveau prouvant qu’on a pris conscience des erreurs du passé ; qu’on est prêt et déterminé à aller dans le sens de l’intérêt national. C’est en cela qu’ils pourront réellement aider le législateur à assumer toutes ses responsabilités en procédant à « un diagnostic lucide des dérives passées », afin de « bâtir un cadre juridique porteur d’un renouveau politique crédible, fondé sur l’éthique, la transparence et la bonne gouvernance ».
Au-delà des textes, comme l’a si bien dit un confrère de la place, « c’est bien la refondation des pratiques politiques qui conditionnera la réussite de cette renaissance annoncée et la consolidation d’un système politique au service du développement et de la stabilité du Mali ». Quant aux dirigeants de notre transition, ils doivent toujours avoir à l’esprit que « la stabilité à long terme du Mali dépendra de sa capacité à réconcilier autorité de l'État et participation citoyenne ».
Espérons que l’ouverture annoncée par le Général Assimi Goïta sera l’occasion des retrouvailles sincères de toutes les forces vives afin d’aiguiller la démocratie malienne sur les rails de la maturité, d’en faire le tremplin d’une gouvernance vertueuse propulsant le pays enfin dans le train de l’émergence socio-économique !