Le mercredi 21 janvier 2026 sur le marché financier de l'UMOA, en mobilisant 55 milliards de FCFA, dépassant son objectif initial de 50 milliards de FCFA.
Le fait que le Mali ait sollicité 50 milliards et soit reparti avec 55 milliards (avec des offres grimpant jusqu'à 66,5 milliards) montre que la signature de l'État malien reste attractive. Le taux de couverture de 133 % est un excellent indicateur de la liquidité disponible et de l'appétit des investisseurs pour les titres maliens. Le coût de l'argent (Taux d'intérêt), les chiffres montrent un environnement de taux assez élevé : Le rendement moyen de 7,23 % pour les Bons du Trésor (BAT) à 1 an reflète le contexte régional de resserrement monétaire amorcé en 2024-2025.À titre de comparaison, les rendements pour des maturités similaires dans l'UMOA oscillaient souvent entre 3 % et 5 % il y a quelques années. Cela signifie que l'État accepte de payer un "prix" plus élevé pour mobiliser ses ressources. La solidarité sous-régionale, c’est sans doute le point le plus frappant de l'article : la Côte d'Ivoire est le premier investisseur dans cette opération malienne (plus de 21 milliards FCFA), devant les banques maliennes elles-mêmes. Cela souligne l'interdépendance des économies de la zone et le rôle moteur du secteur bancaire ivoirien dans le financement des autres États de l'Union.
La stratégie de maturité.
Le Mali a réussi à placer des obligations à 5 ans (7 milliards FCFA). C'est stratégique : plus un État arrive à emprunter sur le long terme, mieux il peut lisser le remboursement de sa dette et financer des projets d'infrastructure qui ne sont rentables qu'après plusieurs années. La signification de cette levée de 55 milliards de FCFA pour l’économie malienne-une bouffée d'oxygène pour le budget 2026. Le Mali vient d'adopter un budget 2026 ambitieux avec un déficit prévu de 2,2 % du PIB. Ces 55 milliards servent directement à : Combler l'écart entre les recettes (impôts, douanes) et les dépenses publiques et payer les salaires des fonctionnaires et les charges de fonctionnement sans interruption. Aussi le financement de la "Souveraineté" : -Dans le contexte actuel, le Mali mise sur ses propres forces et sur le marché régional (UMOA) plutôt que sur l'aide internationale traditionnelle. Une part importante du budget (environ 25 %) est allouée à la sécurité. Ces fonds permettent de maintenir l'effort militaire et l'équipement des FAMA. L'État prévoit d'augmenter ses dépenses en capital (infrastructures, énergie) à 4,4 % du PIB cette année. Ces 55 milliards contribuent à lancer les chantiers prioritaires de janvier. De plus un test de crédibilité réussi, le fait que les investisseurs aient proposé 66,5 milliards alors que le Mali n'en demandait que 50 est un signal fort, la confiance des banques régionales -Malgré le contexte de transition et les défis sécuritaires, les banques (notamment ivoiriennes et burkinabè) considèrent toujours le titre malien comme un placement sûr et rentable. Avec une croissance projetée à 6,3 % pour 2026, le Mali montre qu'il reste un moteur économique capable de générer de la richesse pour rembourser ses dettes. Le revers de la médaille-un coût élevé, tout n'est pas rose, le rendement moyen pondéré de 7,23 % est élevé. La pression sur la dette, emprunter à plus de 7 % signifie que le service de la dette (les intérêts à rembourser) pèsera de plus en plus lourd dans les budgets futurs. Le Mali paie actuellement son argent plus cher que certains de ses voisins (Sénégal ou Côte d'Ivoire), ce qui reflète une "prime de risque" toujours perçue par les marchés. Au-delà c’est un signal de confiance (L'aspect positif) -Plusieurs indicateurs chiffrés confirment que la signature du Mali « séduit » encore les investisseurs régionaux : Le taux de couverture (133 %) : -Quand l'État demande 50 et que les investisseurs proposent 66,5, cela signifie que la demande excède l'offre. Ce n'est pas un pays en panne de financement ; c'est un pays que les banques veulent accompagner. Le fait que la Côte d’Ivoire ait injecté plus de 21 milliards FCFA (soit près de 40 % de la levée totale) montre que les acteurs financiers des pays voisins croient en la capacité de remboursement du Mali, malgré les tensions politiques ou sécuritaires.
Et le Mali multiplie les sorties réussies
Plus tôt ce mois-ci (le 7 janvier 2026), le pays avait déjà levé 44 milliards FCFA avec un taux de couverture record de 197 %. Cette répétition de succès montre que le Mali est devenu un acteur fiable et prévisible sur le marché UEMOA-Titres. Mais, c'est une confiance "rémunérée" (La nuance) si les investisseurs prêtent massivement au Mali, c'est aussi parce que le Mali paie un prix élevé : Des taux d'intérêt attractifs pour les prêteurs - Avec un rendement moyen de 7,23 % sur un an, les investisseurs réalisent un placement très rentable. À titre de comparaison, certains voisins plus stables obtiennent des taux parfois plus bas. Vous remarquerez que sur l'OAT à 3 ans, seulement 5 milliards ont été retenus sur les 9 proposés. Cela suggère que sur le long terme, les investisseurs sont plus exigeants ou demandent des garanties (ou des taux) que l'État malien n'est pas toujours prêt à accepter pour limiter le coût de sa dette. De même le contexte macroéconomique en 2026, l’économie malienne reste sur une dynamique ascendante (entre 4 % et 5 % selon les dernières révisions), soutenue par la production d'or et de coton. L'État fait des efforts de communication et de réforme salués par les partenaires, ce qui rassure les banques locales qui détiennent ces titres de dette. On peut parler d'une confiance pragmatique. Les investisseurs font confiance au Mali car le pays honore ses échéances de remboursement et offre des rendements solides. Ce n'est pas une "confiance aveugle", mais une reconnaissance de la résilience du Trésor Public malien dans un environnement complexe.
