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Équipe nationale senior de football du Mali : Un nouveau retour à la case départ après la Can 2025 ?
Publié le jeudi 22 janvier 2026  |  Le Matin
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© aBamako.com par AS
Passation de service à la FEMAFOOT
Le Comité de Normalisation a passé le témoin au nouveau Comité Exécutif de la FEMAFOOT dirigé par Mamoutou Touré dit Bavieux, le lundi 09 Septembre 2019.
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L’élimination prématurée (quart de finale) des Aigles à la CAN « Maroc 2025 » a eu raison du Comité exécutif de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) dont une dizaine de membres a démissionné le mardi 13 janvier 2025. Ils ont été suivis par le président et d’autres membres.

Ce qui rend indispensable la convocation d’une Assemblée générale extraordinaire élective (AGE) selon l'article 38.10 des statuts de la fédération. Sauf qu’aujourd’hui, il faut plus qu’une révolution de palais pour la refondation du football malien. Notre sport-roi a plus que jamais besoin d’une vision, d’un projet sur le long terme. Il faut un vrai leader aux commandes.



« Si plus de 50 % des postes au sein du Comité exécutif deviennent vacants, le Secrétaire général convoque une Assemblée générale extraordinaire dans les délais impératifs » ! C’est ce que stipule l’article 38.10 des statuts de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT). Avec déjà les 13 démissions enregistrées le 13 janvier 2025, le quorum est donc juridiquement constitué, entraînant de facto la fin du mandat de Mamoutou Touré dit Bavieux à la tête de la Femafoot. Cette situation est la conséquence de l’élimination des Aigles à la CAN marocaine.

En effet, le Mali est une fois de plus passé à côté des attentes à la CAN « Maroc 2025 » (21 décembre 2025-18 janvier 2026). Comme en 2022 en Côte d’Ivoire, les Aigles ont été éliminés en quart de finale. Le 9 janvier 2025, à Tanger, ils se sont inclinés (0-1) devant les Lions de la Teranga (futurs champions d’Afrique) qui n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter. Un échec de plus dans la conquête d’une consécration continentale. Et, pourtant, reconnaissent observateurs et chroniqueurs, « le Mali ne manque ni de talents, ni d’histoire, ni de passion… Personne ne conteste la richesse du football malien ». Quel est donc le principal handicap du football malien ?

« Depuis des décennies, le football malien est dans une instabilité chronique. Pis, le Mali n'a pas une identité de jeu depuis l'indépendance » ! Tel est le diagnostic d’un chroniqueur sportif pour expliquer les échecs successifs des Aigles à combler les attentes à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de foot. Et nous savons tous qu’une identité de jeu ne se décrète pas. « Elle naît naturellement d’une culture, d’un environnement, d’une mentalité et du profil des joueurs qu’un pays produit. C’est toute la différence entre les nations qui ont bâti un style reconnaissable ». Selon lui, « nos centres de formation sont excellents, nos éducateurs compétents, nos joueurs sont talentueux. Mais quel est le style de jeu malien ? Quelle est la marque de fabrique de notre jeu ? Difficile à dire... », déplore-t-il.

En cinq ans, décompte-t-il, 68 joueurs différents ont été convoqués pour des rencontres et des tournois internationaux. Parmi eux, 42 ont joué au moins dix minutes en équipe nationale. « Ces statistiques mettent en lumière une réalité cruciale : il ne suffit pas de changer de joueurs et d'entraîneurs pour résoudre les problèmes du Mali. Les problèmes sont multiples et profondément enracinés », souligne le chroniqueur. Son diagnostic repose en partie sur l’absence « d’une méthode, d’une vision partagée et d’une culture de la victoire ». Et, naturellement, ce nouvel échec à la CAN doit être un électrochoc. Cette élimination offre aux acteurs l’occasion d’engager une vraie réflexion permettant d’enclencher « une véritable refondation du football malien ». Nous ne sommes plus favorables à des « Assises nationales du football » car ces initiatives sont infructueuses car les recommandations sont rarement mises en œuvre de façon efficiente. On se demande encore à quoi a servi le Symposium national sur le football organisé (du 5 au 7 mars 2024) après la CAN « Côte d’Ivoire 2023 ».

Les démissions en cascade enregistrées ces derniers jours offrent donc à notre pays l'opportunité d’engager un vrai changement porteur d’espoir. Dans l’intérêt du football malien, au-delà de la personne de Bavieux, il faut une vraie purge au sein des acteurs. Ceux qui ont précipitamment quitté le navire en perdition ne sont pas moins coupables de la gestion approximative de notre football que Bavieux. D’ailleurs, ce dernier étant en prison depuis son élection, ils sont comptables de la gestion fédérale de ces dernières années.

