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Mairie de la Commune I du District de Bamako : Une hémorragie financière de plus de 330 millions de francs CFA
Publié le mercredi 28 janvier 2026  |  Nouveau Reveil
Vérificateur
© aBamako.com par momo
Vérificateur Général
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Le rapport du Vérificateur général, couvrant les exercices 2022, 2023, 2024 et 2025 (juin 2025), dresse un tableau sombre sur la gestion de la Mairie de la Commune I du District de Bamako.


Il ressort de cet audit que la municipalité de la Commune I est devenue l’antichambre de la délinquance financière, où le népotisme, l’irresponsabilité et la confusion, entre biens publics et intérêts privés, semblent ériger en mode de gouvernance.

À la Mairie de la Commune I du District de Bamako, le désordre n’est plus une dérive passagère. Il est devenu un système, une culture, presque une doctrine de gestion. Les constats accablants issus des travaux de vérification administrative et financière dressent le portrait glaçant d’une collectivité livrée à elle-même, où les textes sont ignorés et les procédures piétinées.

Entre magouilles et embrouilles

De l’octroi d’indemnités indues pour un montant total de 20 498 000 FCFA ; au non-reversement des frais de célébration de mariages à la régie de recettes de la Commune pour un montant total de 194 134 800 FCFA ; à la non-justification des fonds d’Appui Direct à l’Amélioration des Rendements Scolaires pour un montant total de 74 018 350 FCFA ; et la réception par le Comptable-matières de contrats partiellement exécutés pour un montant total de 1 950 000 FCFA, en passant par la réception, sans réserve, par la commission de réception d’un marché partiellement exécuté pour un montant total de 618 983 FCFA et la non-justification de la distribution du sucre pour un montant de 13 806 000 FCFA. Auxquels s’ajoutent, le non-reversement des frais de transfert pour un montant total de 9 400 000 FCFA et des paiements fictifs de frais d’électricité pour un montant de 17 080 000 FCFA. Rien n’a été négligé par les responsables de la Mairie de la Commune I pour pérenniser la mauvaise gestion du denier public.

Le premier scandale et non des moindres à la municipalité de la commune I, c’est l’absence totale d’une mission d’inspection du Gouverneur du District de Bamako dans les locaux de la Mairie. Pourtant, ce dernier est légalement tenu de procéder, au moins une fois par an, à une mission de contrôle. Malgré des correspondances officielles adressées au Gouverneur et au Maire Oumarou Togo, aucun rapport, aucun document, encore moins une preuve d’inspection, n’a pu être produite. Silence radio.

Pire, la lettre du Vérificateur général est restée sans suite. Résultat : la Mairie de la Commune I fonctionne dans l’opacité totale et sans garde-fou institutionnel. Une situation qui ouvre la porte à toutes les dérives. L’Appui Direct à l’Amélioration des Rendements Scolaires (ADARS) est-il un flou artistique au détriment des élèves ? Selon le rapport du Vérificateur Général, la gestion des fonds destinés à l’amélioration des rendements scolaires relève d’une désinvolture plus inquiétante. Les Comités de Gestion Scolaire (CGS), pourtant soumis à des obligations claires de planification, de justification et de reddition de comptes, ne produisent ni bilans financiers, ni rapports d’activités. Le vérificateur a décelé qu’il n’y a aucune traçabilité, aucun contrôle effectif et aucune preuve d’utilisation conforme des ressources publiques destinées à l’éducation des enfants.

Plus grave, le rapport révèle que les Régies d’avance et de recettes sont créées au mépris total des textes. Pas de délibération du Conseil communal, pas d’avis conforme du comptable public, pas de contrôle de légalité, ni même de procès-verbal d’installation des régisseurs. On y trouve une Régie d’avances créée par simple arrêté, sans préciser la nature des dépenses autorisées. Et une Régie de recettes… sans aucun acte de création. Cependant, on ne parle plus de négligence, mais d’une violation caractérisée des règles financières, mettant en péril la légalité même des opérations de la Mairie.

Encaissements sans base légale des taxes et redevances

Le Conseil communal de la mairie de la Commune I n’a jamais fixé les taux et tarifs applicables aux transferts de parcelles, duplicatas ou mises en gage de biens. Pourtant, les recettes sont encaissées et parfois, à des tarifs différents pour une même prestation, selon l’humeur ou la circonstance. Aucune base légale encore moins une transparence. Une gestion arbitraire qui expose la commune I à des contentieux graves et à des pertes financières importantes.

Si l’on s’en tient au rapport de vérification, la passation des marchés publics dans la Commune I ressemble à un champ de ruines procédural avec l’absence de factures concurrentielles ; la commission d’ouverture des plis inexistante ; les ordres de service non datés ; les bordereaux de livraison manquent à l’appel et les incohérences chronologiques sont flagrantes. Mais le hic qui titille, c’est que des bordereaux de livraison sont établis avant même les ordres de service. Et comme si cela ne suffisait pas, des mandats de paiement sont antérieurs aux attestations de service fait.