À quoi peuvent servir concrètement ces ressources levées par l’État ?
Les fonds levés par l'État, comme ces 55 milliards de FCFA, ne sont pas stockés dans un coffre ; ils sont immédiatement réinjectés dans l'économie via le compte unique du Trésor pour répondre aux engagements du Budget 2026 (qui s'élève à plus de 3 500 milliards de FCFA). Concrètement, ces ressources servent trois objectifs majeurs : Le financement des services publics de base. C'est l'usage le plus immédiat. L'État doit assurer le fonctionnement quotidien du pays : Payer les salaires des fonctionnaires, médecins, enseignants et forces de sécurité. En 2026, cette charge représente une enveloppe importante (plus de 1 100 milliards de FCFA sur l'année). Acheter des médicaments pour les hôpitaux publics, financer les bourses d'études et l'entretien des écoles. Le budget 2026 marque d'ailleurs un effort accru vers ces secteurs sociaux. La gestion de la crise énergétique (Priorité 2026). Le Mali traverse une crise énergétique sérieuse. Une partie de l'argent levé sert à soutenir la société nationale EDM-SA : Pour faire tourner les centrales thermiques. Et financer le déploiement de centrales photovoltaïques pour réduire la dépendance au pétrole (plusieurs projets sont prévus à Bamako et dans les régions en 2026). Aussi le remboursement de la dette ("Roulement"), c’est un mécanisme classique des finances publiques : pour maintenir sa crédibilité, le Mali doit rembourser ses emprunts passés. L'État emprunte aujourd'hui (55 milliards) pour rembourser des titres qui arrivent à échéance ce mois-ci. En 2026, le Mali prévoit de consacrer environ 1 250 milliards de FCFA au remboursement de sa dette. La dette intérieure, une priorité est donnée au paiement des fournisseurs locaux (entreprises de BTP, commerçants) pour ne pas asphyxier les PME maliennes. Enfin, ces fonds soutiennent les investissements dits "de souveraineté" : Maintenir l'effort de défense nationale ; financer les projets routiers et les grands travaux, comme le développement de la filière lithium à Bougouni (le "nouvel or blanc"), qui nécessite des infrastructures de transport adaptées.
Ces emprunts représentent-ils un risque pour l’endettement du pays ?
C'est la question centrale. En économie, tout emprunt est un équilibre entre levier de croissance et risque de surendettement. Pour le Mali en 2026, la situation présente un profil de risque spécifique, qualifié de « modéré » par les institutions internationales, mais qui demande une surveillance étroite. L'analyse des risques liés à cet endettement, les indicateurs rassurants (La marge de manœuvre), le taux d'endettement du Mali tourne autour de 51 % du PIB en ce début d'année 2026. C'est un niveau très correct si on le compare à la norme de l'UEMOA (70 %) ou à des pays européens qui dépassent souvent les 100 %. Le Mali a donc techniquement encore de la place pour emprunter. La c croissance robuste avec une croissance prévue à plus de 6 % pour 2026, l'économie crée mécaniquement de la richesse, ce qui facilite le remboursement futur de la dette. Les points de vigilance (Les vrais risques) le risque ne vient pas tant du montant total que des conditions de l'emprunt : Emprunter à 7,23 % est onéreux. Si l'État continue de s'endetter à ces taux, le "service de la dette" (les intérêts à payer chaque année) risque de grignoter les budgets normalement alloués aux écoles ou aux hôpitaux. Le risque de refinancement une grande partie de la dette actuelle est "intérieure" (levée sur le marché régional UMOA) et à court terme (comme les BAT à 1 an). Cela signifie que l'État doit sans cesse réemprunter pour rembourser ses dettes précédentes. Si un jour le marché perd confiance, le Mali pourrait se retrouver en difficulté pour renouveler ses emprunts. L'effet d'éviction lorsque l'État emprunte massivement (55 milliards d'un coup), il capte une grande partie de l'épargne disponible dans les banques. Cela peut laisser moins de liquidités pour les entreprises privées maliennes qui souhaiteraient, elles aussi, emprunter pour investir. Le Mali semble conscient de ces enjeux. Dans son plan stratégique 2026-2028, le gouvernement tente de - En émettant des obligations à 5 ans (comme vu dans l'article), l'État cherche à s'éloigner des échéances trop courtes pour respirer financièrement. L'objectif de ramener le déficit budgétaire vers les 3 % vise à réduire progressivement le besoin de recourir à de nouveaux emprunts. Il n'y a pas de risque de faillite imminent, mais il y a un risque de "lourdeur budgétaire". L'endettement reste soutenable tant que la croissance est au rendez-vous et que les recettes fiscales (notamment issues de l'or et du lithium) augmentent pour couvrir les intérêts.
Docteur Honoris Causa Professeur DIAWARA Daman-Guilé
Économiste, spécialiste en analyse et politique économique