Dans le Mali dit démocratique, les acteurs politiques et autres citoyens n’ont pas manqué d’imagination pour se faire fortune. Si les premiers ont pillé le pays, les seconds ont créé des «mouvements et clubs» pour soutenir les actions une personnalité publique ou un régime. Mais derrière ce soutien déguisé, apparaissent «3 L»: lécher, lâcher, lyncher. Porté au pinacle, le leader se voit lâché si le financement tombe au compte-goutte et lynché si le robinet se ferme définitivement.
Depuis l’adoption par le Mali de la démocratie conditionnée à l’aide de la France comme mode de gouvernance, les acteurs politiques, à l’origine de la chute du général Moussa Traoré en mars 1991, se sont rendus coupables de tous les crimes contre les paisibles populations maliennes dont le seul tort a été de les soutenir contre la dictature. Ils se sont montrés pire dans la gestion des affaires de l’État. Ils volent, ils surfacturent, ils détournent, ils se partagent les marchés sous-couvert de sociétés-écrans, ils s’accaparent des terres des pauvres paysans.
Et pour dissimuler leur forfait, ils bénéficient de l’impunité. Bien enracinés dans la société avec l’argent couvert du sang des Maliens, ils sont encensés. Face au chaos créé délibérément par leurs soins, ils deviennent les sauveurs, les hommes de la situation. Et tous les regards sont tournés vers eux, créant ainsi les «3 L: lécher, lâcher, lyncher».
L’illusion d’un homme providentiel
La première étape est celle de lécher. Elle correspond à la phase de l’adhésion totale. Le leader, qui émerge en période de crise, d’insécurité et de chaos, concentre sur lui les espoirs d’une population en quête de stabilité. Les soutiens sont massifs, l’éloge et les louanges deviennent excessifs, les critiques sont mal perçues et souvent assimilées à la mauvaise foi ou à une trahison. Par la suite, une personnalisation du leader ou du pouvoir s’impose, suite à la faiblesse des institutions et un manque de confiance envers les mécanismes classiques de gouvernance.
C’est le cas aujourd’hui au Mali. Les soutiens de la transition considèrent presque toutes les voix discordantes comme des ennemis. Cette phase est considérée par les laudateurs du pouvoir en place comme celle de solutions rapides et un besoin de croire à un avenir meilleur. Le leader est porté au pinacle. Il devient l’homme providentiel qui, d’un coup de manchette magique, peut répondre immédiatement aux aspirations urgentes du peuple.
La déception s’installe
La deuxième étape intervient lorsque les fruits n’ont pas été à la hauteur des fleurs. La ferveur s’estompe, les soutiens se font rares, se retirent, parfois discrètement, parfois avec fracas, les discours changent. C’est la phase de lâcher. On ne défend plus avec la même énergie, on prend ses distances. Le débat est absent.
Ainsi s’installe la déception. Elle est nourrie par le sentiment que rien ne change et que rien ne changera. Cette déception se lit sur beaucoup de visages qui comptaient sur la transition pour régler d’un coup de baguette magique le désordre hérité de la mauvaise gouvernance des démocrates prédateurs qui nourrissaient une seule ambition: piller le Trésor public malien.
De la critique à la colère
La dernière étape est celle de «lyncher». Le leader d’hier cristallise tous les mécontentements. Il devient la cible de toutes les critiques. Les insultes remplacent les arguments, les réseaux sociaux s’enflamment. L’échec est entièrement attribué à lui seul comme s’il portait seul les maux du pays. Ce déferlement de colère soulage ceux qui s’adonnent à cet exercice, mais il empêche de comprendre les vraies causes du chaos installé par les régimes précédents.
Durant plus de trois décennies, le landerneau politique malien a été marqué par les «3 L: lécher, lâcher, lyncher». En plus du pillage savamment orchestré par l’élite politique dans l’impunité totale, d’autres citoyens ont imaginé et créé des «mouvements et clubs» pour soutenir des pouvoirs, des hommes politiques et d’autres personnalités politiques. À commencer par le pouvoir ADEMA-PASJ (Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice), initiateur de ces mouvements et clubs de soutien. En dehors des structures du parti, une multitude de mouvements de soutien à la candidature du président Alpha Oumar Konaré à l’élection présidentielle a vu le jour. On était en 1997. En 2002, pareil pour le général Amadou Toumani Touré (ATT). Le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) n’a pas échappé à la règle lors de son élection en 2013 ainsi que la transition de 2020. Elle a été portée haut par des milliers de mouvements et associations de soutien. Au bilan, ils se comptent au bout du doigt.
Créés sur fond d’escroquerie politique, ces mouvements, associations et clubs de soutien disparaissent de la scène politique lors que le robinet du financement se ferme définitivement. Car, ils ne reposent sur aucune base idéologique, mais sur la politique du ventre. Ainsi va le Mali dit démocratique, où tous les moyens sont bons pour se faire fortune.
Yoro SOW