L’urgence d’une vraie vision pour sortir de la navigation à vue

Aujourd’hui, il ne doit plus s’agir d’élire des hommes et des femmes aux dépens d’autres. Mais de bâtir un vrai projet autour d’une vision sur les moyen et long termes. Il s’agit tout simplement de sortir de la politique de l’autruche pour mener une vraie réflexion avec l’ambition de tirer tous les enseignements de nos échecs. « Au-delà du score, la défaite contre le Sénégal (0-1) en quart de finale souligne trois points importants : un avancement limité par le manque d'audace offensive, une structure organisationnelle sportive insuffisante et un système de gouvernance affaibli qui met en péril la continuité des initiatives », diagnostique Mahamet Traoré (expert communication, analyste et consultant football). Toutefois, a-t-il averti, « tout n’est pas à jeter. Le visage que nous avons proposé lors de cette CAN a aussi révélé des signaux encourageants, notamment chez certains jeunes qui ont montré, au-delà de leurs talents, de l’intensité, de la discipline et de la personnalité. Mais tout ce potentiel sans cadre optimisé reste une promesse fragile. Sans projet de jeu clair, sans vision collective, le potentiel s’éparpille ».


Les Aigles du Mali ont une nouvelle fois échoué en quart de finale de la CAN


Dans son analyse, Mahamet a touché du doigt un point très important à nos yeux : « une gouvernance affaiblie qui met en péril la continuité des initiatives » ! Cela nous rappelle le pavé que Cédric Kanté avait jeté dans la mare au début de la CAN « Maroc 2025 » en indexant surtout le manque de suivi, voire de sérieux, dans les initiatives fédérales. « Frédéric Kanouté et moi avons commencé à collaborer avec la fédération en 2022. Ça a duré un seul rassemblement. On gagne deux matches… Puis plus de nouvelles… Plus d’argent pour les billets d’avion, silence radio jusqu’à aujourd’hui », a-t-il déploré. L’ex-international et aujourd’hui consultant émérite a également dénoncé le manque de projet et de sérieux. « Nous ne sommes pas sur le même logiciel. J’ai perdu du temps et de l’énergie. Les anciens joueurs doivent venir quand ça devient sérieux », a-t-il souhaité.

On se rappelle que c’est la dénonciation des mêmes dysfonctionnements qui a valu à Hamari Traoré la disgrâce. Il a été suspendu et dépossédé de son brassard de capitaine. En effet, dans une lettre collective (publiée en juin 2024), de nombreux cadres des Aigles avaient appelé à « plus de professionnalisme, de structuration et de clarté dans la gestion de la sélection nationale ». Malgré qu’elle relevait d’une démarche constructive, cette initiative a été mal digérée par la Femafoot qui a suspendu Hamari pourtant bien dans son rôle de capitaine. Comment une gestion, un système managérial peut-il s’améliorer s’il n’accepte pas les critiques internes ?



Dénicher un vrai leader pour définitivement la page des bras cassés

Dans le communiqué publié après l’élimination du Mali, le département des Sports a aussi réaffirmé « son engagement à poursuivre les réformes pour que le Mali occupe le sommet du football africain » ! Mais de quelles réformes s’agit-il ? Le département serait-il engagé dans un processus à l’insu des Maliens ? En tout cas, d'ici les éliminatoires de la prochaine CAN, des mesures audacieuses s'imposent pour un meilleur rayonnement du football malien. À commencer par la remise en question du profil de ceux qui managent la discipline.

« Aujourd’hui, je m’interroge profondément sur les compétences de ceux qui dirigent notre football. Ce sont eux qui ont choisi un sélectionneur qui, à mes yeux, n’avait pas le niveau requis pour encadrer une équipe comme le Mali et son riche effectif », a déploré Brahim Thiam, ancien international, en énumérant des « limites visibles » de l’encadrement technique. Il s’agit, entre autres, d’un jeu sans ambition, de compositions d’équipes incohérentes, d’une approche tactique frileuse, d’un bilan offensif inquiétant, d’une attitude inadéquate.

Pour l’ancien défenseur des Aigles du Mali, « se réfugier derrière l’arbitrage ou se satisfaire de matchs nuls, c’est refuser de voir la réalité en face. Il est grand temps que ces dirigeants se regardent dans le miroir, qu’ils mettent de côté leurs égos et leurs arrangements personnels. Cela d’autant plus que, en agissant ainsi, ils ne desservent pas seulement le football malien, mais ils jouent contre le Mali ». Et Thiam de conclure, « il est temps de prendre un véritable virage, de changer les mentalités et de reconstruire, ensemble, pour le bien du football malien et de tous les Maliens à travers le monde ».

« Toute décision de changement au sein de la Femafoot sans une rupture totale permettra au clan actuel de se fossiliser dans les organes et dans les membres de la Femafoot », avertit Sékou Diogo Keïta, président de Lafia Club Bamako (LCBA). La triste réalité est que le football malien souffre d’un manque de leadership aussi bien dans son management que dans les vestiaires. Malheureusement, nous ne voyons pas de vrais leaders ni au sein du Comité exécutif démissionnaire ni dans les camps rivaux. Ils se crêpent le chignon juste pour les avantages et le prestige du poste. Sinon aucun d’entre eux n’a encore prouvé qu’il est porteur d’une vision, d’un vrai projet, d’une vraie ambition pour combler les attentes du public sportif malien. D’où la nécessité de l’émergence d’un « homme neuf », voire des hommes et des femmes neufs.

En tout cas, il ne s’agit plus de sacrifier un bouc émissaire (sélectionneur) pour contenter les supporters et se donner bonne conscience. Mais d’une vision à long terme permettant de hisser le management de notre foot dans une ère nouvelle, de bâtir une équipe compétitive et prête pour les prochains défis.

Moussa Bolly

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