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Évènements du 26 mars 1991 : Ce que le général Moussa Traoré a dit aux enquêteurs (suite 1)
Publié le samedi 17 janvier 2026  |  Aujourd`hui
Moussa
© AFP par FRANCOIS ROJON
Moussa Traoré
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Le 26 mars 1991, le nouvel homme fort du Mali, le lieutenant-colonel Amadou Touré dit ATT, affirme sur une chaine étrangère qu'en ce jour le président Moussa Traoré est face à ses responsabilités, d'abord en tant que homme, ensuite en tant que officier et surtout en tant que chef d'Etat.

A la question de savoir s'il pense que l'ancien président a ordonné de tirer sur la foule, ATT dit ceci "même s'il n'a pas donné l'ordre de tirer sur la foule, il a laissé tirer sur la foule depuis janvier jusqu'en mars 1991". C'est de ces actes que Moussa Traoré a répondu devant un tribunal. Nous publions la suite de son instruction judiciaire en amont du procès crimes de sang.

uestion : Ne pensez-vous pas justement que votre amour, votre passion pour le parti UDPM vous a fait mettre en mélange sur un pied d'égalité la Constitution et les textes ?

Réponse de Moussa Traoré : Ce n'est ni par amour, ni par passion du parti. C'est plutôt par loyalisme et par honnêteté intellectuelle que j'ai appliqué tous les textes du pays. Certains de ceux qui ont rédigé la présente Constitution vivent encore (civils et militaires) bien que les statuts étaient modifiés toujours en congrès. Le secrétaire général du parti n'est nullement responsable de la concordance des statuts du parti et de la Constitution.

Au-delà de ce qui a été prêté au président de la République par les médias à propos de modification de la Constitution, les organes d'information et de renseignements de l'Etat ou du gouvernement ont sollicité votre prise de position en faveur des aspirations du peuple à l'instar d'autres chefs d'Etat tel que le président Houphouët Boigny, qu'en fût-il ?

Entre légitimité et la légalité, il faut être très prudent. Ou ne dire la légitimité que dans la légalité. Dès que la légalité s'efface, tout devient légitime. Il faut se référer à ce que j'ai dit de la Constitution et des statuts du parti. Il faut se référer à ce que j'ai dit de la Constitution et des statuts du parti. Il faut avoir aussi à l'esprit que la Constitution de la Côte d'voire est différente de celle du Mali.

Dans quel cadre avez-vous placé la réponse de Djibril Diallo à la question de la position du congrès prévu pour le mois de mars 1991, sur le multipartisme notamment quand il a déclaré que c'est au président de la République de se prononcer la-dessus, il a même ajouté de façon fort remarquée "A tout seigneur tout honneur" ?

C'est moi qui ai exigé que les membres du BEC passent à la RTM à l'approche du congrès pour donner des explications aux populations et aux militants. Déjà j'avais demandé d'élaborer toutes les hypothèses afin d'être soumises au congrès : Lois sur les partis politiques, constitutionnellement l'approfondissement de la question du multipartisme. Jusqu'à ce point il n'a dit que la vérité. Toutefois, Djibril Diallo a été interpellé parce qu'il s'est démarqué par rapport à l'histoire en affirmant qu'il a été toujours pour le multipartisme.

Tout au long de vos déclarations, il semble que vous ayez tenu de façon constante et inflexible à ce que soit par voie de congrès exclusivement qu'une réponse soit donnée aux réclamations. Vous saviez cependant que l'UDPM et son congrès étaient rejetés, des défections ont été relevées au sein même du parti, comment expliquez-vous tant d'obstination ?

Il n'y avait pas de position figée, ni d'obstination, la Constitution est là, les statuts sont là. Ne peut être président de la République que son secrétaire général. Il faut un minimum d'honnêteté intellectuelle envers soi-même et ses mandants. A ma connaissance, au sein du parti il n'y a pas eu de rejet du congrès. Même ceux qui ont réclamé le multipartisme n'ont pas rejeté le congrès dans les documents qui nous sont parvenus.

