Alors que la capitale malienne connaît une crise persistante du carburant, Tombouctou semble mieux approvisionnée grâce aux flux venus d’Algérie et de Mauritanie. Mais derrière cette disponibilité apparente, les prix s’envolent, conséquence directe des tensions diplomatiques et commerciales entre Bamako et Alger.
À Bamako, la crise du carburant continue de peser sur le quotidien des habitants. Aux pompes officielles, le produit est vendu au prix réglementé, mais la rareté alimente un marché parallèle où certains revendeurs n’hésitent pas à céder le litre à 1 500 voire 2 000 F CFA. Cette flambée fragilise le pouvoir d’achat des ménages et accentue les difficultés de transport dans la capitale.
À Tombouctou, la situation est différente. La ville est relativement bien approvisionnée en diesel et en super, visibles dans les stations et accessibles aux habitants. Toutefois, le litre est vendu à 1 300 F CFA, un prix supérieur au tarif officiel. Cette disponibilité s’explique par les circuits d’approvisionnement transfrontaliers : l’Algérie et la Mauritanie fournissent régulièrement Tombouctou et Gao en carburant, mais aussi en denrées alimentaires.
Ces derniers mois, le bras de fer diplomatique et commercial entre Bamako et Alger a eu des répercussions directes sur les commerçants maliens du Nord. Les tensions ont perturbé les flux habituels, entraînant une hausse généralisée des prix non seulement du carburant, mais aussi de produits de première nécessité comme le lait ou l’huile.
Certains commerçants de Tombouctou confient qu’avant ces tensions, le carburant était cédé à 400 ou 500 F CFA le litre. Une époque désormais révolue, où l’approvisionnement transfrontalier permettait de maintenir des prix bas et accessibles. Aujourd’hui, malgré la disponibilité, le coût élevé du carburant reste un fardeau pour les populations locales.
La situation illustre la fragilité des circuits d’approvisionnement dans le Nord du Mali, dépendants des relations avec les pays voisins. Si Tombouctou échappe à la pénurie qui frappe Bamako, elle n’échappe pas à l’inflation. Les habitants, pris entre disponibilité et cherté, espèrent un apaisement des tensions régionales pour retrouver un accès plus équitable à cette ressource vitale.
Ousmane Mahamane
(De retour de Tombouctou)
Sécurité et vie culturelle à Tombouctou : Quand la Biennale repousse l’heure du silence
Dans la cité des 333 saints, le couvre-feu instauré pour contrer l’insécurité a profondément transformé les habitudes nocturnes.
Mais à l’occasion de la Biennale artistique et culturelle, Tombouctou a retrouvé, le temps d’un événement, un souffle de vie nocturne, relançant le débat sur l’équilibre entre vigilance et liberté.
À Tombouctou, dès 19 heures, les rues se vident, les motos disparaissent et les commerces baissent leurs rideaux, alors que le couvre-feu officiel ne débute qu’à 20 heures. La peur a pris une heure d’avance sur la loi.
Depuis plus de deux ans, les gouverneurs successifs de la région ont instauré un couvre-feu nocturne pour faire face à la recrudescence des attaques terroristes et islamistes. Initialement fixé à 18 heures, il a été progressivement allégé pour commencer officiellement à 20 heures. Mais, par prudence, les habitants préfèrent se retirer dès la tombée du jour, évitant toute confrontation avec les patrouilles ou les risques liés à la nuit. La mesure a profondément transformé la vie sociale et culturelle de la ville. Les boîtes de nuit ont fermé leurs portes, les balani shows ont disparu des carrefours et les grins, ces lieux de discussions informelles, se sont tus dans les ruelles. Les forces de l’ordre, en alerte permanente, quadrillent les grandes artères tandis que des drones surveillent le ciel. Dans la circulation, des policiers armés, kalachnikov en bandoulière, veillent à maintenir l’ordre et prévenir toute attaque.
À la veille de la Biennale artistique et culturelle, Tombouctou a retrouvé un souffle nocturne. Les autorités régionales ont assoupli les horaires du couvre-feu afin de permettre aux concerts, expositions et veillées culturelles de se dérouler dans une ambiance festive et sécurisée. Durant toute la période de l’événement, les habitants et les visiteurs ont pu circuler librement jusqu’à des heures tardives, malgré le froid qui saisit la ville la nuit, avec des températures pouvant chuter jusqu’à 11 degrés.
Pour accompagner cet allègement, un dispositif sécuritaire renforcé a été déployé autour des sites de la Biennale et des résidences des délégations. Plus largement, les forces de défense et de sécurité ont mené des patrouilles mixtes dans toute la ville, garantissant un climat de confiance. Cette expérience a relancé le débat sur la pertinence et la durée du couvre-feu. Certains habitants espèrent un réajustement plus durable, tandis que d’autres rappellent que la sécurité reste fragile.
« La Biennale a montré qu’on peut vivre la nuit sans craindre le pire. Il faut maintenant que les autorités trouvent un équilibre entre vigilance et liberté », estime un Tombouctien.