Chaque année, le 20 janvier marque au Mali un rendez-vous solennel : l’anniversaire de la création de l’armée nationale. Une fête placée sous le signe de l’honneur, du souvenir et de la résilience face à des années de crises sécuritaires sévères.
En 2026, alors que le pays continue de faire face à une insécurité multidimensionnelle, ce moment de commémoration est l’occasion non seulement de célébrer les forces armées, mais aussi de réfléchir à un levier souvent sous-estimé dans la lutte contre le terrorisme : le rôle de la presse.
1. Une synergie indispensable entre armée et médias
Depuis l’escalade des attaques terroristes en 2012, l’armée malienne est sur le devant d’un combat quotidien. Mais sur le terrain de l’opinion publique, ce combat s’étend aux colonnes des journaux, aux bulletins d’information et aux plateformes digitales. Une information fiable, bien documentée et responsable peut renforcer le moral des populations, démystifier les stratégies ennemies et favoriser une compréhension partagée des enjeux sécuritaires.
La presse, loin d’être un simple relais d’information, peut contribuer à : Expliquer les opérations militaires dans un langage accessible ; démanteler les rumeurs et fake news qui fragilisent la cohésion sociale ; valoriser les actions positives de l’armée et des partenaires ; sensibiliser les citoyens à la vigilance, à l’entraide communautaire et à la dénonciation des groupes armés.
Dans un contexte où l’irrationnel et l’information non vérifiée font la part belle aux violences, la professionnalisation des médias est un appui stratégique. En cela, responsables militaires et journalistes ont un intérêt commun : celui de renforcer la confiance avec le public.
2. La responsabilité professionnelle comme arme antidjihadiste
La couverture médiatique du terrorisme doit s’affranchir de sensationnalisme. Trop souvent, des titres anxiogènes ou des analyses superficielles finissent par servir, volontairement ou non, les stratégies de désinformation des groupes armés. La presse a donc une responsabilité morale de : Contextualiser les attaques, en expliquant leurs origines, motivations et impacts sociaux ; éviter la glorification involontaire des acteurs violents par la répétition mécanique de leurs slogans ; favoriser des perspectives diversifiées, incluant des experts en sécurité, des victimes et des leaders communautaires.
Une presse professionnelle aide à enrayer le cycle de peur et de division un terreau sur lequel prospèrent souvent les groupes terroristes.
3. Les autorités doivent soutenir la presse ou du moins les « médias » dans cette mission
Pour que la presse puisse jouer pleinement ce rôle, les journalistes eux-mêmes ont besoin d’un environnement favorable, notamment :
a. Accès à l’information officielle
Les autorités doivent garantir une communication transparente, rapide et fiable entre les services de défense et les rédactions. La création d’un desk spécialisé « sécurité et terrorisme » au sein des ministères concernés faciliterait l’accès à des informations vérifiées et à jour.
b. Formation des journalistes
La couverture du terrorisme requiert des compétences spécifiques. Il est urgent que les autorités, en partenariat avec les organisations professionnelles : financent des formations de journalistes en zone de conflit ; introduisent des modules spécialisés sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme dans les écoles de journalisme ; encouragent l’éthique professionnelle dans la couverture des conflits.
c. Protection des journalistes :
Travailler sur les fronts de l’insécurité expose les reporters à des risques extrêmes. Les autorités doivent : garantir la sécurité des journalistes en zones sensibles ; mettre en place des protocoles de sécurité communs armée-médias ; offrir des assurances et prises en charge médicales en cas d’accident.
d. Soutien logistique et financier : La presse malienne, souvent indépendante mais sous-financée, a du mal à couvrir l’ensemble du territoire. Un fonds d’appui à l’information de sécurité nationale, transparent et géré par des professionnels, serait un outil puissant pour : renforcer les correspondants régionaux ; permettre l’achat de matériels de protection (gilets pare-balles, etc.) ; soutenir les médias communautaires dans la sensibilisation locale.
4. Vers une lutte plus intégrée
A l’occasion de la fête du 20 janvier 2026, célébrer l’armée malienne c’est aussi célébrer la cohésion entre les forces de défense et la société civile dont la presse est un pilier central. Une presse informée, bien formée, éthique et soutenue institutionnellement devient une force de dissuasion contre la désinformation et l’extrémisme.
Il ne suffit pas de gagner des batailles sur le terrain ; il faut aussi gagner la bataille des esprits. Et pour cela, l’armée et la presse malienne doivent marcher ensemble, dans la transparence, le respect des valeurs démocratiques et un engagement partagé envers la paix.