Dans votre rapport, vous avez déclaré textuellement ceci "Dans tous les cas, éviter la poursuite des manifestants et ne pas tirer sur eux". Telles seraient les instructions que vous avez données aux ministres impliqués dans le maintien d'ordre. Cependant, un desdits ministres, le général Mamadou Coulibaly, a fait état de votre intention déclarée le 4 mars 1991, de réprimer avec la dernière rigueur les manifestations à Bamako notamment en faisant usage des moyens feux. Ce serait fait à l'occasion d'une réunion informelle tenue à Koulouba. Le chef d'Etat-major général des armées, le colonel Ousmane Coulibaly, a confirmé les déclarations. Qu'en répondez- vous ?

Je ne me souviens pas avoir rencontré le chef d'Etat-major général sur les manifestations. La première fois, c'était au téléphone quand j'ai appris qu'il y avait des morts, je lui ai demandé si son ministre était au courant. Il me dit non et je lui ai dit que je préviendrai son ministre pour qu'il prenne la direction de l'Etat-major opérationnel. Quand le ministre est rentré, je lui ai dit de nommer le chef d'Etat-major général chef d'Etat-major opérationnel. Il a répondu qu'il l'est déjà. Et le ministre a pris l'exemple des événements du Nord où le chef d'Etat-major général est le coordinateur des actions.

La troisième fois, c'était dans la nuit du 25 au 26 mars 1991, quand j'ai convoqué les ministres et leurs collaborateurs impliqués. Je n'ai pas parlé de l'usage de feu contre les manifestants. J'ai sûrement dit au général Mamadou Coulibaly, ministre de la Défense, que j'agirais avec la dernière rigueur si les manifestations continuaient. Il aurait dû se rappeler qu'à chaque rencontre j'insistais sur la défense des points stratégiques et de ne jamais pourchasser les manifestants.

Comment se ferait-il alors que j'aurais dit de tirer sur les manifestants. Si le général Mamadou Coulibaly a dit que j'ai tenu des propos relatifs à l'usage des moyens feux en présence des lieutenants-colonels Oumar Diallo, Bakary Coulibaly et des commandants Harouna Traoré et Anatole Sangaré, cela n'est pas exact. La seule fois où j'ai reçu le commandant Anatole en présence des autres, c'était le 22 janvier. En un mot, je réfute ces allégations

En dépit des nombreux cas de morts qui vous ont été signalés, de la marche des femmes, de la dernière prise de position de l'UNTM, vous vous êtes contenté d'insister sur la tenue du congrès, la fin de votre mandat au mois de juillet 1991 et vous avez finalement refusé de démissionner quoique vos plus proches collaborateurs aient joint leurs voix à celles de l'UNTM notamment le lundi 25 mars 1991, n'avez-vous pas en cela nié votre serment de 1968 renouvelé en 1978 ?

Non, je ne crois pas. Je ne reprendrai pas le film des événements parce que je l'ai fait déjà. Mais j'insisterai sur le dialogue que j'ai ouvert avec le Comité de coordination que personne ne m'a obligé à le faire. Au moment où le coup d'Etat a eu lieu, j'étais en train de donner des directives aux membres de la commission de médiation qui devait rencontrer le comité de coordination. J'ai considéré que ma perception des choses ne me permettait pas de démissionner face à de telle injonction.

Les généraux Mamadou Coulibaly, Sékou Ly, ainsi que le colonel Ousmane Coulibaly respectivement ministre de la Défense nationale, ministre de l'Intérieur et du Développement à la base et chef d'Etat-major général des armées et coordinateur des opérations de maintien d'ordre ont déclaré chacun pour sa part n'avoir jamais donné l'ordre de tirer les 22, 23 et 24 mars 1991. Pourtant, durant toutes ces journées, il y a eu des tirs à tuer à la suite de dotations des hommes en munitions réelles, grenades offensives. Cela n'est-il pas en contradiction avec les instructions que vous déclarez avoir données lors de votre visite à l'Etat-major opération dans la nuit du 23 au 24 mars 1991 ? Qu'en dites-vous ?

Si au cours de cette visite j'ai prononcé un seul mot de consigne de feu, les responsables auraient signalé. Les consignes que j'ai données se résument en la situation, la mission, la répartition des missions. Voila les points sur lesquels j'ai insisté. Il ne revient pas à un président de parler de consigne de feu, si consigne de feu y a, elle ne peut être donnée que par l'Etat-major opérationnel.

Dans l'hypothèse où vous auriez simplement dit de ne pas tirer mais d'assurer la défense statique des points stratégiques, le terme défense ayant une signification déterminée en matière de combat, dans votre optique comment devait s'exprimer la réplique en cas d'attaque des objectifs défendus ?