Plus de 331 millions FCFA (331 506 133), c’est le montant vertigineux des irrégularités financières décelées à la Mairie de la Commune I du District de Bamako par le Bureau du vérificateur général. Un chiffre glaçant, qui résume environ 3 ans de gestion émaillée par le laisser-aller, la complaisance administrative et la prédation en bande organisée autour des ressources publiques. Le rapport du Vérificateur général, couvrant les exercices 2022 à juin 2025, dresse un bilan sombre. Il apparaît que la Commune I est devenue un gouffre financier, où le népotisme, l’irresponsabilité et la confusion entre biens publics et intérêts privés semblent être érigés en mode.

Indemnités indues ou de l’argent du contribuable transformé en primes de confort

En Commune I où les textes de gouvernance sont pourtant clairs et les fonctions électives locales gratuites, le Maire et le Receveur-percepteur ont opté pour une autre ligne, celle de la caisse ouverte. Et la suite est connue : 20,5 millions FCFA d’indemnités indues sont versées à des conseillers communaux ; notamment à l’occasion des célébrations de mariages et même lors des fêtes de Tabaski. Des indemnités sans base légale et appuyées sur des délibérations non approuvées par le Représentant de l’État, sont tout de même payées, ordonnancées, et validées.

Au niveau des Centres secondaires d’état civil de la Commune I du District de Bamako, le scandale prend une ampleur encore plus choquante. Les Régisseurs des Centres n’ont pas procédé au reversement intégral des frais perçus pour la célébration des mariages à la Régie de recettes de la Commune I. Sur un montant total perçu de 312 millions de nos francs (312 457 500 FCFA), ils ont reversé 118 millions (118 322 700 F). Il en résulte un écart de plus de 194 millions FCFA (194 134 800 F) non reversé au Régisseur de recettes. Le magot a tout simplement disparu. Sans trace, ni justification, encore moins une explication crédible. Une hémorragie financière massive qui passerai inaperçue, sans le passage du Vérificateur ; alors que ces fonds auraient pu financer des salles de classe, des forages, ou des équipements sanitaires pour des quartiers entiers de la Commune I.

74 millions FCFA de fonds ADARS utilisés sans justificatifs

Le pillage ne s’arrête pas là. Même Les fonds ADARS (Appui Direct à l’Amélioration des Rendements Scolaires), censés améliorer les rendements scolaires des enfants, ont été pris en otage par l’amateurisme et l’irresponsabilité. 74 millions FCFA destinés aux écoles fondamentales de Djélibougou et Banconi n’ont fait l’objet d’aucune justification valable. Des présidents et trésoriers de Comités de Gestion Scolaire sont incapables de produire la moindre pièce justificative des fonds alloués pendant que les élèves étudient dans des salles délabrées, sans matériels didactiques. Une trahison pure et simple qui hypothèque l’avenir éducatif des enfants de la Commune.

À la Mairie de la Commune I, même les marchés non exécutés sont réceptionnés comme s’ils étaient parfaitement réalisés. Des portes jamais posées ; des climatiseurs déjà acquis ailleurs mais facturés à nouveau ; des travaux partiellement exécutés, mais réceptionnés sans la moindre réserve. Des millions de FCFA payés pour du vent, avec la bénédiction d’une commission de réception et d’un comptable-matières qui ferment les yeux… ou regardent ailleurs.

Dernier symbole de cette gestion hors-norme, ce sont les 13,8 millions FCFA de sucre payés par la Mairie, qui demeurent toujours introuvables, non distribués officiellement, sans liste de bénéficiaires et sans documents de sortie. Le sucre a miraculeusement disparu et les pièces justificatives envolées. Ce qui est sûre, les stocks sont vides, mais la caisse a été débitée.

Une commune prise en otage, une population sacrifiée ? En tout cas, ce que révèle le rapport de vérification, n’est pas de toute façon, une simple accumulation d’erreurs techniques. C’est un système bien huilé mis en place par les bonzes de la Mairie de la Commune I pour encaisser des recettes hors-circuit légal. Pire, les dépenses sont ordonnancées sans base juridique, les marchés sont payés sans services rendus et les contrôles sont inexistants ou complaisants. Pendant ce temps, la population de la Commune I continue de payer avec des écoles délabrées, des centres de santé sous-équipés, des routes impraticables et des services municipaux défaillants.

Plus de 330 millions FCFA. Autant d’argent public dilapidé. Autant d’opportunités perdues pour le développement local. La question n’est désormais plus de savoir s’il y a eu faute, mais qui répondra de cette gabegie organisée. Et à quand la Commune I cessera d’être un terrain de prédation pour redevenir un outil au service des citoyens ?

En attendant, le Vérificateur général a adressé une dénonciation de faits à la Section des Comptes de la Cour Suprême et au Procureur de la République, relativement à ces irrégularités financières en série à la Mairie de la Commune I du district de Bamako. Depuis, c’est le sauve-qui-peut au sein de l’équipe communale.

Arouna Traoré

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