Intellectuelle engagée, cultivée, compétente, rigoureuse, fidèle et loyale, élégante et éloquente ! Mama Kouyaté (Cissé Fatimata Kouyaté) était une Grande Dame dans tous les sens du terme.
Humble, toujours joviale (nous ne l’avons jamais vue fâchée) et d’une courtoisie à toute épreuve, elle savait rassembler. Ce baobab fédérateur s’est malheureusement couché ce lundi 15 décembre 2025. Elle nous laisse cependant avec un fabuleux héritage constitué essentiellement de valeurs.
Guerrière ! Amazone ! Nyeleni ! Brave ! Leader ! Courageuse ! Volontaire ! Visionnaire ! C’est ainsi que les témoignages décrivent Cissé Fatimata Kouyaté ou Mama Kouyaté arrachée à notre affection le 15 décembre 2025 des suites de maladie. Les autochtones de San vous diront que « Mama Kouyaté fut une vraie battante à l'image de feue Bassoulé Dramé, sa mère ». Ce qui est sûr, c'est que quand ce baobab du tourisme au Mali et en Afrique se fixait un objectif, elle ne s’autorisait aucun répit sans l’atteindre. C’est pourquoi il n’était pas aisé d’être à son École. Mais ceux qui ont eu le courage, la patience et la persévérance de son éducation et de son enseignement ne l’ont jamais regretté. Les témoignages l’attestent.
« Une pionnière, une icône s’en est allée pour toujours… La professionnelle de tourisme que tu fus a su aiguillonner les premiers pas de nombre de personnes devenues aujourd’hui des cadres de l’administration nationale du tourisme du Mali et d’ailleurs. De ton vivant, tu auras été de tous les combats, sur tous les fronts pour le développement du tourisme au Mali et en Afrique », souligne Sidy Kéita, Directeur général de « Mali Tourisme ». Et de poursuivre, « tes convictions en le Mali éternel étaient pour notre génération une source de motivation, une flamme d’espoir, une invite. J’ai compris en cette triste soirée triste du 15 décembre 2025 que c’était en réalité un message que tu voulais nous transmettre, celui de croire en le Mali ». En conclusion, M. Kéita rappelle que sa « disparition nous plonge aujourd’hui dans un immense chagrin. Le monde de la culture et du tourisme au Mali a perdu une grande voix qui comptait au-delà des frontières du Mali ; une voix inimitable, une ambassadrice hors paire ».
« Il y a 3 ans (en début décembre 2022), elle m'envoyait une invitation d'amitié sur Facebook. Je ne l'avais pas vue autrement qu'à travers les médias, tant elle se battait pour le secteur touristique et hôtelier du Mali. Je la remerciais de l'invitation quand elle me dira que c'était un honneur pour elle. J'ai répondu que c'est plutôt moi qui étais honoré, en ajoutant Femme battante ! Ainsi la conversation se concentrait sur les difficultés du secteur… », témoigne Dramane Diarra, jeune magistrat. « Aujourd'hui qu'elle nous quitte, mon opinion est la même. Elle a été une femme battante, pour ce que je sais, pour sa corporation, mais aussi pour le Mali. Elle a donc eu une vie remplie et utile », ajoute-t-il.
« En quatre ans de collaboration, je n'ai connu d'elle que la franchise et le naturel. Elle était vraie et joviale. Notre dernière conversation, c'était il y a un an, à l'annonce du départ de mon ministre. Elle m’a félicité et encouragé pour ma loyauté », se rappelle Aly Enéba Guindo (Amadou Salif Guindo), professeur d’université et ancien chargé de mission au ministère de l'Artisanat, de la Culture, de l'Industrie hôtelière et du Tourisme. « Le Mali et le secteur du tourisme panafricain viennent de perdre une actrice de grande valeur, un repère du développement humain partagé. Fatim a porté, à travers le secteur du tourisme, la culture et l'artisanat maliens dans ses voyages, partout dans le monde entier », reconnaît Mme Traoré Oumou Traoré dite « Oumou Bazol », promotrice du restaurant « La Vieille Marmite ».