Il n'y aura pas de guerre de mots entre défense et protection, je disais tantôt que les autorités administratives pouvaient requérir ces forces et que les responsables militaires devaient être prêts à se mettre à la disposition des requérants. Mes collaborateurs l'ont confirmé.

Encore une fois, il ne revient pas au président de la République de définir les modes d'intervention des forces, ni de fixer les consignes de feu. C'est parce que précisément il m'a été signalé que les effectifs étaient insuffisants à Bamako que j'ai tenu à donner ces institutions de défense statique.

En ce qui concerne le deuxième volet relatif à l'économie et aux finances de l'Etat, les objectifs sont définis par le parti. Le gouvernement élabore un plan de développement économique et social qui est approuvé par l'Assemblée nationale. Ces différents plans ont été exécutés avec plus ou moins de difficultés quand la sécheresse est absente, quand la crise économique ne sévit pas, quand la crise énergétique n'éclate pas.

Dans ce domaine, j'ai eu à obtenir des dons soit à ma demande, soit sur initiative de certains chefs d'Etat. A ce sujet, après la guerre Mali-Haute Volta en 1975, j'ai envoyé Baba Diarra voir le Roi Faysal d'Arabie saoudite qui lui a remis un chèque de dix millions de dollars. Ce chèque a été encaissé à la BCM à travers Tiéoulé Konaté pour le compte du Trésor public. La même année, le président des Emirats Unis, Cheikh Zayed, m'a fait un don de quatre millions de dollars.

Le chèque a transité par la BCM et encaissé par le ministère des Finances pour le compte du Trésor public. En 1978, l'Emir Cheikh Zaber du Koweït m'a fait un don d'un million de dollars, somme transitée par la BCM pour le compte du Trésor public. En 1976, Faysal m'a remis cinq millions de dollars avant son décès pour la construction du barrage de Sélingué, chèque transité par la BCM, encaissé par le ministre du Développement rural, à l'époque Mamady Kéita.

En 1978, le président des Emirats arabes unis a fait un don de quatre millions de dollars, transité par la BCM pour le compte du Trésor public. En 1981, l'Emir du Koweït m'a fait un don d'un million de dollars, transité par la BCM pour le compte du Trésor public. En 1985, le Koweït m'a fait un don d'un million de dollars. Les Emirats m'ont fait un don dont j'ignore le montant juste après la deuxième guerre contre le Burkina. Le président Houphouët Boigny m'a fait un don d'un milliard de F CFA, fonds versé au Trésor public.

En 1987, le président Houphouët m'a envoyé cinq cent millions de F CFA toujours par le canal de feu Boubacar Diallo, fonds versé au Trésor public. Le président Maaouya de Mauritanie m'a donné entre quatre cent et quatre cent cinquante millions de F CFA versés au Trésor public en espèce par Monsieur Dianka Kaba Diakié alors ministre des Finances.

En 1986, le président Chaldi d'Algérie m'a donné un fonds dont je ne me rappelle plus le montant. La démarche a été faite par Djibril Diallo.

Les cinq cent millions donnés par Houphouët ont été versés au Trésor par Oumar Diallo, mon aide de camp. Chadli m'a aussi donné dix millions de dollars en ciment lorsque Drissa Kéita était ministre des Finances. Il a chargé la Somiex du transport et de la vente de ce ciment, pour la réfection du palais. Tous ces fonds ont servi à effectuer les dépenses courantes. Une fois que ces fonds tombent, je dis de les remettre au ministre des Finances et je ne m'en occupe plus.

L'énumération de ces dons de fonds concerne des opérations d'individu à individu. Sur le plan d'Etat à Etat, il y a eu des conventions d'aide entre gouvernement dans lesquelles je ne me suis pas impliqué. Je n'ai jamais eu à utiliser pour des fins personnelles le moindre des fonds dont je viens de vous parler.

Dans le cadre de nos relations personnelles, le président Houphouët assiste ma famille. Les formes d'assistance de la part de Houphouët sont diverses et ne se limitent pas à ma famille. En 1970 par exemple, à l'occasion du Sommet constitutif de la Cédéao à Bamako, Houphouët a fait dont de plus de dix millions de F CFA à ma famille. C'est avec ce fonds que j'ai construit ma villa de l'Hippodrome.




O. Roger Sissoko

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