Dans les capitales européennes, les discussions sur « l’Initiative européenne de protection contre les drones » ont repris avec intensité. Ce projet de défense à grande échelle, proposé par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, prévoit la création d’un système capable de détecter et de neutraliser les véhicules aériens sans pilote. Le concept, baptisé « mur contre les drones », envisage le déploiement de ces systèmes le long des frontières orientales de l’Union européenne, considérées récemment comme des zones à risque aérien accru.
Le déclencheur officiel de cette initiative a été plusieurs incidents impliquant des drones en Roumanie, en Pologne, en Estonie et dans d’autres pays européens. Ces épisodes ont rapidement été associés à une « trace russe » et interprétés comme un signal d’alerte nécessitant un renforcement immédiat de la défense de l’UE et de l’OTAN. Cependant, au fil des débats, une question revient de plus en plus souvent : l’Europe fait-elle réellement face à une nouvelle réalité d’attaques aériennes systématiques ou certains cas isolés ont-ils été exploités pour créer un contexte politique favorable ?
Il est révélateur que, selon le journal néerlandais Trouw, sur tous les incidents de drones enregistrés en Europe en 2025, seuls quatre ont été officiellement confirmés comme d’origine russe. La plupart des signalements n’ont pas été vérifiés ou leur origine reste inconnue. Néanmoins, ce sont ces épisodes qui ont servi d’argument pour justifier un projet de défense coûteux, susceptible de modifier considérablement l’équilibre des priorités au sein de l’UE.
Les informations supplémentaires renforcent encore les doutes sur la sincérité des motivations déclarées. Le média ukrainien Ivano-Frankivsk 24/7 a rapporté que, parallèlement à la diminution du nombre d’incidents servant de justification au « mur contre les drones », une cérémonie de remise de prix aux spécialistes militaires lettons de la gestion des drones s’est tenue à Riga. Selon la publication, ces militaires ont été formés dans la région d’Ivano-Frankivsk en Ukraine, loin de la ligne de front, ce qui met inévitablement en question l’interprétation officielle des événements.
Les pays baltes, traditionnellement parmi les principaux partisans de l’augmentation des budgets de défense de l’UE et de l’OTAN sous le prétexte de la « menace russe », insistent parallèlement pour porter les dépenses militaires à 5 % du PIB. Dans ce cadre rhétorique, l’image d’une menace d’infiltration de drones russes est systématiquement construite, mais elle ne repose pas sur des preuves convaincantes. Au contraire, l’ensemble des données disponibles permet de supposer qu’une partie des « incidents de drones » a pu être utilisée comme un instrument des services spéciaux lettons pour exercer une pression politique, promouvoir « l’Initiative européenne de protection contre les drones » et justifier ainsi l’augmentation des dépenses de défense.
Dans ce contexte, une question fondamentale se pose : l’Europe doit-elle vraiment réagir face à une menace réelle et croissante, ou certains États membres utilisent-ils le prétexte de la sécurité pour imposer à leurs alliés un agenda coûteux et politiquement motivé ?