Une dynamique de courroie de transmission intergénérationnelle
« Il est des femmes qui ne cherchent pas la lumière, mais qui éclairent tout un peuple. Fatima Kouyaté dite San Mama était de celles-là. Elle portait en elle la mémoire de nos familles, les noms, les lignées, les origines, les histoires qui donnent un sens à nos racines. Elle savait d’où nous venions et elle nous le rappelait avec dignité et beauté… », souligne Fatoumata Sow, une nièce de l’illustre disparue. « Lire ses mots, l’écouter, c’était retrouver le fil de nos descendances, c’était comprendre que la famille est une chaîne sacrée que l’on ne doit jamais rompre. Aujourd’hui, San Mama nous a quittés. C’est une bibliothèque vivante qui s’est refermée. Heureusement, elle n’a pas été avare dans la transmission de ses connaissances, de son savoir, de son savoir-vivre et dans son savoir-être. Ce qu’elle a transmis ne s’éteint pas. Ses paroles resteront à jamais ; ses enseignements demeurent et sa mémoire continuera de nous rassembler », conclut-elle.
Selon de nombreux autres témoignages, Mama Kouyaté ne pouvait pas s'empêcher de « prendre cause et effet pour l’opprimé, le démuni, le pauvre, l’orphelin et, s’il le fallait, affronter et combattre tout le monde pour les défendre ». Infatigable et malgré un âge avancé, elle n'hésitait pas non plus à sortir de sa « zone de confort » pour sillonner le monde dans le but de vendre la plus image qu’il soit du Mali, pays qu’elle a aimé et servi jusqu’à son dernier souffle.
Esprit brillant, la tête sur les épaules en toute circonstance, Mme Cissé Fatimata Kouyaté dite Mama Kouyaté était un être exceptionnel au commerce très agréable. Difficile (voire impossible) de l’approcher sans être touché par sa félicité, son ouverture d’esprit, sa bonne humeur à toute épreuve, son courage, sa bienveillance envers les autres, sa courtoisie… Des qualités qui ne l’empêchaient pas d’être franche et directe quand il s’agissait de se dire les choses telles qu’elles sont. « Elle avait un talent inné de te remettre à ta place sans t'offenser ni te frustrer. Lors des réunions, des séminaires, des conférences-débats…, ses interventions avaient les vertus adoucissantes empêchant n’importe quelle situation de dégénérer. Ce n’est pas pour rien qu'elle a été une aiguille de l’unité, de la paix et de la Concorde pour sa famille, la communauté sanoise, ses amis, ses collègues… », témoigne une légitimité sanoise. Sa maison (à l’ACI 2000) était ainsi devenue la « Grande famille » africaine ou le « Grand vestibule » où tout se réglait finalement sans se juger les uns et les autres.
« Nous remercions Allahou SWT de nous avoir donner la chance d'être les frères et soeurs d'une personne qui a su rallier toute sa famille autour d'elle en tout temps, contre vents et marées que nous avons ensemble traversés pendant et après la mort de nos parents. Et oui, cette même mort qui nous l'a subitement enlevée. Nous avons nommé notre Grande Sœur Fatimata Kouyaté (Fatim, San Mama) », a témoigné Aminata Jacob, l’une de ses sœurs. S’il existe un Prix Nobel de la paix sociale, Fatimata le méritait amplement.
Par jalousie, méchanceté gratuite ou hypocrisie, des portes lui ont été systématiquement fermées. Mais, cela ne l'a pas empêché de réaliser le destin peu ordinaire rappelé lors de ses obsèques le 17 décembre 2017. Va en paix, Fatimata Kouyaté dite San Mama, Fatim, Bassoulé ka Mama… Tu resteras à jamais dans nos cœurs. Que le Firdaouss soit ta demeure éternelle au paradis !